Bête Noire, enquête sur un lycéen au-dessus de tout soupçon

Posté par Marc Larcher le 7 février 2022
Avec cette mini-série en six épisodes, POLAR+ offre aux spectateurs l’autopsie d’un drame vu par deux femmes. D’un côté, une mère de famille découvre que son fils est un meurtrier et de l’autre, l’enquêtrice cherche à comprendre les causes du massacre.
Une tuerie de masse a priori inexplicable

La force de la chaîne POLAR+, c’est de dénicher des pépites de séries aux quatre coins du monde et encore une fois, leurs têtes chercheuses ont fait mouche. Cette fois, celles-ci nous emmènent au Canada mais pas du côté anglophone, plutôt vers le Québec, ce lieu à la fois proche de la France par la langue et lointaine par les habitudes. Dès les premières minutes, « Bête Noire » nous plonge au cœur d’un drame qui va être autopsié en six épisodes. Dans la mini-série créée par Annabelle Poisson et Patrick Lowe, il s’agit autant de montrer que de faire comprendre. Une mère découvre sur un écran de télévision à son travail que vient d’avoir lieu une tuerie de masse dans le collège de son fils Jérémy, elle craint qu’il ne soit une des victimes du massacre, elle ignore encore qu’il en est le responsable et qu’il s’est tiré une balle dans la tête juste après. Le récit se poursuit aux côtés d’Eliane Sirois une psychiatre qui est chargée de comprendre l’origine du drame au cours duquel six élèves ont trouvé la mort et le sergent Boisvert qui enquête pour les autorités.

Une famille au cœur de la tourmente

Habilement, la série ne montre pas la fusillade au collège Beaufort et refuse le spectaculaire. Elle préfère se concentrer sur la famille Tremblay qui non contente d’être écrasée par le deuil et la honte, va aussi entrer dans une sorte d’autre dimension. En quelques jours, ils doivent à la fois enterrer leur fils, supporter la perquisition de leur domicile, les médias qui vont les harceler afin de tout savoir sur eux puis les confrontations violentes avec les autres familles de victimes. A l’état de choc va succéder une périlleuse recherche d’explications de la part de la famille comme de la police. Si les Tremblay sont soulagés de découvrir que Léa, la sœur du meurtrier, a échappé à la mort, ils ne tardent pas à comprendre qu’elle cache des choses sur la vie intime de son frère. Une question taraude la police : Jérémy avait-il un ou une complice ? Et que signifient ses dessins trouvés dans un carnet ?

Toute la société passée au crible

A travers ce terrible fait-divers particulièrement crédible, la série examine bon nombre de tensions qui traversent la société : le gouffre d’ignorance qui sépare les parents de leurs adolescents, la méfiance entre familles dès qu’un drame survient, la difficulté pour les forces de l’ordre à enquêter sur les drames aux ressorts psychologiques, la résilience des couples face au sort, la pression exercée par les médias sur les gens auxquels ils s’intéressent… On retrouve dans le travail de la réalisatrice Sophie Deraspe qui avait connu un succès critique avec Antigone (2019) la délicatesse qui avait fait le succès du film « Elephant » du réalisateur américain Gus Van Sant, Palme d’or au festival de Cannes 2003, sur un sujet proche. C’est donc autant une série policière que psychologique destinée aux fans de thriller comme à ceux des grands films dramatiques avec deux femmes au sommet de l’affiche, deux femmes obsédées par le même mystère.

Bête Noire, en intégralité sur POLAR+, disponible avec CANAL+