GEORGE FOREMAN LA RÉSURRECTION

Posté par Sébastien HEULOT

Mike Tyson en prison, Evander Holyfield en soins pour un cœur fragile, les poids lourds se cherchent un  champion charismatique en cette année 1994. Et surprise, c’est George FOREMAN qui sort la catégorie reine de la monotonie… à presque 46 ans.

En ce 5 novembre 1994, le MGM de Las Vegas, alors plus grand hôtel-casino du monde, se laisse gagner par la torpeur d’un championnat du monde WBA-IBF des poids lourds dominé par le champion en titre : le gaucher américain Michael Moorer. A 26 ans, le tombeur d’Holyfield respecte les consignes de son entraîneur Teddy Atlas. Mobile et travaillant avec son jab pour éviter de rester à porter du crochet droit de Foreman. A près de 46 ans, Big George tente un incroyable pari : redevenir champion du monde… 20 ans après son sacre de Kingston face à Joe Frazier en 1974 !

Soudain, Moorer, qui n’a pas perdu un round, oublie la consigne. Il reste face à Foreman, 10 secondes seulement. Mais c’est suffisamment pour Big George : direct du gauche puis une droite à la mâchoire. Moorer s’écroule et le MGM rugit au fil du décompte de l’arbitre :… 8, 9, 10, out.

Miracle. A genoux dans son coin, Big George remercie Dieu.

Né au Texas, Foreman a connu une enfance difficile. Il plonge très jeune dans la délinquance mais un sursaut d’orgueil le fait rejoindre une association d’entraide charitable. En 1967, à 18 ans,  il se lance dans la boxe. Un an plus tard, grâce à son punch naturel, il est sacré champion olympique aux Jeux Olympiques de Mexico. C’est à l’issue de cette finale qu’il provoque une controverse aux Etats-Unis en agitant un petit drapeau américain alors que, dans les jours précédents, les sprinters John Carlos et Tommy Smith sont montés sur le podium, le poing levé dans un gant noir. Foreman se voit reprocher de trahir le combat du peuple noir pour les droits civiques.

Mais Foreman se sent invincible et il le prouve chez les professionnels. 38 victoires dont 35 KO pour arriver au titre mondial à 24 ans. Joe Frazier vient de dominer Mohammed Ali. C’est un champion en titre favori à 3 contre 1 qui se présente sur le ring de Kingston, en Jamaïque. Un champion balayé en 4’36’’ par un Foreman surpuissant qui envoie Frazier à terre à 6 reprises dont un dernier uppercut soulève même Smoking Joe du tapis !

Période bénie des poids lourds avec le « Rumble in the jungle » à Kinshasa le 30 octobre 1974. À 33 ans, Mohammed Ali défie Foreman. Une terrible guerre psychologique entreprise par Ali dès le 1er jour et encore sur le ring entre 2 séries : « Monstre, tu frappes comme une fillette… »

Foreman, habitué aux victoires expéditives, s’épuise dans la chaude et humide nuit zaïroise. Au 8e round, le talent d’Ali dompte la force brute de Foreman, envoyé au tapis pour la première fois de sa carrière.

Big George traverse alors une longue période de dépression. En 1977, à Puerto Rico, il perd aux points face à Jimmy Young. A son retour au vestiaire, il s’écroule. Tandis qu’il se sent mourir, il est envahi par l’esprit de Jésus. Son entourage est persuadé su’il est victime d’un coup de chaleur et d’épuisement. Mais pour Foreman, c’est « la révélation » : « Je me suis mis à réciter la Bible dans mon vestiaire alors que je ne l’avais jamais lue. C’est bouleversant. Ça a rempli mon âme de bonheur. »

Il se retire des rings et devient prêcheur dans une petite église. Il décide de s’occuper de ses 7 enfants dont 5 se prénomment… George ! L’égo reste démesuré quand même…

Dix ans plus tard, en 1987, une dépêche tombe : « Foreman revient ». Mais l’homme est métamorphosé. L’arrogance et le dédain ont disparu au profit de la générosité et la bienveillance. L’athlète aussi a disparu. Crâne rasé, lent et 30 kilos en plus. Ça ne l’empêche pas de multiplier les KO face à des adversaires de faible qualité.

Mais il séduit de plus en plus l’Amérique. La brute taciturne est devenue souriant, drôle, en paix avec lui-même.

«J’ai des réserves pour boxer 100 rounds. Quand on s’entraîne trop, on n’oublie parfois de manger. Cela ne risque pas de m’arriver. Je mange du bacon et 12 œufs au petit déjeuner. Mais en préparation je fais attention : du bacon avec seulement… 11 œufs. »

Son premier choc des générations fait un carton en Pay Per View avec 1,5 million d’achat. En 1991, il défie Evander Holyfield, alors champion. Une défaite aux points c’est vrai mais à 42 ans, il en sort grandi.

Et 4 ans plus tard, le 2e « choc des générations » entre dans l’histoire face à Michael Moorer. « Un bon petit gars qui ressemble à l’un des mes fils ».

Foreman devient le plus vieux champion du monde à conquérir un titre. A 45 ans et 10 mois. Un record battu depuis par Bernard Hopkins.

Récemment, Foreman a avoué que ce retour en 1987 était destiné à affronter Mike TYSON, alors roi incontesté des lourds.

« Je voulais lui donner une correction » : on ne se refait pas…

Le combat n’aura jamais lieu. Foreman a préféré abandonner son titre mondial. Ses fidèles ont longtemps prié pour que ce combat ne se fasse pas et éviter le combat de trop. Leurs prières ont été exaucées…

Détesté dans sa première vie de boxeur, Big George est devenue une Légende en Amérique depuis ce 5 novembre 1994.

Sébastien HEULOT