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Rectify, un chef-d’œuvre trop méconnu

Posté par Alexis Lebrun le 1 février 2021
Enfin disponible en France en intégralité grâce à CANAL+, cette série majeure des années 2010 mérite absolument d’être (re)découverte, tant elle est passée inaperçue lors de sa première diffusion. Réflexion méditative brillante sur la peine de mort et le système carcéral américain, Rectify est aussi une série atypique, qui assume sa lenteur et son minimalisme. Et c’est splendide.
Erreur judiciaire

Ces dernières années, les progrès de la science ont permis de rouvrir de nombreux dossiers de condamnés à morts aux Etats-Unis, grâce à l’analyse des prélèvements ADN. C’est exactement la situation dans laquelle se trouve Daniel Holden, le personnage principal de la série Rectify. Accusé du viol et du meurtre de sa copine alors qu’il n’a pas encore 20 ans, il est condamné à mort et passe deux décennies dans le couloir de la mort. La série commence avec sa libération, rendue possible grâce à des analyses ADN qui remettent en cause sa condamnation lors de son jugement, sans pour autant l’innocenter tout de suite. Un deuxième procès l’attend, et pour le sénateur du coin – qui doit sa carrière à cette condamnation quand il était procureur – et la plupart des habitants de la zone rurale et conservatrice de l’Etat de Géorgie où Daniel habite, ce dernier est toujours coupable.

Mais Rectify n’est absolument pas une série judiciaire, puisqu’elle se concentre sur le difficile retour à la vie civile d’un homme qui a passé la moitié de sa vie entièrement coupé du monde extérieur, à attendre son exécution dans une cellule minuscule sans fenêtres. Comment se réadapter à la vie courante lorsque l’on a été irrémédiablement marqué par les années perdues en prison – montrées sous la forme de flashbacks – et que le monde et vos proches ont évidemment beaucoup changé pendant ce laps de temps ? C’est l’une des nombreuses questions que Rectify pose, sans jamais donner de réponse évidente.

La famille d’abord

En apportant un soin particulier à ses personnages secondaires, la série explore surtout les relations de Daniel avec les membres de sa famille, qui réagissent bien sûr différemment à son retour inespéré. Il est difficile de ne pas commencer par évoquer Amantha, la sœur courageuse qui s’est toujours battue pour son frère en mettant sa propre vie en suspens, ce qui offre un très beau rôle à Abigail Spencer, actrice d’abord repérée dans Mad Men (l’institutrice de Sally, c’était elle), avant d’apparaître dans Suits, True Detective (OCS) et Timeless.

Mais les choses sont loin d’être simples pour Daniel avec le reste de sa famille : sa mère Janet (J. Smith-Cameron) ne sait pas comment réagir, et son demi-frère sanguin Ted Jr. (Clayne Crawford) contraste avec son épouse Tawney (Adelaide Clemens), une femme très croyante qui crée une complicité avec Daniel, sans oublier Jared (Jake Austin Walker), le jeune demi-frère qu'il n’a jamais connu. Mais Rectify ne serait pas une grande série si elle n’avait pas trouvé l’acteur idéal pour incarner le malaise permanent de son personnage principal. On peut dire sans se tromper qu’elle l’a trouvé avec le comédien canado-australien Aden Young, quasiment inconnu auparavant, et qui réussit à exprimer dans la série la très large palette de sentiments de ce personnage déconnecté, le tout avec une grande justesse. Rectify a été pour lui une révélation, et il aurait mérité de gagner toutes les récompenses de la terre pour le rôle.

Une série qui ne fait rien comme les autres

Au premier abord, Rectify peut désorienter. La série suit le rythme tout en douceur de son personnage principal, qui prend le temps de (re)découvrir tout ce qui n’existait pas en prison, et on ressent presque physiquement ses sensations face à ces petits riens du quotidien dont on ne voit pas le potentiel d’émerveillement à moins d’en être privé. Particulièrement bien réalisée, Rectify préfère les jolis plans contemplatifs à la frénésie qui caractérise trop de séries. Elle filme par exemple très bien les paysages caractéristiques de cette région du sud des Etats-Unis, avec une emphase particulière sur la lumière, qui est aussi symboliquement au cœur de la série. Et la lenteur qu’elle cultive s’accompagne également d’un grand minimalisme dans ses dialogues, qui laissent une large place aux silences qui en disent long, et plus que de grandes tirades. Cette subtilité laisse respirer des scènes parfois éprouvantes, et rend paradoxalement la série très apaisante, alors que son point de départ n’est pas des plus joyeux.

Bref, Rectify est une série miraculeuse, qui pour ne rien gâcher est aussi réaliste : alors que son créateur – l’acteur Ray McKinnon – a indiqué ne pas avoir fait de recherches sur son sujet, l’un des hommes accusés à tort (Damien Echols) dans la célèbre affaire des « West Memphis Three » a indiqué qu’elle correspondait parfaitement à son expérience. Vous comprenez maintenant mieux pourquoi Rectify est apparue en 2018 dans le Livre Guinness des records, en tant que « Série TV la mieux notée », grâce à son score de 99 sur 100 sur la fameuse plateforme Metacritic.

Rectify saisons 1 à 4, disponibles sur CANAL+.