5 raisons de voir absolument Ridley Road

Posté par Marc Larcher le 2 février 2022
Comme dans "Peaky Blinders", c’est en racontant un épisode méconnu de l’histoire anglaise que cette série casse la baraque. Avec l’infiltration d’un groupuscule néonazi par un groupe de résistance pendant en plein Swinging London, "Ridley Road" a trouvé une pépite aussi glamour que politique.
1) Agnes O’Casey crève l’écran

Elle commence la série brune et timide osant tout juste quitter le giron de ses parents et un mariage sans doute promis à l’échec, elle la poursuit blonde, séductrice, conquérante. De la même manière que "Handmaid’s Tale" a consacré l’immense talent d’Elisabeth Moss, que "Mad Men" a mis en lumière la personnalité de January Jones et que "Westworld" nous a fait découvrir Rachel Evan Wood, "Ridley Road" révèle la virtuosité d’Agnes O’ Casey, jusqu’alors uniquement visible dans une pièce de théâtre et un vidéo-clip. Il fallait oser faire reposer une mini-série de cette ampleur sur les épaules d’une inconnue et la jeune femme s’en sort haut la main. Exactement comme son personnage de Vivien Epstein parvient à s’infiltrer avec brio chez l’ennemi nazi et le séduire.

 

2) La meilleure reconstitution des années 60 depuis… "Mad Men"

Des robes et des costumes bien dessinés, des coiffures sophistiquées, du mobilier dont rêvent aujourd’hui les chineurs, de rutilantes voitures pleines de chromes, les rues de Londres comme métamorphosées… Le thriller politique de "Ridley Road" n’offre pas seulement des frissons aux spectateurs mais aussi un voyage dans le temps qui donne envie de faire des arrêts sur image pour ne pas perdre un iota du spectacle. Surtout comme l’avait réussi la série de Matthew Weiner, la caméra parvient à saisir aussi bien les couches supérieures de la société - notamment le château où s’entraîne la milice d’extrême droite - comme les plus basses, on pense notamment à l’intérieur de la logeuse de l’héroïne. C’est à la fois la fin d’une époque qui est saisie, celle de l’après-guerre, et le début florissant du Swinging London. On ne serait pas surpris de voir passer un Beatles débutant au coin de la rue…

 

3) Un vrai thriller historique

Les historiens et les amateurs d’histoire vont se frotter les mains et les yeux. L’intrigue de "Ridley Road" est une mine d’informations sur une période méconnue de l’histoire anglaise, celle des mouvements politiques clandestins du début des années 60. On découvre non seulement la fulgurante ascension d’un parti néonazi, les attaques de synagogues qui ont eu lieu à l’époque, le travail du Groupe 62, un réseau de résistants juifs mais aussi l’émergence d’une conscience politique chez les jeunes Anglais notamment via le personnage du collègue de Vivien, métis victime de violences policières et qui la soupçonne de fricoter avec la milice fasciste. On peut ainsi faire des aller-retours en ligne entre la fiction et les sites documentant l’histoire bien réelle du "62 Group" qui a existé en Angleterre jusqu’en 1975.

 

4) Des seconds rôles de premier choix

On dit souvent qu’une série n’est jamais aussi bonne que lorsque les seconds rôles excellent. Cette fois-ci, la maxime se vérifie encore. Au sommet du casting, il faut célébrer la présence de Rory Kinnear déjà convaincant dans la franchise 007 ou dans l’effrayante série "Years and years". On pense aussi à Eddie Marsan, brillant dans le rôle du chef impulsif du Groupe 62 et leader du syndicat des chauffeurs de taxi, à Tom Varey, l’autre infiltré de l’opération, aussi convaincant en amant de l’héroïne qu’en soldat de l’ombre, à Tracy Ann Oberman, élément clé de la résistance et nouvelle preuve que la lutte contre les nazis n’a pas été qu’une affaire d’hommes. Enfin, notre second rôle préféré reste sans doute Danny Sykes, moulin à paroles et à punchlines, séducteur impénitent qui sacrifie sa jeunesse pour la cause avec un entrain communicatif.

 

5) Une série politique d’actualité

Ce n’est pas un hasard si au même moment où CANAL+ diffuse l’extraordinaire série "Paris Police 1900" sur la montée de l’antisémitisme en France dans la foulée de l’affaire Dreyfus, la BBC nous offre son propre travail sur l’émergence de groupuscules néonazis et antifascistes pendant les années 60. Habilement, les deux séries dressent des passerelles entre les périodes qu’elles décrivent et l’époque actuelle : leaders politiques manipulant la peur et la haine des foules, discours mensongers contre une minorité, passivité et complaisance des pouvoirs publics, rôle ambigu de la presse, fascination des foules… Il ne faut pas oublier que l’extrême gauche anglaise est depuis des années accusée d’antisémitisme, que l’extrême droite s’en prend aux musulmans et que les groupes néonazis sont encore actifs en Angleterre comme en France. En un mot, nous sommes bel et bien face à une série à messages, l’un d’entre eux étant : apprenons à connaître notre histoire si on ne veut pas qu’elle se reproduise.