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Scenes from a Marriage (OCS) : Jessica Chastain et Oscar Isaac soumis à rude épreuve

Posté par Marc Larcher le 13 septembre 2021
Avec sa relecture du classique du film d'Ingmar Bergman, le showrunner Hagai Levi réalise le hold-up de l’année en filmant Jessica Chastain et Oscar Isaac dans les tourments quotidiens d'un couple en apparence parfait.
Un classique réinventé avec brio

Il fallait oser. A l’époque de l’ultra-efficacité des séries, des images spectaculaires, des arc narratifs aux rebondissements conçus avec une précision de chirurgien, à l’époque des dialogues à la recherche de punchlines définitives, il fallait oser prendre le temps de s’arrêter et se dire, on va faire autrement. Mieux, on va faire le contraire. On va repartir en arrière pour s’emparer d’une œuvre intouchable, voire qui fait un peu peur au regard de sa réputation difficile et la transposer à notre époque pour mieux la sublimer. Le showrunner Hagai Levi l’a fait avec brio. Il est vrai que le créateur de la série originelle EN THERAPIE (2005) et de THE AFFAIR (2014) excelle dans la mise en scène de personnages en conflit avec leurs prochains ou avec eux-mêmes.

 

Un couple parfait, à moins que…

Cette fois-ci, il s’est emparé d’un classique du cinéma mondial, le fameux « Scènes de la vie conjugale » (1974) d’Ingmar Bergman, qui fut à son origine une série créée pour la télévision publique suédoise. On y voyait en l’espace de six épisodes son actrice fétiche Liv Ullmann et son mari se lier et se délier au fil des disputes pendant une vingtaine d’années. L’ensemble, parfois parodié pour son aspérité, durait alors 299 minutes… Cette fois-ci, Hagai Levi a gommé les aspérités de l’ensemble, il a réduit la voilure et offre aux spectateurs une fable parfaitement moderne. Il s’agit d’un couple composé par Jessica Chastain (INTERSTELLAR, A MOST VIOLENT YEAR), une ponte d’une entreprise high-tech, aussi belle que froide, tourmentée et accaparée par son travail, et d’Oscar Isaac (EX MACHINA, A MOST VIOLENT YEAR), un professeur de philosophie doux et compréhensif passant une bonne partie de son temps à s’occuper de la famille. Apparemment, tout va bien dans le meilleur des mondes, ils ont même le temps de recevoir dans leur belle maison de Boston une étudiante en doctorat de « gender studies » qui travaille sur cette forme devenue presque anachronique à ses yeux : le mariage. Dès les premières réponses à ses questions cruelles, le vernis commence à craquer, on devine que les quarantenaires ne sont pas ou ne sont plus sur la même longueur d’ondes.

Des acteurs au sommet de leur talent

Dès lors, pendant cinq épisodes, leur histoire se décompose sous nos yeux. Les rapports de force apparaissent progressivement, le showrunner ayant eu la bonne idée d’inverser la répartition habituelle des rôles entre homme et femme. La puissance, l’argent, l’emploi du temps infernal, l’œil rivé en permanence sur l’écran du smartphone, c’est elle et le soin accordé à l’enfant et à leur bel intérieur, c’est lui. Alors quand un des deux protagonistes - pas de spoiler, nous n’en dirons pas plus – annonce qu’il y a désormais une autre personne dans sa vie, les fêlures deviennent des failles béantes. En filmant leurs réactions avec une proximité troublante, la série fait littéralement du spectateur un membre de facto de cette famille en crise, un témoin qui a toutes les difficultés du monde à prendre parti tant chaque personnage semble sincère. Rarement Jessica Chastain et Oscar Isaac, pourtant déjà à la tête d’une filmographie conséquente, ne sont peut-être allés si loin dans leur jeu. C’est à la fois du meilleur théâtre et filmé avec le plus grand soin – les lumières, les clair-obscurs évoquent la peinture. Autrement dit, de quoi remporter un Emmy Award. Et ce serait amplement mérité.

Scenes From A Marriage, disponible depuis le 13 septembre sur OCS, disponible avec CANAL+.