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Enfer Blanc, un thriller géopolitique au Pôle Nord

Posté par Marc Larcher le 10 décembre 2021
Derrière la prise d’otage d’un navire dans les glaces, cette série suédoise met en scène un affrontement colossal autour des questions environnementales. Glacé et glaçant.
Activistes écologistes ou mercenaires pro-pétrole ?

On savait les pays nordiques parmi les meilleurs producteurs de polars et de cinéma dramatique au monde, il est désormais évident que leur savoir-faire en matière de séries télévisées rivalise avec celui des Etats-Unis, de l’Angleterre et d’Israël. Après « Borgen », « The Killing » et « Occupied », c’est au tour d'« Enfer Blanc » - « Thin Ice » en anglais - de casser la baraque. Il faut l’avouer, on a rarement lu scénario plus alléchant, à l’intersection de l’actualité, du pur entertainement et des questionnements de l’époque. Alors que les représentants des pays du cercle arctique sont réunis au Groenland pour signer un traité interdisant le forage pétrolier, l’équipage d’un navire de recherches suédois est attaqué par des hommes armés en plein océan arctique… Qui oserait s’attaquer à des scientifiques au milieu de nulle part ? Des activistes écologistes ? Les populations autochtones lassées de décennies d’invasion de leurs territoires ? Des mercenaires à la solde de compagnies pétrolières ? L’armée d’un pays voulant mettre la main sur les réserves d’énergie fossile que le monde s’apprête à laisser intactes ? Seul élément transparent au début de cette saison en huit épisodes, il s’agit d’une attaque terroriste destinée dans un premier temps à faire capoter la signature de l’accord historique.

Une ministre suédoise, des policiers inuits

Et là où certains show-runners auraient privilégié une approche spectaculaire de la prise d’otage des passagers du navire, « Enfer Blanc » s’intéresse tout autant aux questions géopolitiques soulevées par l’attaque qu’à la destinée des populations inuits voyant leur terre devenir un enjeu politique et économique. Ainsi, l’intrigue se noue autour de personnages aux antipodes. D’un côté l’élégante ministre des Affaires étrangères suédoises, Elsa Engström – interprétée par Lena Endre, excellente et également coscénariste de la série -, confrontée sur place à un choix cornélien : protéger un traité nécessaire pour empêcher la fonte des glaces primordiales ou sauver l’équipage innocent ? Et de l’autre, l’équipe d’enquêteurs de la police locale minée par les divisions et les fléaux frappant les populations indigènes comme l’alcoolisme.

Un désert de glace et de neige

Tout ce petit monde fait peu à peu découvrir au spectateur une intrigue complexe où se croisent habilement destinées personnelles et relations géopolitiques. Le tout dans un paysage de glace et de neige jamais aussi bien montré dans le monde des séries. Méconnu, ce programme est une réussite totale par sa réalisation et son originalité comme s’il illustrait les combats politiques et économiques à venir. Faudra-il recourir à la violence pour protéger la planète avant que la violence ne devienne l’arme de ceux qui veulent encore l’exploiter ? Mine de rien, à force d’exploration de zones non-exploitées dans les fictions récentes, « Enfer Blanc » mène aussi bien les questions philosophiques que les cliffhangers audacieux. En un mot, la série suédoise est une pépite qui a déjà de quoi marquer son époque.

Enfer Blanc, une série disponible dès le 12 décembre sur POLAR+.