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Des Beaux Gosses aux Cahiers d’Esther, Riad Sattouf a tout compris aux jeunes

Le dessinateur semble avoir cerné les ados mieux que quiconque. Ses Cahiers d’Esther, saisons 1 et 2, sont disponibles sur CANAL+.

Les Pauvres Aventures de Jérémie, Pascal Brutal, La Vie secrète des jeunes, Les Cahiers d’Esther… Dans toutes les bandes dessinées de Riad Sattouf, la star, c’est lui : le Jeune. Un sujet d’étude (et de marrade) infini pour le génial observateur qu’est Sattouf, sorte d’entomologiste passionné, spécialisé dans cette « espèce » singulière.

Ses analyses ? Elles partent d'un matériau autobiographique, comme pour l’hilarant Manuel du puceau, bourré de conseils salutaires (« Le Manuel du puceau est un vrai manuel, il faut donc l'offrir à tous les puceaux de votre connaissance. Dans un premier temps, ils se sentiront humiliés, mais plus tard ils vous en remercieront à jamais »), puis Ma circoncision.

Au-delà de ses propres turpitudes adolescentes, le dessinateur se penche également, et c’est tout aussi jouissif, sur celles de ses jeunes contemporains.

Chez lui, ils apparaissent tour à tour grotesques ou sublimes, mais surtout, 100 % vrais, grâce à une savante oralité. Il suffit de quelques mots pour qu’on les reconnaisse en tant que tels. Pascal Brutal, son viril Breton à gourmette, ponctue ses phrases de « gros » ou « t’es relou ».

Dans Les Cahiers d’Esther, la petite Eugénie, jeune fille de bonne famille, est tout un poème (« Eh coucou ça va wesh »).

Que l’artiste se penche sur les trentenaires adeptes de la gonflette ou les enfants obsédés par la télé-réalité, il ne fait de cadeau à personne, les montrant dans leur vérité nue, mais toujours avec une grande tendresse.

Comme dans La Vie secrète des jeunes, fameuse série de BD-réalité, dans laquelle ceux-ci apparaissent dans toute leur splendeur et misère, mais n’en ont « ranafoutre ».

Des années durant, Sattouf les a observés et dessinés, dans le métro, aux terrasses des cafés, aux arrêts de bus, ces branchés, couples, parents indignes, boutonneux, rouleurs de pelles ou de mécaniques, des cités ou du 16e.

Le résultat est une sorte de traité de pop-sociologie qui pourrait aider un extraterrestre à comprendre la société du début du XXIe siècle… Et n’est pas sans rappeler l’œuvre de la regrettée Claire Bretécher avec ses Frustrés dans les années 1970 puis son inénarrable ado bougonne Agrippine.

Les films de l’artiste ne dérogent pas à la règle, comme Les Beaux Gosses et ses puceaux magnifiques aux répliques cultes (« Elle a les yeux bleus comme du Canard WC ») ou l’envoûtant Jacky au royaume des filles, tous les deux avec son acteur fétiche Vincent Lacoste.

Souvent, c’est gênant (on pense par exemple à la mère extrêmement intrusive d’Hervé dans Les Beaux Gosses, campée par Noémie Lvovsky).

Mais Riad Sattouf vise toujours juste quand il esquisse les affres du si bien nommé âge ingrat. Premiers émois (« Euh ben, j’imagine que tu voudrais pas trop sortir avec moi ? »), relations tordues avec les parents, échecs et succès… On rit beaucoup, mais tout sonne vrai.

À croire que Riad Sattouf, plus que n’importe quel sociologue, a tout compris aux jeunes, dont l’univers « rafraîchissant » a changé « sa façon de penser », comme l’expliquait l’artiste sur Europe 1. Et ce ne sont pas les jeunes, forcément fans de Riad Sattouf, qui vont s’en plaindre.

Les Cahiers d’Esther, Création Originale, saisons 1 et 2 disponibles sur CANAL+.