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L’histoire vraie qui a inspiré la mini-série Pablo Ibar : une vie en sursis

Posté par Delphine Rivet le 26 février 2021
En ce début de mois de février, la chaîne Polar+ propose un cycle sur les erreurs judiciaires dont la mini-série Pablo Ibar : une vie en sursis sera le fer de lance. Créée par Ramón Campos, Gema R. Neira et Diego Sotelo, et réalisée par Carlos Marqués-Marcet, elle est l’adaptation du livre éponyme du journaliste Nacho Carretero, paru en 2018. Mais surtout, elle est inspirée d’une histoire vraie, celle d’un homme accusé à la hâte d’un triple meurtre en 1994 et qui, malgré l’absence de preuves, a passé 16 ans dans le couloir de la mort.
L’affaire des meurtres du Casey’s Nickelodeon

Le 26 juin 1994, dans le salon d’une maison de Miramar en Floride, la police découvre trois corps sans vie. Il s’agit de Casimir Sucharski, alias Butch Casey, propriétaire de la boîte de nuit le Casey's Nickelodeon, ainsi que deux danseuses, Sharon Anderson et Marie Rodgers. Les trois victimes semblent avoir été battues puis exécutées par balles à bout pourtant, dans le dos ou la tête. Fait incroyable pour une affaire criminelle à cette époque : tout a été filmé. Les policiers ont trouvé une centaine de cassettes VHS dans la chambre — Butch Casey, roi de la nuit local, conservait des “archives” de ses ébats — mais surtout, ils repèrent une caméra à peine cachée sur une étagère et braquée directement sur le salon. Grâce aux bandes de vidéo-surveillance qui ont tout enregistré, l’enquête sera courte. De retour au poste, les inspecteurs en charge regardent, choqués, le meurtre se dérouler sous leurs yeux. Deux hommes masqués apparaissent à l’écran et, à la grande surprise des policiers, une fois le crime commis, l’un d’eux dévoile son visage, ignorant qu’il est filmé. Les autorités choisissent de rendre publique l’image, pourtant de très mauvaise qualité, du criminel afin d’accélérer l’identification. Trois semaines après les meurtres, deux suspects sont arrêtés : Pablo Ibar et son ami Seth Peñalver.

Qui est Pablo Ibar ?

Interprété dans la mini-série par Miguel Angel Silvestre, Pablo Ibar est né à Fort Lauderdale en Floride, le 1er avril 1972. Son père, Candido Ibar, est un ancien joueur professionnel de pelote basque qui a transmis sa passion à son fils. Il a quitté son Espagne natale dans les années 60 pour vivre aux États-Unis, dans le Connecticut. Sa mère, Maria Casas, est une immigrée cubaine. Séparée de son mari, elle a vécu en Floride jusqu’à sa mort en 1998. Le destin de Pablo semblait écrit : il marcherait dans les traces de son père pour devenir un champion de pelotari. Mais une blessure lors d’un match, qui lui a valu 15 points de suture à l’arcade sourcilière, l’oblige à faire une pause. Au même moment, il apprend que sa mère est atteinte d’un cancer. Son père, chez qui il vit, lui conseille alors d’aller passer quelques temps avec elle en Floride. Là-bas, Pablo n’a pas que des bonnes fréquentations, mais il fait surtout la connaissance de Tanya Quiñones. Il ne le sait pas encore, mais elle deviendra la femme de sa vie et un soutien indéfectible dans les épreuves qui l’attendent. La nuit où les meurtres de Butch Casey, Sharon Anderson et Marie Rodgers ont eu lieu, il était chez Tanya, à plusieurs kilomètres de là.

Un parcours judiciaire kafkaïen

Lorsqu’il est arrêté, Pablo voit le piège se refermer très vite. Lui et son ami Seth Peñalver sont jugés une première fois le 5 mai 1997, mais le jury ne parvenant pas à se mettre d’accord sur un verdict, le procès est déclaré nul. Le suivant se tient en 1999. Pablo et sa famille ayant des revenus très modestes, c’est un avocat commis d’office qui est assigné à l’affaire. Son nom est Kayo Morgan, et il s’avère qu’il fera plus de mal que de bien à celui qu’il est censé protéger. Ce dernier a notamment été arrêté et condamné pour violences sur une femme enceinte alors qu’il était sous l’emprise de la drogue et de l’alcool. Malgré les demandes de Pablo pour changer d’avocat, la cour refuse. Pendant ce temps, Seth Peñalver est reconnu coupable et condamné à mort. Le 17 avril 2000, lors de son troisième procès, c’est au tour de Pablo d’écoper de la peine capitale. La vidéo du crime est la pièce centrale de l’accusation et pourtant, l’image est de piètre qualité. Sur les lieux, on n’a retrouvé ni l’ADN de Pablo, ni aucune preuve de sa présence le matin des faits parmi tous les prélèvements de sang, de cheveux ou d’empreintes digitales effectués par la police. En 2012, une lueur d’espoir : son ami Seth Peñalver est finalement déclaré non coupable en 2012, et libéré.

Pablo, lui, patiente, résigné, dans le couloir de la mort. Sa famille va se battre inlassablement pour obtenir une révision du verdict. Seize ans de lutte acharnée pour que finalement, en 2016, le tribunal de la Cour Suprême de Floride reconnaisse que les preuves sont faibles, la peine capitale est abandonnée. Un nouveau procès est programmé. Candido Ibar va alors mobiliser sa patrie de cœur, les Pays Basques espagnols, et créer un fond de soutien pour l’aider à payer les frais de justice colossaux engagés pour la défense de son fils. Il parvient à récolter 1,3 million de dollars. Hélas, les procès se suivent et se ressemblent, et la condamnation à perpétuité est maintenue, malgré le témoignage d’un expert en reconnaissance faciale assurant que l’homme sur la vidéo ne peut pas être Pablo Ibar. À ce jour, il purge toujours sa peine. Comme le précise la mini-série, à la toute fin du quatrième épisode : “Les avocats de Pablo firent appel auprès du 4è district de Floride pour irrégularités. Si ce recours est accepté, un 5è jugement aura lieu en 2025.”

La mini-série en quatre épisodes Pablo Ibar : une vie en sursis est à découvrir sur Polar+.