La formule Magic de WINNING TIME (OCS)

Posté par Marc Larcher le 8 mars 2022
Mieux qu’un scénario, le vrai Hollywood de 1980

« Pourquoi personne n’y a pensé avant ? » C’est au bout de quelques minutes de visionnage de la nouvelle série diffusée sur OCS, disponible avec CANAL+, la question qui vient à l’esprit du spectateur, tant tous les ingrédients de cette histoire semblent taillés par et pour Hollywood. Le décor tout d’abord, le Los Angeles de la fin des années 70 et du début des années 80 où l’on croise une star du cinéma à chaque coin de rue, où des fêtes démentes se déroulent dans les villas sur les collines surplombant la ville, fêtes pouvant se transformer en orgie de sexe et de drogue… Les personnages ensuite : Jerry Buss, le nouveau propriétaire des Lakers, millionnaire fêtard venu du monde de l’immobilier, bon vivant doté d’un bagout hallucinant et d’une vision sur le sport en avance sur son temps ; Magic Johnson bien sûr, basketteur au talent extraordinaire – les passes aveugles sont la spécialité de ce meneur de jeu  - venu d’un bled paumé qui découvre les plaisirs et les vices d’une métropole, l’ancien coach Jerry West hanté par ses défaites au cours de huit des neuf finales qu’il a disputées, le nouveau coach Jack McKinney, stratège surdoué quasi autiste, Kareem Abdul-Jabbar, capitaine et pivot de l’équipe, joueur mutique plus préoccupé par la cause noire, le jazz et la philosophie orientale que par les résultats de son équipe… La galerie de personnages ayant existé et semblant tout droit sortis du cerveau d’un scénariste génial est sans fin.

John C. Reilly au sommet de son art

Filmer le sport de manière crédible dans le monde des séries et du cinéma est souvent une gageure et pourtant, WINNING TIME évite plusieurs écueils de taille. La reconstitution des matchs clefs est réussie, les acteurs touchent leur bille sur le terrain et l’ambiance des stades – en particulier la rencontre chez l’ennemi héréditaire des Boston Celtics – est bien restituée. Surtout, les créateurs de la série ont eu la bonne idée de partir non pas du joueur vedette, Magic Johnson, mais du proprio de l’équipe interprété de manière magistrale par John C. Reilly, pour bâtir leur récit. Du coup, on découvre l’envers du décor, un monde tout aussi fou que sur le terrain : emprunts tous azimut, dettes colossales à rembourser, mafia de las Vegas, banquiers à soudoyer, initiatives ingénieuses pour déringardiser le basket…. C’est le coup de génie d’Adam McKay, réalisateur qui maîtrise autant les polars financiers comme THE BIG SHORT (2015) que les délires comiques comme FRANGINS MALGRE EUX (2008). La série est ainsi autant une série sportive spectaculaire qu’une saga familiale passionnante. On note d’ailleurs que l’équipe actuelle aux 17 titres (dont un dernier avec la star LeBron James en 2020) est toujours la propriété de la même famille et ce n’est autre que Jeannie Buss, alors adolescente en 1980 jouée avec habileté par Hadley Robinson, qui la dirige actuellement.

L’invention du sport-spectacle

Aussi, tout le monde peut y trouver son compte : les exégètes de la NBA qui trouveront mille détails – comme la présence d’un bébé sur les genoux d’un joueur dans le public qui n’est autre que la future star Kobe Bryant – à glaner, les fans de sagas dramatiques car les rebondissements, biens réels, ne manquent pas, les amateurs de beau jeu de la part des comédiens car le niveau général est très élevé, en particulier Jason Clarke et Tracy Letts, et tous ceux qui se demandent comment un sport comme le basket a pu devenir dix ans plus tard avec la Dream Team une passion mondiale toujours pas démentie. La réponse est là sous nos yeux, dans le sourire et le talent d’un certain Magic Johnson, capable de soulever les foules en quelques secondes sur le terrain et de signifier que c’est autre chose qu’un match qui se joue là, ce n’est plus seulement du sport mais un spectacle.

Retrouvez la saison 1 de WINNING TIME à l'heure US sur OCS, disponible avec CANAL+.