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WandaVision s’achève sur une réflexion bouleversante sur le deuil

Posté par Alexis Lebrun le 8 mars 2021
Cette fois, le générique est bel et bien terminé. Après nous avoir fait voyager pendant huit semaines dans l’histoire des sitcoms, la première série Marvel Studios de Disney+ a tiré sa révérence avec un épisode final intense et qui répond à la plupart des questions en suspens. Mais WandaVision a aussi profité de ses derniers instants pour confirmer ce que l’on ne faisait que soupçonner depuis ses débuts, à savoir qu’il s’agissait pour elle d’évoquer l’un des thèmes les plus universels et difficiles qui soient : le deuil. De ce point de vue, la réussite est totale. Attention, cet article contient de nombreux spoilers sur l’épisode final de WandaVision.
L'éléphant dans la pièce

Les indices étaient clairement visibles depuis le début, mais personne n’imaginait vraiment que WandaVision puisse faire sans menace existentielle digne de la plupart des films de super-héros. Et pourtant. Au lieu de cela, la série qui ouvre la quatrième phase du Marvel Cinematic Universe a « seulement » traité du deuil impossible d’une super-héroïne marquée plus que tout autre dans le MCU par le traumatisme : Wanda Maximoff. Les guillemets sont nécessaires, parce que WandaVision a en réalité réalisé un authentique exploit. En neuf épisodes, la série a non seulement enfin offert une intrigue digne de ce nom à deux des personnages les plus sous-exploités (pour ne pas dire maltraités) du MCU, mais elle a surtout réussi à représenter le trauma de la disparition soudaine de plusieurs êtres chers de façon intelligente.

Les publicités fictives de la série ? Une manifestation des traumatismes de Wanda. Les différentes époques de sitcoms des épisodes ? Une allégorie des cinq étapes connues du deuil, par lesquelles passe Wanda : le déni (épisodes 1 et 2), la colère (épisodes 3 et 4), le marchandage (épisodes 5 et 6), la dépression (épisodes 7 et 8) et enfin l’acceptation (épisode 9). Et alors qu’une grande partie de la planète est coincée chez elle depuis des mois, la diffusion hebdomadaire de WandaVision a permis à des millions de personnes de se retrouver chaque vendredi pour communier autour de ce rituel qui renvoie justement à la tradition des sitcoms d’autrefois. Le tout en imaginant une infinité de théories, mais aussi en abordant la question si actuelle de la santé mentale sous un angle original et accessible, ce que seule la culture populaire permet à une telle échelle.

Cet épisode final de WandaVision a certes obéi aux passages obligés du MCU avec son lot de combats aériens et de cliffhangers (on y revient plus bas), mais c’est en définitive le moins important. Bien sûr, il a aussi acté la transformation officielle de Wanda Maximoff en Sorcière Rouge (Scarlet Witch), reprenant enfin l’appellation officielle du personnage dans les comics de Marvel. Les deux derniers épisodes offrent d’ailleurs une nouvelle origin story cohérente à la super-héroïne dans l’univers du MCU, désormais dotée de pouvoirs encore plus dingues qu’auparavant (grâce à la fameuse Magie du Chaos évoquée par la sorcière Agatha Harkness), sans oublier un nouveau costume à tomber par terre.

Mais ce que l’on retiendra par-dessus tout, c’est la façon dont Wanda a pu dire adieu à son grand amour Vision, décédé deux fois dans Avengers: Infinity War, et qu’elle avait recréé artificiellement à Westview dans un moment de tristesse et de solitude insoutenable. Elle réalise dans ce dernier épisode de WandaVision que son illusion fait souffrir ceux qui en sont prisonniers (autre métaphore réussie de la gestion du deuil en société), et décide d’y mettre fin, ce qui ne fait pas seulement disparaître Vision, mais aussi leurs deux jumeaux dotés de superpouvoirs, Billy et Tommy. La scène où les deux parents les mettent au lit avant leur disparition constitue le prolongement bouleversant logique de celle de l’avant-dernier épisode au QG des Avengers, où Vision et Wanda ont un échange beau à pleurer sur la signification du deuil, et qui a mis tout Internet en émoi.

Jeu de fausses pistes

En confirmant le caractère intimiste de la série, le final de WandaVision a aussi enterré les théories les plus folles sur lesquelles les fans se passionnant depuis des semaines. Pour commencer, aucun super-vilain ne se cachait jusqu’au dernier moment : pas l’ombre d’un Mephisto dans la série, et la sorcière Agatha Harkness comme l’agent du S.WO.R.D. Tyler Hayward resteront les deux méchants de WandaVision, tous les deux motivés par des quêtes de puissance quelque peu différentes (le pouvoir de Wanda pour Agatha, et Vision pour Hayward). Plus étonnant, on apprend avec cette conclusion que l’acteur Evan Peters jouait en fait un simple acteur manipulé par Agatha à Westview, et non le Vif-Argent qu’il incarnait dans les films X-Men.

Les fans qui attendaient le multivers avec l’arrivée des X-Men – permis par le rachat de la Fox par Disney – en sont pour leurs frais, et il faut avouer que la façon dont WandaVision a joué sur ce coup avec les attentes de tout le monde est plutôt drôle. On oserait même dire qu’il s’agit d’une décision logique, dans la mesure où il semble hautement improbable de voir Marvel Studios refaire appel aux acteurs qui incarnaient les X-Men dans les épisodes précédents. Un reboot complet des films sur nos mutants préférés devrait se faire à partir d’une page blanche. Les fans des comics House of M, grande source d’inspiration de WandaVision, peuvent quand même regretter aussi que Magneto – le père historique de Wanda Maximoff dans les comics – ne fasse pas une apparition dans la série, que ce soit par le biais de Michael Fassbender ou de Ian McKellen, les deux interprètes du personnage dans les films X-Men.

Et maintenant ?

Comme le veut la tradition du MCU, l’épisode final de WandaVision ouvre de multiples pistes pour plusieurs sorties futures de la poule aux œufs d’or de Disney. Commençons par Wanda : après avoir mis fin à l’illusion de Westview et avoir dit adieu à sa famille virtuelle, on la retrouve dans la deuxième scène post-générique, vivant en ermite dans une cabane en bois au milieu de nulle part. Idéal pour découvrir ses nouveaux pouvoirs : le plan final révèle qu’une projection astrale d’elle-même étudie le Darkhold, le terrible Livre des Péchés, un objet pour le moins explosif et à ne pas mettre entre toutes les mains, puisqu’il est constitué d’une magie noire de chez noire.

On entend également dans la scène les enfants de Wanda l’appeler au secours, le tout accompagné de la (jolie) musique du film Doctor Strange, signée Michael Giacchino. Le message est on ne peut plus clair : les événements de WandaVision conduisent directement à ceux du futur film Doctor Strange in the Multiverse of Madness, en cours de tournage à Londres, et dont la sortie est prévue l’an prochain. On sait déjà depuis un moment qu’Elizabeth Olsen y partagera l’affiche avec Benedict Cumberbatch, mais le mystère est total sur le rôle que son personnage y jouera. Est-ce que Wanda Maximoff va chercher ses enfants dans le multivers ? On peut aussi imaginer qu’elle sera une antagoniste des films et affrontera Doctor Strange lui-même, puisque son personnage reste plus que jamais à la frontière entre le bien et le mal, ce qui le rapproche de son histoire dans les comics, et la rend d'autant plus intéressante à suivre.

Mais ce n’est évidemment pas tout. Dans la première scène post-générique, le lien est peut-être fait aussi avec le futur film Captain Marvel 2 (2022). Devenue grâce à la série la super-héroïne Spectrum au terme d’une scène de transformation proprement hallucinante, Monica Rambeau est contactée par une Skrull selon laquelle quelqu’un qui habite tout là-haut veut avoir une conversation avec elle.

Or, on sait depuis une scène post-générique de Spider-Man: Far From Home que ce bon vieux Nick Fury se cache dans l’espace chez les Skrulls, et qu’il n’est pas à la retraite. Sachant que lui et les Skrulls faisaient partie des personnages principaux du Captain Marvel sorti en 2019, et que l’on sait déjà que Monica Rambeau sera dans Captain Marvel 2 avec Miss Marvel/Kamala Khan aux côtés de Carol Danvers, le lien entre les deux est hautement probable.

L’avenir de Vision reste nettement plus incertain après ce final. Certes, la version créée par Wanda à Westview a disparu quand elle a mis fin à l’illusion, mais le White Vision recréé par Hayward quitte lui la ville (et la série) après avoir reçu de la part du Vision de Wanda l’essentiel, si ce n’est l’intégralité de ses souvenirs, y compris ceux avec sa sorcière bien-aimée. Pour autant, cela ne fait pas de lui une copie du Vision « original » : on ne sait pas ce qu’il en est de ses émotions.

Un énorme point d’interrogation entoure aussi l’avenir de l’acteur Paul Bettany, qui fait partie du MCU depuis sa naissance en 2008, mais dont le personnage né en 2015 dans Avengers : L'Ère d'Ultron commence tout juste à être correctement développé. On ne peut qu’espérer que la fin ouverte laissée à Vision lui permette de revenir, car WandaVision a confirmé ce que l’on savait déjà, à savoir que c’est un formidable acteur, et que son alchimie avec Elizabeth Olsen est inégalable.

WandaVision laisse aussi la porte ouverte pour un retour éventuel de Kathryn Hahn dans le rôle de la sorcière Agatha Harkness, ce que quiconque ayant vu sa performance dans la série ne peut que souhaiter. L’agent du FBI Jimmy Woo fait lui appel à un mystérieux Cliff durant l’épisode, dont on peut imaginer que l'identité sera bientôt révélée dans un projet du MCU.

L’avenir de Jimmy Woo lui-même, ainsi que celui de sa compère Darcy Lewis – étonnamment presque absente du final – est plus flou, même si les licences où ils sont apparus pour la première fois ont toutes les deux des films en cours de tournage (Ant-Man and the Wasp: Quantumania et Thor: Love and Thunder respectivement).

On termine avec ce qui semble le plus sûr : WandaVision ne devrait pas connaître de deuxième saison, dans la mesure où la série a terminé de raconter le chapitre bien précis que constituait le deuil de Wanda Maximoff. Une nouvelle salve d’épisodes n’aurait donc pas beaucoup de sens, mais Kevin Feige a quand même laissé la porte entrouverte, en affirmant grosso modo qu’il ne faut jamais dire jamais. La preuve : qui aurait cru il y a quelques années que Marvel ferait une série sur une femme endeuillée et enfermée dans sa propre réalité pour ne pas avoir à affronter la réalité de la mort ?

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