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DANIEL ET KEVIN

Posté par Thomas Sénécal

Melbourne (Australie)-16 mars 2014

DANIEL ET KEVIN

Ce dimanche soir, il est plus de minuit à Melbourne, mais le paddock est encore bondé. Epicentre de la cohue : l’arrière du garage Red Bull, où quelques membres de la sécurité ont érigé une modeste barrière. Leur font face des dizaines de journalistes et de caméras, en attente d’informations. Pour ses débuts dans l’écurie championne du monde en titre, Daniel Ricciardo a réussi la performance de finir deuxième de son Grand Prix à domicile. Mais depuis la descente du podium, la conformité de son moteur Renault pose question. Et à cette heure avancée de la nuit, son exploit ne tient plus qu’à un fil.

Ce podium avait beau être le premier de sa carrière, Ricciardo y avait mis une ambiance de folie ! Il avait rigolé avec Rosberg, vainqueur, et Magnussen, troisième. Il avait lancé sa casquette à un public en liesse, qui hurlait son prénom sans relâche. En chahutant, bouteille de champagne à la main, Ricciardo avait aussi glissé et chuté. Comme un avant-goût de ce qui allait suivre.

Six heures après l’arrivée de la course, l’information tombe enfin : Ricciardo est disqualifié, sa Red Bull ayant dépassé le débit maximal de carburant autorisé. (L’ère turbo-hybride s’ouvre, Mercedes domine, Renault et Ferrari courent plus ou moins loin derrière, et la question du débit de carburant est déjà sensible, NDLR). Nous sommes restés sur le circuit, avec Laurent Dupin et une partie de l’équipe technique, histoire d’envoyer à Paris - où il n’est que 18 heures - une dernière réaction après l’officialisation des résultats.

Nous n’entendrons pas Daniel, qui a filé. Magnussen se retrouve deuxième pour son tout premier Grand Prix ; Button hérite de la troisième place. « Déception pour Ricciardo, mais il aura d’autres occasions ; Magnussen deuxième, peut-être le début d’une grande carrière», disons-nous en substance pour conclure ce Grand Prix à rebondissements. Six ans plus tard, Kevin Magnussen n’a jamais réédité une performance identique. Button a pris sa retraite fin 2016 sans jamais plus terminer un GP dans les trois premiers. Daniel Ricciardo, lui, est devenu un habitué des podiums, et ce dès 2014.

Car cette année-là, l’Australien se révèle vraiment. En 2013, il pilotait encore pour Toro Rosso, avec Jean-Eric Vergne pour coéquipier. L’équipe Canal+ venait de démarrer en Formule 1. Elle tenait Ricciardo pour un pilote très sympa et très rapide. Mais notre attention chez Toro Rosso se focalisait sur Jean-Eric Vergne. Nous avons interviewé Ricciardo plus en longueur après l’annonce sa promotion chez Red Bull, à la fin de l’été. Bien sûr, nous aurions vu d’un bon œil JEV devenir le coéquipier de Vettel, mais c’est Ricciardo qui a été choisi. Et dès son premier Grand Prix dans la « grande » écurie, l’Australien a éteint toute discussion sur ce choix.

De façon magistrale et inattendue, il a pris le meilleur sur Sebastian Vettel. A l’échelle du paddock, c’est alors une révolution. Vettel n’est plus le maître chez Red Bull, l’équipe avec laquelle il vient de remporter huit titres en quatre ans ! Ricciardo gagne son premier Grand Prix au Canada, il réédite l’exploit en Hongrie et en Belgique. Ses succès portent une signature, celle du panache, avec le plus souvent des victoires acquises en toute fin de course, grâce à une stratégie impeccable et à des dépassements extraordinaires. Ricciardo donne toute sa mesure sur les derniers tours, et une fois qu’il descend de sa voiture, le meilleur reste à venir. L’Australien électrise les podiums, les illumine de son sourire et de son humour. Il conquiert le monde de la Formule 1 avec sa fraîcheur et sa capacité à partager ses émotions. Deux ans plus tard, il franchira un nouveau palier en important en F1 l’improbable « shoey », célébration qui consiste à verser du champagne dans sa chaussure avant de le boire !

A la fin de la saison 2014, Ricciardo totalisera huit podiums, dont trois victoires. Il poussera Sebastian Vettel hors de Red Bull, et indirectement, Alonso chez McLaren à la place de… Kevin Magnussen. De notre côté, nous irons à Doha (Qatar) recevoir, lors du gala annuel de la FIA, le trophée très convoité de « meilleur diffuseur du championnat du monde ». L’occasion d’une séance photo mémorable, où nous sommes deux représentants de Canal+ au milieu des trois premiers au championnat du monde, dont Daniel Ricciardo.

Thomas Sénécal