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Interview d'Anoushka, réalisatrice porno engagée de VIVANTE

Posté par Jean François Frontera le 29 août 2020
Ce qu'il y a de bien avec le porno féministe, c'est qu'il offre de nouvelles perspectives de fantasmes tout en explorant des thèmes politiques et sociétaux. Dernier exemple en date de ce cinéma qui fait autant de bien à la libido qu'au cerveau : « Vivante », disponible sur CANAL + à partir du 15 aout. Pour vous, nous sommes allés poser quelques questions à Anoushka, la réalisatrice du film.

Après avoir réalisé le très remarqué « Blow Away » (2018) qui abordait les thèmes du travail du sexe et du genre, Anoushka s'attaque avec « Vivante » au sujet du handicap et de la sexualité. Un beau film qui met en avant une histoire d'amour entre femmes et le reconstruction du désir par l'intermédiaire d'une assistante sexuelle. Jointe par téléphone, Anoushka nous en dit un peu plus sur ses motivations.

Ton film traite d'un thème peu ou pas du tout abordé dans la pornographie : celui du handicap et de l'assistance sexuelle. Pourquoi ce choix ?

C'est hyper tabou de parler de handicap et de sexualité, donc quoi de mieux que de traiter ce sujet dans un porno ? Avec l'âge, la maladie, les accidents, une situation d'handicap ça peut arriver à n'importe qui. Ensuite, pour moi, c'était important de parler du métier d'assistante sexuelle, de cette profession peu connue et pourtant magnifique. C'est un thème qui résonne fort en moi parce que je souffre d'une maladie chronique depuis plus de 10 ans. J'ai été cassée, et j'aurais aimé à l'époque connaître l'existence de l'accompagnement sexuel. Je pense que c'est quelque chose qui aurait pu m'aider plus rapidement à me réapproprier mon corps. Je crois aussi que cet accompagnement devrait être offert à toutes personnes qui en expriment le besoin. Pour les handicaps visibles, moteurs, etc... et aussi pour ceux moins visibles comme les traumas psychiques.

Tu es connue pour faire un porno éthique, féministe et intimiste. Ça se traduit comment sur ce film ?

C'est toute une démarche en fait. Dans la façon de tourner, sur la façon de payer les acteurs et les actrices, de les faire jouer aussi, en respectant leurs limites. Le consentement, c'est quelque chose de très important. Le gros enjeu de ce film, c'est surtout d'essayer de faire un film DE cinéma ET pornographique, avec un sujet qui soit politique et sociétal. Car oui, le porno peut faire passer des messages ! Si ça peut aider à ouvrir le débat sur la sexualité et le handicap, ce serait top.

Que penses-tu du porno plus « mainstream » ?

Je n'ai pas de jugement particulier sur le porno grand public, je pense qu'il faut de tout. Et justement, ce qui est bien avec CANAL PLUS, c'est que cette chaîne va passer différentes approches de la pornographie. Après, oui, il y a du porno où j'accroche personnellement moins. Dans certains films, l'image de la femme est dégradante dans le sens où elle n'est pas complètement actrice de ces fantasmes, elle est plus enfermée dans les fantasmes de l'homme. Mais je n'ai pas non plus envie de caricaturer le porno mainstream, car il y a plein de variantes possibles.

Peux-tu un peu nous parler de ton casting ?

Romy Furie interprète le rôle principal, le rôle de Lou. J'avais déjà travaillé avec elle sur un de mes précédents films, "Blow Away". C'est quelqu'un que j'apprécie beaucoup dans son travail, son engagement politique et militant. Elle joue aussi très bien la comédie, on a vite accroché. Le fait que ce soit aussi une histoire d'amour entre deux femmes, c'est quelque chose qui l'intéressait. Bertoule Beaurebec est une femme très intelligente, forte. Elle a une espèce de folie qui correspondait vraiment au personnage de Charlotte. Yumi Volupté est très douce, c'est une travailleuse du sexe qui nous a fait partager son expérience pour le rôle, elle a aussi eu l'occasion de travailler avec des personnes en situation de handicap, C'était bien qu'elle puisse apporter sa patte, sa douceur naturelle au rôle. Après, il y a aussi de nombreux seconds rôles qui ont tous leur importance. Avec Ricco Simmons par exemple, c'était intéressant de le mettre dans une position où il avait des angoisses sur la pénétration alors que c'est un acteur émérite mainstream. C'était assez marrant de prendre ça à contre-pied. En général, je travaille beaucoup avec des gens qui ont déjà tourné pour moi, que je connais, qui sont aussi très engagés dans les combats quotidiens du féminisme et dans la scène alternative queer.

Tes prochains projets ?

Je vais déjà prendre des vacances, le film m'a quand même pris 6 mois de travail, c'était intense. Et là, j'ai re-signé un prochain film avec Canal qui s'appellera « Captive ».

Crédit photo de UNE : Antonin Weber

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