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Avec sa série, Blanche Gardin atomise les gourous de la bien-pensance

Posté par Marc Larcher le 17 décembre 2021
Au pays des naturopathes et du sans-gluten

C’est un festival, un récital, un défilé. Dans sa première série, l’humoriste Blanche Gardin passe en revue les dernières tendances de la vie sociale moderne et les atomise une à une. Surtout, elle ne le fait pas, contrairement aux spectacles comiques qui l’ont fait connaître, en les mettant à distance avec son humour féroce mais cette fois-ci en les embrassant. C’est d’autant plus fort que le spectateur habitué à son regard cynique sur les travers de ses contemporains la voit progressivement s’enthousiasmer pour une mode puis une autre avant de comprendre que sa métamorphose est irréversible. Toute la dramaturgie des neuf épisodes filmés au plus près d’elle comme un (faux) documentaire sur sa vie intime repose sur cet hallucinant glissement. Quel autre comédien a-t-il osé se mettre en scène en train de renier sa personnalité et ce qui a fait son succès ? Personne.

Ça commence avec un rendez-vous lunaire dans le cabinet d’un naturopathe, puis avec une séance particulièrement trash d’hydrothérapie, toutes les médecines alternatives se retrouvent ridiculisées, la comédienne allant jusqu’à remettre en cause (coucou les antivax !) le principe même de la médecine en affirmant que puisque l’homme finit toujours par mourir, c’est bien que les soins médicaux traditionnels sont inefficaces… Ensuite, ce sont les régimes alimentaires et leurs variantes qui sont passés au lance-flammes. Elle en vient même à douter de l’eau potable...

Et si Blanche Gardin devenait gourou féministe ?

La série écrite par Blanche Gardin et le scénariste Noé Debré (déjà repéré pour la l’hilarante série « Parlement ») ne se contente pas de se moquer des tocs de l’industrie du bien-être, elle se concentre aussi sur les mouvements de fond qui traversent la société. Une rencontre de l’héroïne avec des colleuses d’affiches féministes alors qu’elle se promène la nuit donne lieu à un quiproquo désopilant. Plus tard, ce sont les livres de Mona Chollet, l’icône du mouvement qui sont tournés en dérision, le regain d’intérêt pour les sorcières et la notion même de sororité. Blanche découvre ses origines grâce à un test ADN ? On va plonger en plein délire. 

L’écoute impossible de l’autre

Cérémonie de libération de soi en brûlant un objet patriarcal, jeûne, marche consciente, prières… Tout y passe. Non seulement, Blanche Gardin montre que ces activités sont artificielles mais aussi qu’elles masquent mal la concurrence entre les femmes qui les pratiquent. En démontant le questionnement permanent sur soi et la quête de bien-être, la série décrit une société régie par l’égoïsme où les gens à force de vouloir être bienveillants et à l’écoute d’eux-mêmes se coupent de la réalité. À ce titre, la séquence entre Blanche Gardin et un SDF de son quartier vaut tous les discours du monde. En quelques minutes, son personnage démontre son incapacité à reconnaître la souffrance de son voisin vivant dans une tente à même le trottoir. L’enfer, c’est pas les autres, c’est soi !

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