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Loki est ce qui pouvait arriver de mieux au MCU

Posté par Alexis Lebrun le 26 juillet 2021
Si WandaVision avait brillamment ouvert le bal des séries Marvel Studios, le bilan mi-figue, mi-raisin de Falcon et le Soldat de l’Hiver avait un peu refroidi les ardeurs des fans. Mais il fallait faire confiance au Dieu de la Malice : la saison 1 de Loki est l’une des meilleures créations récentes du Marvel Cinematic Universe, et son seul vrai défaut est d’avoir été trop courte. Cela tombe bien, une saison 2 est prévue sur Disney+. En attendant, retour sur l’une des sensations sérielles de cette année 2021, avec forcément beaucoup de spoilers.
Vers le Multivers et au-delà

C’était attendu : après les fausses pistes de WandaVision, Loki est bien la série qui ouvre ENFIN le Multivers dont on ne cesse de parler depuis que les Avengers ont vaincu Thanos en conclusion de la Saga de l’Infini. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que la série de Marvel Studios a réalisé cette tâche de façon audacieuse. Dans un épisode final riche en rebondissements et en enseignements pour l’avenir du MCU, Loki et son variant féminin (Sylvie) sont finalement parvenus jusqu’au grand méchant caché dans l’ombre depuis le début de la saison.

Et quel bonheur ce fut d’assister à l’apparition surprise de l’excellent Jonathan Majors (Lovecraft Country sur OCS), venu incarner pour la première fois non pas Kang le Conquérant (il faudra attendre Ant-Man and the Wasp: Quantumania en 2023 pour cela), mais un de ses variants, « l’homme derrière le rideau » du TVA (Tribunal des Variations Anachroniques), cette organisation grotesque avec laquelle Loki et Sylvie se sont débattus pendant six épisodes. Nommé « Celui qui demeure » et inspiré d’Immortus dans les comics de Marvel, le personnage joué par Jonathan Majors a eu juste assez de temps pour voler la vedette à Tom Hiddleston et Sophia Di Martino, grâce à l’interprétation volontairement outrancière de l’acteur qu’Hollywood commence à s’arracher. Dans un face à face jouissif avec Loki et Sylvie, il expose ce qui l’a amené à créer le TVA, et les confronte à un dilemme terrible, en leur proposant de prendre sa place pour assurer la continuité du flux temporel de leur réalité.

Libre-arbitre ou destin ?

La scène prend alors des allures totalement LOSTiennes (une des plus grosses influences de la série), puisque Loki et Sylvie s’affrontent sur une question quasiment philosophique qui rappelle Jack et Locke dans la série culte de Damon Lindelof. Après avoir été transformé par ses aventures et sa rencontre avec Sylvie, Loki semble croire les explications de Celui qui demeure, et accepterait bien de reprendre son job, en jurant que ce n’est pas pour avoir enfin le trône dont il a toujours rêvé et auquel il s'est longtemps cru destiné. À l’inverse, Sylvie est toujours incapable de faire confiance, car elle n’oublie pas que sa vie lui a été volée par le TVA. Elle veut donc tout foutre en l’air pour rendre son libre-arbitre à tout le monde. Après un baiser plus ou moins attendu et étrange avec Loki, elle arrête de faire du sentiment et l’envoie dans une autre réalité (où Kang règne sur le TVA et où Mobius ne le connaît pas), pendant qu’elle poignarde « l’homme derrière le rideau » comme Ben l’a fait avec Jacob dans Lost.

Bien entendu, elle ne met pas longtemps à s’apercevoir de son erreur, qui ouvre officiellement le Multivers, et laisse le champ libre aux redoutables variants de Kang pour mener la guerre multiverselle contre laquelle Celui qui demeure les a mis en garde. Ce n’est pas encore officiellement confirmé, mais Kang le Conquérant est évidemment pressenti pour être le super-vilain qui succèdera à Thanos dans la Phase IV du MCU. En attendant, on pourra déjà mesurer les effets dévastateurs de l’ouverture du Multivers dans le film Doctor Strange in the Multiverse of Madness (Sam Raimi) prévu l’année prochaine, où l’on sait déjà que l’on retrouvera Wanda aux côtés de Stephen Strange. Le scénariste n’est d’ailleurs autre que Michael Waldron, le showrunner de Loki, donc on imagine bien que le Dieu de la Malice pourrait apparaître dans le film.

Une saison 2 plus que nécessaire

Quoi qu’il en soit, les prochains longs-métrages de Marvel Studios auront fort à faire pour rivaliser avec des séries comme WandaVision ou Loki. Enfin sorti au cinéma après d’innombrables reports, le film Black Widow (Cate Shortland) montre d’ailleurs ce qui sépare aujourd’hui les films et les séries du MCU. Incontestablement, la créativité et les expérimentations sont à chercher du côté de Disney+ et les Emmy Awards viennent d’ailleurs d’en prendre acte en offrant une pluie de nominations parfaitement méritées à WandaVision, son hommage très réussi aux sitcoms américaines, et sa réflexion bouleversante sur le deuil qui a involontairement fait écho au monde dans lequel nous vivons.

Par bien des aspects, Loki atteint le niveau de qualité de la série de Jac Schaeffer : Tom Hiddleston et Sophia Di Martino forment un duo irrésistible à l’écran, le travail réalisé par Kasra Farahani, Autumn Durald Arkapaw et Kate Herron respectivement sur les décors, la photographie et la réalisation ringardisent beaucoup de films de super-héros, et l’inoubliable bande-originale composée par Natalie Holt qui fait la part belle aux synthétiseurs Moog et au thérémine est digne de celles d'un Vangelis ou de Wendy Carlos pour Orange Mécanique (Stanley Kubrick, 1971). Michael Waldron avait convoqué certaines des influences les plus prestigieuses que l’on puisse imaginer avant le lancement de la série, et on peut dire que le résultat est à la hauteur des attentes.

Finalement, ce que l’on regrette le plus, c’est de ne pas avoir pu profiter de tout cela plus longtemps. Loki souffre beaucoup d’avoir dû condenser sa trame narrative en seulement six épisodes, d’autant plus que la série était forcée de passer beaucoup de temps à expliquer ses délires cosmiques et à poser les bases de l’avenir du MCU. Le développement des personnages en a forcément pris un coup, notamment celui de la pauvre Gugu Mbatha-Raw, qui n’a pas vraiment eu l’occasion de montrer l’étendue de ses talents d’actrice dans le rôle de la juge Ravonna Renslayer. C’est moins vrai pour le toujours génial Owen Wilson, qui a formé un duo comique très efficace avec Tom Hiddleston.

On devrait heureusement revoir Ravonna et Mobius aux côtés de Sylvie et Loki dans la saison 2 qui a été confirmée par Disney+, et qui constitue mine de rien un petit événement, puisqu’il s’agit de la première série Marvel dans ce cas chez Mickey. On ne sait pas encore quand cette nouvelle saison sortira, ni où et comment elle s’intègrera dans la timeline complexe du MCU. Mais on espère qu’elle laissera un peu plus de temps à ses personnages, car maintenant qu’on peut se réjouir de voir Tom Hiddleston poursuivre son aventure en anti-héros Marvel, qui n’a pas envie de voir la suite de son évolution et du couple étrange qu’il forme avec Sylvie ?

Kevin Feige a bien compris que l’histoire ne pouvait pas se terminer comme ça pour ces deux-là, et il a surtout pu constater le carton spectaculaire réalisé par la série sur Disney+. Ce succès vient récompenser une création très audacieuse par rapport aux standards des films du MCU : Loki n’a pas craint de perdre les fans dans les méandres spatio-temporels de son scénario ambitieux mais très tordu, et dans des questionnements presque métaphysiques ou un humour un peu absurde, choses l’on ne s’attendait pas du tout à voir surgir dans une production très grand public destinée à Disney+.

De même, la série a fait le choix de mettre la pédale douce sur les scènes habituellement incontournables de combats épiques entre super-héros, pour privilégier des scènes de dialogues intimistes. Une décision risquée mais en définitive aussi rafraîchissante que salvatrice. Ajoutons à cela que Loki a naturellement fait progresser la représentation LGBTQ+ dans les séries en reconnaissant son héros comme gender fluid, et vous obtenez à peu près tout ce qui manquait méchamment à beaucoup de films récents du MCU. C’est tout le paradoxe de séries comme WandaVision ou Loki, qui, si elles ne pouvaient pas mieux lancer la Phase IV, font courir le risque de ringardiser les films de Marvel Studios. Ce grand coup de pied dans la fourmilière était en tout cas un risque nécessaire pour assurer l’avenir et le renouvellement du MCU.

Loki épisodes 1 à 6 sur Disney+, disponible avec CANAL+.