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George Carpentier, l'ange de la boxe

Posté par Sébastien HEULOT

Professionnel à 13 ans, champion du monde à 19 ans, Georges Carpentier a marqué le XXe siècle par son charisme, son élégance et ses combats d’anthologie. La première star française de la boxe capable de remplir les stades en Europe et aux Etats-Unis !

« Dans la brute assoupie un ange se réveille». Ce vers de Baudelaire a souvent accompagné les textes de la presse pour qualifier George Carpentier. « Une grâce d’ange exterminateur » a même souligné un jour François Mauriac.

Un ange au destin contrasté. On est en 1907 et un gamin de 13 ans débarque à Paris. Si jeune mais avec une belle réputation d’un élégant frappeur, champion de France de savate plusieurs fois déjà !

Un début du XXe siècle où les boxeurs pouvaient devenir professionnels… à 13 ans seulement. Carpentier épouse cette carrière avec style et punch et ses performances attirent très vite le Tout Paris.

A 17 ans, il s’empare du titre de champion de France des welters et en 4 mois, il est sacré champion d’Europe de la catégorie en détrônant à Londres le champion Young Joseph devant 30 000 Britanniques médusés. Et en cette fin d’année 1911, Carpentier remporte un combat au Cirque de Paris qui le fait basculer dans une autre dimension. Ce soir-là, il est donné perdant par tous les chroniqueurs sportifs. En face se dresse l’Américain Harry Lewis, ancien champion du monde des welters parti à la conquête des poids moyens. Mais l’Ange Carpentier lui donne une leçon de boxe et s’impose aux points… en 20 rounds ! Parmi les juges de ce combat, le célèbre humoriste Tristan Bernard… une autre époque !

  La France est définitivement conquise par ce jeune homme aux cheveux gominés, artiste sur le ring et gentlemen dans la vie. Heureux de commencer à porter cette gloire qui ne vacillera jamais…

«J’ai toujours ressenti un doux bonheur à voir ces enfants et ces adultes venir vers moi, avec l’envie d’apprendre la boxe ou d’avoir un autographe.»

Carpentier est à son apogée dans cette première vie sur les rings. Le 1er juin 1913, à Gand, il foudroie en 4 rounds le colosse britannique Bombardier Wells pourtant plus lourd de 15 kilos. Devant 50 000 spectateurs, il devient champion d’Europe des Lourds… à 19 ans. Domination confirmée 6 mois lors de la revanche. Wells est cette fois KO au 1er round.

La réputation de Carpentier vient de traverser l’Atlantique. Les chroniqueurs américains commencent à parler de ce jeune puncheur qui « danse sur le ring avec l’élégance de Nijinski. »

Mais il faudra attendre 7 ans pour le voir débarquer aux Etats-Unis et affronter les meilleurs !

La Première Guerre Mondiale éclate et Georges Carpentier s’engage dans l’aviation. 4 années de conflit pour en sortir avec le grade de lieutenant pilote, la médaille militaire épinglée sur sa vareuse.

Sa popularité l’érige au rang de héros. Mais cette Grande Guerre l’a marqué mentalement et physiquement et Carpentier a besoin de 2 ans pour se reconstruire. En octobre 1920, il débarque à New-York pour y défier Battling Levinsky, titre mondial des mi-lourds en jeu. Le Français retrouve ses déplacements soyeux et sa puissance de frappe pour s’imposer par KO au 4e round. La France retrouve son champion du monde et tout est prêt pour le « match du siècle ». Jack Dempsey face à Georges Carpentier. Le champion du monde des lourds face au champion du monde des mi-lourds.

La date est fixée le 2 juillet 1921 à Jersey City. A ciel ouvert devant 120 000 spectateurs.

Dempsey est plus lourd de 12 kilos et plus grand de 10 cm. Mais c’est Carpentier qui domine le début du combat par sa vitesse et sa précision. Une droite au 2e round fait d’ailleurs vaciller la légende américaine. Mais sur cette droite, Carpentier se fracture le pouce et ne parvient pas à mettre KO Dempsey. C’est le tournant du combat ! L’Américain impose alors le corps à corps et martèle Carpentier sur les flancs. Ses coups sont lourds. Trop pour le Français qui finit par s’écrouler au 4e round sur un crochet du gauche au cœur…

A Paris, on ne s’est pas couché dans cette belle nuit d’été en surveillant le ciel où une fusée de couleur doit annoncer le verdict : rouge pour la victoire, verte pour la défaite.

C’est une trainée verte qui traverse le ciel. Une défaite ressentie à l’échelle d’un deuil national… Mais le plus grand regret de Georges Carpentier, ce n’est pas sa dernière défaite face à Gene Tunney à New-York en 1924 ou cet ultime combat, le 106e, pour un 85e succès en 1926 face à un inconnu.

Non ! Son unique regret, c’est de ne pas avoir eu sa revanche face à Jack Dempsey. Et quand l’Ange exterminateur de François Mauriac part définitivement à 81 ans en octobre 1975, Jacques Goddet traduit bien l’affection des Français pour ce héros de la nation : 

« Il a été le prodigieux adepte du Noble Art, c’est-à-dire de la tradition, de l’élégance, du style. Il n’a jamais cessé d’aimer la boxe, avec pudeur, sachant ce qu’en vaut la gloire, ce qu’en coûtent les peines. Il restait là au bord des rings, portant un rêve inavoué : retrouver un jeune boxeur qui se battit avec l’intelligence de l’esprit et du geste, en conservant la grâce du mouvement. » Un autre Georges Carpentier… Un nouvel Ange du ring…