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COMBAT DE LEGENDE : HALIMI-D’AGATA

Posté par Sébastien HEULOT

C’est une histoire qui dépasse de nombreux scénarios de films. Un plafonnier en feu en plein combat aurait pu briser les rêves d’Alphonse Halimi de devenir champion du monde des Coq en ce 1er avril 1957…

Un Palais des Sports de Paris plein à craquer, Mario D’Agata le champion, Alphonse Halimi son challenger officiel. Le titre mondial des poids Coq en jeu. Et comme à chaque fois, une équipe de cinéastes présente pour filmer le combat et le diffuser quelques jours plus tard dans les cinémas. En France, en Italie chez le champion, en Amérique du Sud et bien sûr aux Etats-Unis.

 Epoque où la boxe était reine avec le cyclisme et le football dans l’hexagone.

On est à la fin du 3e round. Halimi, en vrai challenger, attaque depuis les premières secondes ce champion italien redoutable en corps à corps. 10 mois plus tôt à Rome, il a détruit en 7 rounds un autre Français : Robert Cohen pour devenir le 1er et unique champion du monde sourd-muet dans l’histoire de la boxe…

Dans les dernières secondes de ce 3e round, un bout de verre enflammé du plafonnier tombe et touche légèrement l’épaule de l’Italien. C’est une lampe montée par les cinéastes avant le combat qui a provoqué un léger court-circuit. Un coup de théâtre sans précédent !

Georges Guétary, star du music-hall maquillé et en costume de scène sous son manteau, ne verra pas la suite du combat. « J’étais persuadé de la victoire d’Halimi. Je ne pourrai pas assister à sa consécration même s’il gagne par KO. » Déçu, il doit partir pour se produire à l’Olympia à 23h…

On crierait aujourd’hui au scandale. Pas à cette époque-là. L’interruption a duré 14 minutes mais les 2 boxeurs et leurs coins sont restés calmes. Les pompiers sont vite intervenus. Et l’étonnement a laissé place à l’amusement. Presque 15 minutes à attendre, qui va profiter de cet incident ?

D’Agata et Halimi répondent vite aux 12 000 spectateurs de ce Palais des Sports encore appelé Vel’D’Hiv’ et promis à la démolition quelques mois plus tard. D’Agata veut imposer le corps à corps pour amortir et désamorcer le punch du Français. Mais Halimi réplique fort en série, souvent avec un doublé du gauche au foie pour finir avec une droite à la face.

Le coin de l’Italien pensait que ce combat ne serait qu’une formalité face à ce jeune de 25 ans né en Algérie et qui commença à travailler dès l’âge de 12 ans comme tailleur à Alger. Une bagarre dans les rues d’Alger révèle son talent pour le combat et son patron, féru de boxe, l’emmène dans une salle. D’Alger à Paris, la passion ne le quittera jamais…

Et en ce 1er avril 1957, il est impressionnant de maitrise pour sa première chance mondiale. D’Agata tente de déstabiliser son challenger mais Halimi réplique par une vitesse d’exécution étonnante.

Une étourdissante série de 10 crochets successifs à la face enflamme le Palais des Sports. La tête de l’Italien vacille, son regard trahit son inquiétude mais il résiste. « Je n’ai jamais connu une telle sensation de bien-être dans ce 10e round. » confie Halimi après le combat.

S’il ne faiblit pas en fin de combat, le titre est pour lui. Et il ne faiblira pas. D’Agata encaisse tout sans broncher tel un roc mais sa défaite est consommée.

A 25 ans, dans cette soirée pleine d’imprévus, Alphonse Halimi devient champion du monde… à son 19e combat seulement. Situation exceptionnelle à cette époque où les champions d’Europe devaient disputer au moins 60 combats pour prétendre à une chance mondiale.

A 23h, les bras levés, Halimi savoure le verdict. D’Agata reconnait la supériorité de son jeune challenger. A Mexico, il est 17h et l’oreille collée à la radio, Raul Macias connait désormais le nom de son futur adversaire pour un grand combat aux Etats-Unis.

Dehors, ils sont des centaines réunis sur le boulevard de Grenelle à profiter de l’ambiance de ce Palais des Sports et à exulter au moment du verdict. Ils n’ont pas pu trouver de place mais l’ingénieur du son a eu la bonne idée de mettre à fond le micro du speaker ! Décidément, une soirée pas comme les autres…

Il faudra attendre 32 ans pour que la France retrouve un champion du monde avec René Jacquot en 1989 !

Alphonse Halimi : 42 victoires en 51 combats, 8 défaites, 1 nul

Champion du monde des Coq de 1957 à 1959, battu par Becerra au Memorial de Los Angeles

Champion d’Europe en octobre 1960 à Londres face à Freddie Gilroy, il lance sur le ring au micro du speaker : « Ce soir, j’ai vengé Jeanne d’Arc »

Marcel Cerdan était son idole et il avait collé sa photo au fond de sa valise quand il partait en voyage.

Il joue son propre rôle dans Le Grand Pardon d’Alexandre Arcady en 1981

Novembre 2006 : il décède à l’âge de 74 ans.
 

Sébastien HEULOT