Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

Unusual Suspects : Plongée dans l’univers impitoyable des riches australiens

Posté par Marc Larcher le 18 novembre 2021
Qui a piqué l’inestimable collier? En s’inspirant du film Usual Suspects, la mini-série australienne dresse délicieuse une satire sociale avec un casting uniquement féminin.
Divas capricieuses contre nannies dévouées

Le film est légendaire et la série pourrait vite le devenir. Si Usual Suspects de Bryan Singer (1995) a changé l’histoire des thrillers en y ajoutant une énorme touche de surprise et de suspense, Unusual Suspects s’amuse aussi à faire exploser les conventions des scénarios reposant sur l’épineuse question : « Qui a fait le coup ? » en les transposant dans l’univers des comédies familiales. La bonne idée de la showrunneuse Jessica Redenbach repose également sur le fait que l’intrigue - on a volé un collier de diamants qui vaut des millions – se déroule non plus entre bandits et escrocs mais au sein de riches familles australiennes vivant dans une banlieue chic de Sydney, chacune apparemment bien sous tous rapports. Les maisons des héroïnes au bord de la mer sont somptueuses, on roule en Jaguar vintage, on ne compte plus le personnel de maison, coach sportif compris, nous sommes chez les riches et presque famous. D’ailleurs, le vol en question a lieu pendant une hallucinante fête d’anniversaire pour les jumeaux d’un personnage-clef Roxanne Waters, une redoutable femme d’affaires philippine. Là, où l’on s’attend comme dans de nombreuses séries américaines à passer une saison au sein d’une famille blanche et autochtone, Unusual Suspects prend le parti de s’intéresser également à des personnages issus de l’immigration, qu’ils soient des nouveaux riches, ou des bonnes à tout faire. Dès lors, le spectateur retrouve les rapports de force complexes entre les différentes classes sociales visibles à l’écran comme dans le film Parasite de Bong Joon-Ho (2019). Il s’agit désormais de savoir qui a pu organiser un vol aussi osé, qui avait intérêt à ternir la réputation de la self-made woman et quel rôle a pu jouer la nannie souffre-douleur, Evie de la Rosa. En un mot, la révolte des sans-grades couve sous la plage.

Un ton acide rarement vu à l’écran

C’est donc tout autant une enquête passionnante et une fable marxiste, qu’une comédie aux dialogues ciselés. La forme de cette mini-série est particulièrement moderne, elle épouse à la fois le rythme de vie virevoltant des personnages – on voit leurs posts Instagram s’afficher à l’écran -, la multiplicité des langues – la bande des bonnes parle souvent philippin -, et la complexité de leurs affaires – bancaires, sexuelles ou sentimentales. A travers cette quête du collier de diamants, c’est toute la société australienne qui est passée au scanner. Avec en premier lieu, l’arrogance de la haute bourgeoisie : « Je suis plus trash que Gwyneth et plus cool que Kim » ose annoncer le personnage de Sara à l’envoyée de la compagnie américaine voulant acquérir son site internet. On est en effet pas si loin de l’univers clinquant de Gwyneth Paltrow et de Kim Kardashian et à bien des égards, cette Australie rappelle la Californie des séries américaines. Sauf que Unusual Suspects y ajoute un cynisme et une étrangeté propre aux australiens. L’humour est plus vachard, la fausseté des personnages plus évidente et les rapports sociaux plus cruels encore. Ainsi, on comprend vite que le nœud du récit se jouera sans doute dans les relations entre les adultes et les enfants. Plus que le possesseur du bijou, la personne qui a le pouvoir, est peut-être celle qui sait s’occuper et parler aux enfants. Alors les parents ou les nannies ? On déguste un vrai bonbon mais un bonbon acidulé pour ne pas dire parfumé à l’acide.

The Unsual Suspects est disponible sur OCS dès le 16 novembre.