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WandaVision : pourquoi la première série Marvel de Disney+ est unique

Posté par Alexis Lebrun le 18 janvier 2021
Après avoir réconcilié presque tout le monde avec Star Wars grâce à The Mandalorian, la plateforme de streaming de Mickey s’attaque à un autre très gros morceau. Mais loin d’être impressionnée par ses écrasantes responsabilités, WandaVision prend le risque de désorienter les fans des films de super-héros avec des choix esthétiques et narratifs dont on n’osait pas rêver de la part de Marvel Studios.
Un hommage à soixante ans d’histoire des sitcoms (mais pas que)

C’est sans doute le pari le plus audacieux de WandaVision. Contrairement aux dizaines de productions Marvel Studios sorties au cinéma depuis 2008, la série ne se présente pas initialement comme une histoire traditionnelle de super-héros. Certes, les deux personnages principaux (Wanda Maximoff et Vision) possèdent bien des pouvoirs uniques, mais ils essayent de les cacher dans les premiers épisodes, car leur seul objectif semble être de s’intégrer comme nouveaux mariés parmi les habitants très traditionnels d’une banlieue pavillonnaire américaine typique (Westview). Et aussi étonnant que cela puisse paraître en 2020 pour une production Marvel, WandaVision est d’abord une sitcom plutôt drôle avec des épisodes de 30 minutes, où l'on suit le quotidien d'un couple pas comme les autres. La construction de la série frappe aussi, puisque chacun des six premiers épisodes se déroule visiblement dans une décennie précise (entre 1950 et 2000) sans que les personnages vieillissent, ce qui implique un voyage dans le temps à grande vitesse.

Mais ce n’est pas tout, puisqu’en plus des décors et des tenues – superbes – qui évoluent forcément, chaque épisode est tourné dans le style des sitcoms de l’époque, avec l’humour et les références d’alors, pour rendre hommage à un demi-siècle de cette grande tradition de la télévision américaine. Le premier épisode 50’s est par exemple réalisé en noir et blanc au format 4/3, et rend hommage aux sitcoms I Love Lucy et The Dick Van Dyke Show, tandis que le deuxième (60’s) fait lui très clairement référence à Ma sorcière bien-aimée. Mais comme vous l’imaginez, il n’y a aucune chance qu’une série Marvel Studios reste pendant toute sa durée dans ce cadre beaucoup trop calme. Dès les deux premiers épisodes, cette vie (artificielle ?) en noir et blanc commence à afficher des bugs de plus en plus perturbants pour nos deux héros, et une menace semble planer sur eux. En attendant la montée en puissance de la série avant un final qu’on imagine très spectaculaire compte tenu de son budget élevé, WandaVision est d’ores et déjà le projet le plus original du MCU, à mi-chemin entre sitcom et mystère qui évoque aussi des œuvres cultes comme The Twilight Zone, Twin Peaks et Rosemary’s Baby, avec même un soupçon de Desperate Housewives.

Un couple d’Avengers puissants enfin exploités

Au milieu des Iron Man, Thor, Hulk, Hawkeye, Black Widow et autres Captain America, Wanda Maximoff et Vision ne sont évidemment pas les super-héros les plus connus des films Marvel Studios, mais ils sont au moins aussi intéressants que les six Avengers d’origine. Wanda, alias Scarlet Witch (La Sorcière Rouge en français), est d’ailleurs peut-être la super-héroïne la plus puissante des films Marvel Studios si l’on en croit le patron Kevin Feige. Elle est entre autres capable, grâce à sa magie, de pratiquer la télépathie et la télékinésie, sans oublier qu’elle peut aussi modifier la réalité. Introduite dans les films avec son frère jumeau Pietro dans Avengers : L'Ère d'Ultron (Joss Whedon, 2015), elle et lui ont une enfance tragique dans un pays virtuel d’Europe de l’Est (la Sokovie), avant d’être candidats pour devenir sujets aux expérimentations du groupe terroriste HYDRA, qui en fait des soldats d’élite augmentés.

Vision est introduit dans le même film : c’est un androïde physiquement créé par le robot super-vilain Ultron, mais ce sont les Avengers qui lui donnent vie en lui intégrant l’intelligence artificielle J.A.R.V.I.S. imaginée par Iron Man, et il choisit de combattre pour le camp du bien. Et il n’est pas inutile, puisqu’il peut notamment voler et se rendre intangible, en plus bien sûr de ses caractéristiques physiques et intellectuelles surhumaines, et de la Pierre de l’Esprit collée entre ses deux yeux qui lui permet d’envoyer un énorme laser. Vision et Wanda rejoignent officiellement les Avengers à la fin du film, et après les événements de Captain America: Civil War (Anthony et Joe Russo, 2016), ils finissent par former un couple, peu banal dans l’histoire des super-héros et de Marvel. Notez enfin que même si la série prend bien la suite des films où les personnages apparaissent, WandaVision s’inspire grandement de deux comics très réputés de Marvel : House of M, où Wanda Maximoff est tellement rongée par le deuil qu’elle finit par créer une réalité alternative, et La Vision, dans lequel le super-héros décide de se créer une famille pour s’installer en banlieue.

La première étape du nouveau cycle du Marvel Cinematic Universe

Avec le report de Black Widow (Cate Shortland, 2021) et de tous les films Marvel initialement prévus en 2020 – pandémie oblige –, WandaVision se retrouve dans une drôle de position et très attendue après cette année chaotique : il faut remonter à 2009 – une autre époque – pour trouver trace du dernier millésime sans sortie de film Marvel Studios. WandaVision est en outre la première fiction du MCU à sortir depuis la fin de la première ère de films entamée en 2008 avec Iron Man, et achevée avec le dénouement grandiloquent d’Avengers: Endgame et l’épilogue Spider-Man: Far From Home, sortis en 2019. La pression est donc grande sur les épaules de WandaVision, d’autant plus qu'il s'agit de la toute première série Marvel Studios de Disney+, et qu’elle est bien davantage rattachée au MCU que les deux (bonnes) séries précédemment diffusées sur ABC et disponibles sur Disney+, Marvel : Les Agents du SHIELD et Agent Carter.

En matière de continuité, une chose est en tout cas certaine : les événements de WandaVision se déroulent bien après ceux d’Avengers: Endgame. Pour rappel et attention énorme SPOILER si vous faites partie des rares personnes ayant échappé à Avengers: Infinity War et Endgame : Vision est tué par Thanos lorsque ce dernier lui arrache la Pierre de l’Esprit qui trône sur son front, afin de compléter sa petite collection de pierres lui permettant de réduire en poussière la moitié des êtres vivants de l’univers d’un claquement de doigts. Wanda Maximoff en fait partie, mais elle est ramenée à la fin d’Endgame par Iron Man, au contraire de Vision. Tout le monde se demande donc logiquement comment l’androïde peut apparaître dans WandaVision, mais deux hypothèses principales émergent : Wanda aurait réussi à ressusciter Vision à l’aide de ses immenses pouvoirs et peut-être de Shuri (la scientifique de génie de Black Panther), ou alors Wanda a créé une réalité alternative dans laquelle elle a droit à une vie de couple heureuse avec son grand amour. Cette option semble plus probable, dans la mesure où l’on sait déjà que la série comme le personnage de Wanda joueront un rôle important dans le futur film Doctor Strange in the Multiverse of Madness (Sam Raimi, 2022), qui comme son titre l’indique devrait jouer entre plusieurs niveaux de réalité.

Elizabeth Olsen et Paul Bettany, quelle alchimie !

Ils sont l’un des atouts les plus réjouissants de WandaVision. Clairement relégués au second plan et malmenés par une intrigue dramatique courte et souvent frustrante dans les films du MCU, les deux comédiens ont enfin la possibilité avec cette série d’être au premier plan dans leurs rôles respectifs, et ils ne laissent pas passer cette occasion de briller et de confirmer le potentiel de ce couple baroque à l’écran. Diction, gestuelle, rythme des gags : Elizabeth Olsen et Paul Bettany sont excellents tous les deux dans le registre de la comédie, et ils s’approprient admirablement le style de jeu des différentes époques de sitcoms.

Ils semblent réellement s’en donner à cœur joie et dépassent l’exercice de style pour former un couple vraiment convaincant, drôle et attachant, ce qui n’a pas toujours été le point fort du MCU (Hulk et Black Widow, RIP). La complicité entre les deux acteurs/personnages est d’autant plus touchante que tout le monde garde en tête la dimension tragique de leur histoire, et que quel que soit leur avenir (Vision est-il mort ou ressuscité ?), on a de bonnes chances de verser une petite larme – de tristesse ou de joie donc – à la fin.

Des seconds rôles très prometteurs

Si Elizabeth Olsen et Paul Bettany sont évidemment les stars du show, le couple est entouré d’un casting irréprochable, avec des nouveaux personnages intrigants, et le retour de quelques visages connus du MCU. Parmi eux, on retrouve Randall Park dans le rôle de l’agent du FBI Jimmy Wood, celui qui était chargé de surveiller la liberté conditionnelle de Scott Lang dans Ant-Man et la Guêpe (Peyton Reed, 2018). Il fait équipe dans la série avec Darcy Lewis, la docteure jouée par Kat Dennings dans les deux premiers Thor, où elle était la stagiaire de Jane Foster. Tout aussi intrigant, on découvre dans WandaVision le personnage de Monica Rambeau à l’âge adulte, après son introduction en tant qu’enfant et fille de Maria Rambeau dans le film Captain Marvel sorti en 2019.

Elle est jouée par Teyonah Parris, actrice révélée pour son rôle dans Mad Men, et qui a explosé au cinéma avec Dear White People puis Si Beale Street pouvait parler. Mais le personnage le plus mystérieux de WandaVision est incontestablement Agnès, une voisine très envahissante dont on imagine qu’elle cache forcément quelque chose de louche derrière sa façade très amicale. Le rôle bénéficie du talent de l’hilarante Kathryn Hahn, qui vit une renaissance depuis ses rôles récents dans les séries Transparent, I Love Dick, Mrs. Fletcher (OCS) et I Know This Much Is True (OCS). Enfin, ceux ayant grandi dans les années 1990 reconnaîtront immédiatement Debra Jo Rupp (Alice dans Friends) et Emma Caulfield (Anya dans Buffy), dans des rôles aussi drôles que perturbants, à l’image de la série.

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