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Une série enfermée dans une voiture ? VTC réussit l’exploit

Posté par Marc Larcher le 8 novembre 2021
En filmant avec brio Golshifteh Farahani dans son break, la série entre dans l’univers ultra sélectif du film de bagnole réussi.
Un exploit autant scénaristique que technique

Demandez à n’importe quel cinéaste ou directeur de la photographie, filmer une scène dans une voiture est un casse-tête, surtout si on veut s’éloigner du traditionnel plan montrant les deux protagonistes de face à travers le pare-brise. Tels les flics en planque des séries américaines discutant en s’empiffrant de junk food. Alors un film entier entièrement tourné dans un habitacle tient de l’exploit voire de l’inconscience. Comment ne pas lasser le spectateur avec des plans identiques ? Où placer sa caméra avec une profondeur de champs limitée ? Comment faire naître une dramaturgie avec une personne assise dont seules les mains bougent sur le volant ? Et pourtant, c’est cette mission a priori impossible qu’a remplie haut la main la série VTC en racontant en cinq épisodes l’histoire de Nora (Golshifteh Farahani), une chauffeuse de VTC précaire qui travaille, dort et tente de survivre dans un break Citroën à Paris. Son seul lien vers l’extérieur, c’est son smartphone grâce auquel elle peut parler à sa fille et grâce auquel ses clients la contactent pour aller d’un point à l’autre de la capitale. Autour, Paris et sa banlieue, des clients, des embrouilles. Une voiture et un écran, son univers est aussi minimaliste que menaçant.

Steven Spielberg, Walter Hill, Monte Hellman…, un boulot de surdoué

En créant cette structure, Julien Bittner entre dans une famille de cinéastes surdoués dont les membres sont particulièrement rares. Il y a d’abord eu Steven Spielberg dont le film Duel en 1971 a tout simplement changé l’histoire du cinéma. Son premier long-métrage raconte l’histoire d’un représentant de commerce qui doit se rendre en voiture à un rendez-vous d'affaires en traversant un désert de Californie. Le problème, c’est qu’après avoir doublé sur la route un vieux camion-citerne, celui-ci se met à la poursuivre pour le faire sortir de la route. Pendant une heure et demi, on ne verra jamais le chauffeur du camion au point où le spectateur finit par se demander si le VRP, déjà stressé par son boulot et les coups de fil qu’il doit passer à sa femme, n’est pas fou et finalement seul sur la route, l’horrible semi-remorque n’étant peut-être que le fruit de son imagination. Etrangement, la même année, deux autres jeunes cinéastes se lancent dans le même exercice. D’un côté, Monte Hellman filme un long-métrage devenu culte,Macadam à deux voies, dans lequel deux coureurs automobiles passant d’une ville à l’autre au grès des compétitions improvisées sur la route. Et de l’autre, Richard Safarian raconte dans Point Limite Zéro un pari qui tourne mal : convoyer une Dodge Challenger de Denver à San Francisco en quinze heures au nez et à la barbe de la police. Seul lien avec l’extérieur : un animateur de radio qui raconte l’exploit aux auditeurs. Là encore, il s’agit d’aller vite et de survivre. Bien plus ancrée dans la réalité contemporaine, Nora ne s’amuse pas mais elle ne peut abandonner non plus la mission que lui a confiée son mystérieux employeur : convoyer des sacs dont elle ne doit pas regarder le contenu.

Fuir les flics, son boulot, sa famille, même combat

Conduire jusqu’à perdre haleine, ne pas se perdre dans la ville, fuir la police comme les bandits, c’est aussi la formule magique de Driver (1978), un thriller de Walter Hill avec Ryan O’Neal, un pilote spécialisé dans la fuite post hold-up à Los Angeles. Le pitch vous rappelle quelque chose ? Oui, c’est aussi celui de Drive (2011), le film de Nicolas Winding Refn qui a fait de Ryan Gosling une star. À l’art de filmer une tension extrême dans un habitacle, la série VTC ajoute habilement une dimension supplémentaire : le drame familial. Si Nora parvient à survivre en conduisant, ce n’est pas pour l’argent mais pour pouvoir emménager dans un appartement où elle pourrait accueillir sa fille. Un objectif qui rappelle celui d’un autre film où le personnage est enfermé dans sa voiture. Dans Locke (2013), Steven Knight filme Tom Hardy qui a soudainement quitté sa famille et son travail pour rejoindre sa maîtresse qui s’apprête à accoucher prématurément. En roulant à fond de Birmingham à Londres, il essaie au gré de ses coups de fil de ne pas faire totalement exploser sa vie. La bagnole comme métaphore de nos vies difficiles à conduire ? Nora ne dirait pas le contraire.

La série VTC est disponible en intégralité sur CANAL+.