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Avec The King, la Pologne a son Peaky Blinders

Posté par Alexis Lebrun le 28 juillet 2021
Une série violente et cinématographique mettant en scène une famille de mafieux qui règne sur une ville pendant l’entre-deux guerres, ça vous rappelle quelque chose ? En attendant la saison finale du chef-d’œuvre de la BBC, on vous conseille de mettre le cap vers l’Est, car The King vous promet de vivre un été sanglant.
Calife à la place du calife

Jakub Szapiro a les dents qui rayent le parquet. Le personnage principal de la nouvelle série polonaise The King est un anti-héros : derrière ses apparences de père de famille bien propre sur lui, c’est un tombeur et un redoutable boxeur juif craint par tout le monde, car il exécute les basses besognes de Buddy Kaplica, un leader socialiste qui est aussi le parrain de la mafia de Varsovie en 1937. Jakub a beau être son bras armé, il rêve évidemment de le remplacer pour régner à son tour sur la capitale de la Pologne. Mais la situation politique est explosive : avec le PPS (parti socialiste polonais), Buddy et Jakub sont engagés à même les rues dans une lutte armée contre la progression du fascisme, incarné par l’ONR (camp national-radical).

Alors que l’extrême-droite gagne du terrain partout en Europe et que le spectre de la Seconde Guerre mondiale menace très sérieusement le Vieux Continent, la Pologne n’échappe pas à ces soubresauts : l’antisémitisme y progresse de façon inquiétante et le nazisme d’Hitler fait des émules. Dès le début de la série, un coup d’État se prépare au cœur des plus hautes instances du pays, et les destins personnels de Buddy et Jakub s’y retrouvent mêlés. La relation de confiance qui les unit peut-elle survivre à la soif de pouvoir débordante de Jakub et à ces bouleversements majeurs ? C’est tout l’objet des huit épisodes de The King. Mais une chose est sûre : personne ne sortira indemne de ces événements.

Un hommage spectaculaire au « Paris de l’Est »

Ce scénario est une adaptation de The King of Warsaw, un roman à succès de l’écrivain polonais Szczepan Twardoch, qui a participé à l’écriture de la série. Ce dernier s’est intéressé à une période méconnue de l’histoire de la Pologne et de Varsovie : l’entre-deux-guerres pendant lequel la capitale du pays se rêvait en « Paris de l’Est ». Avec ses décors et ses costumes d’époque très soignés, The King réussit plutôt bien à illustrer le faste et le glamour qui pouvaient se dégager alors dans les beaux quartiers d’une ville qui était à l’époque une métropole beaucoup plus multiculturelle et ouverte qu'aujourd'hui. Le contexte politique dépeint par la série renvoie d'ailleurs inévitablement à la situation actuelle du pays, marqué par la montée de l’extrême-droite et de l’antisémitisme.

Ce parti pris contribue aussi à différencier The King de Peaky Blinders (Netflix) et Boardwalk Empire (OCS), les deux grandes références sérielles dont les personnages principaux sont des gangsters de l’entre-deux-guerres. Comme elles, la série polonaise ne lésine ni sur les scènes de sexe ni sur la violence graphique, mais c’est surtout le soin apporté à sa réalisation qui la rapproche des créations très cinématographiques de Steven Knight et Terence Winter, avec un soupçon de Gangs of New York (Martin Scorsese, 2002) en plus dans les influences compte tenu du scénario. On doit The King au réalisateur polonais Jan P. Matuszynski – une personnalité très préoccupée par la situation politique de son pays – dont le très bon premier long-métrage (The Last Family, 2016) a été récompensé au Festival de Locarno, et dont la série d’espionnage Illegals (2018) a aussi été diffusée sur CANAL+.

The King épisodes 1 à 8, diffusés à partir du 2 août sur CANAL+.