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Avec Kali Sudhra, la pornographie est aussi un acte militant

Posté par Jean François Frontera le 7 mai 2021
Grâce à l'influence grandissante du porno féministe, le X se diversifie en s'émancipant du « male gaze » et c'est tant mieux. De nouvelles pornstars – autant éducatrices qu'activistes – occupent désormais le devant de la scène et parmi elles, Kali Sudhra est une performeuse sur laquelle il va falloir compter.
La puissante déesse Kali

D'origine indienne et née au Canada, la volcanique Kali Sudhra est venue s'installer à Barcelone par amour mais manque de bol, son histoire est partie en sucette au bout de deux semaines. Elle choisit alors de rester dans la capitale catalane et exerce le métier de prof d'anglais. À la recherche d'elle-même et de ses propres désirs, elle consomme aussi du porno et se rend compte du manque de diversité de l'offre. Devant la caméra du JDH, elle avoue : « Rien ne me représentait en que femme queer originaire d'Asie du Sud, que ce soit mon corps ou ma sexualité. J'ai alors décidé d'incarner moi-même cette représentation». Elle contacte alors Erika Lust, pionnière du porno alternatif et féministe, et lui fait part de ses motivations pour changer les codes dominants de cette industrie essentiellement dirigée par des hommes. Sensible à ses arguments, Erika Lust lui donne sa chance en la faisant tourner dans plusieurs de ces productions comme THE INTERN – A SUMMER OF LUST (2019), XCONFESSIONS NIGHTS (2020) ou RUBBER (2020). Au fil de ces expériences, Kali affirme alors son style et consolide son discours militant.

Che Guevachatte

Comprendre le combat de Kali, c'est comprendre les idées-forces qui parcourt le porno féministe et plus largement, les grands mouvements de transformations sociétales actuels. Dans une belle interview donnée au site féministe culotcreative.com , elle déclare : « La colonisation a affecté beaucoup d’aspects de notre sexualité et de nos standards de beauté. En ce qui me concerne, étant d’origine indienne, je parle plutôt de l’impact de la colonisation britannique en Inde, où il existe un tabou immense autour du sexe (…) Pourtant on pourrait penser qu’un pays comme l’Inde y serait très ouvert : ce sont les inventeurs de choses merveilleuses comme le Kama Sutra et le sexe tantrique. C’est parce que les Britanniques ont forcé l’idéal victorien sur ces populations pendant la colonisation ».  Plus loin, elle poursuit : « Un réalisateur blanc peut décider de faire un film avec de la diversité dans la distribution. Mais si derrière la caméra l’équipe sont tou.te.s des personnes blanches, qu’est-ce qui se traduit à l’image ? Quel récit peuvent-ils réellement transmettre ?  Mettre des personnes racisées en face de la caméra, ce n’est pas suffisant. Le porno anti-sexiste et anti-raciste, ça ne marche pas comme ça, surtout lorsque nous, personnes racisées, ne pouvons pas raconter nos propres histoires. » La décolonisation des désirs, le body positivisme, le female gaze, la non-binarité fournissent donc les concepts de base de sa guérilla sexuelle. Une guérilla qu'elle mène en faisant des ateliers d'éducation sexuelle (sur le squirting, notamment) et par la réalisation de RITUALS (2020), son premier long-métrage. Pour sûr, fréquenter ces marges pornographiques reste un moyen efficace de se conscientiser tout en se délivrant des scripts parfois trop attendus et monotones de la pornographie mainstream. En cela, la pornographie alternative est des plus salvatrices.

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