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JULIO CESAR CHAVEZ, L’EMPEREUR

Posté par Sébastien HEULOT

Il aurait pu devenir ingénieur agronome. Il a choisi la boxe. Une belle inspiration pour devenir L’Empereur de tout le peuple mexicain dans les années 90 et construire une légende aujourd’hui encore adulée.

Comme de nombreux gamins « mexicanos », Julio Cesar Chavez a connu la rue.

« Nous étions 11 frères et sœurs. Il fallait bien que l’argent rentre à la maison. Alors j’ai vendu très jeune des hot-dogs sur les parkings, aux abords des stades. »

Mais contrairement à beaucoup de boxeurs poussés sur le ring par leur famille, Chavez a vraiment choisi la boxe. Il a fait des études supérieures et était en préparation d’un diplôme d’ingénieur agronome lorsqu’il a basculé définitivement dans la boxe. C’est même sa mère qui l’a surnommé en premier « l’Empereur ».

A 16 ans, il remporte son 1er combat amateur

Il faut dire que la passion du ring coule dans ses veines. A 16 ans, il remporte son 1er combat amateur… pour une bière et un sandwich. A Culiacan, sa ville située près du Golfe de Californie.

14 ans après, un soir de février 1993, il devient un « dieu vivant » pour 136 000 inconditionnels réunis dans un stade aztèque de Mexico en transe. Chavez rassemble et même le président de la République Carlos Salinas de Gortari se déplace pour assister à un simple entraînement public. Une vraie Chavezmania dans tout le Mexique… Méritée car l’Empereur est spectaculaire. Ses crochets gauches au corps sont dévastateurs et son pressing constant étouffe tous ses adversaires. Même les meilleurs.

il collectionne les KO et les titres.

Champion du monde pour la première fois à 22 ans, il collectionne les KO et les titres. Sacré dans 3 catégories entre 1984 et 1996 : les Super-Plumes, Légers et Super-Légers.

De quoi soustraire toute sa famille de la pauvreté… et 120 personnes autour de lui à son apogée. La famille proche et éloignée, les vrais et faux amis, les employés du Roi…

« Je veux un mari. Pas un champion ! » déclare en interview son épouse en 1993. Car les millions gagnés aux prix de sacrifices terribles à la salle et sur les rings sont trop vite dilapidés hors du ring. Oui, Chavez le destructeur est trop gentil dans la vie. Trop fêtard.

Grand amateur de la plus célèbre des bières mexicaines, il a même un jour engagé un homme dans le besoin pour lui décapsuler ses bières lors de parties de cartes interminables à la maison. La légende parle de 30 bières par jour en période de repos… Chavez n’a jamais confirmé, ni démenti.

« Whitaker n’a qu’une chance de ne pas être corrigé. C’est de déclarer forfait ! »

Mais ce mélange d’excès et de souffrances à l’entrainement va devenir indigeste. Après 25 championnats du monde remportés consécutivement, le Mexicain part à la conquête d’une 4e couronne mondiale : les welters. Mais ce 10 septembre 1993 marque le début du déclin. Devant 70 000 spectateurs réunis à San Antonio, les Mexicains pensent revivre la bataille de Fort Alamo quand les Mexicains avaient vaincu Davy Crockett. Chavez n’a toujours pas connu la défaite en 87 combats : « Whitaker n’a qu’une chance de ne pas être corrigé. C’est de déclarer forfait ! »

Mais Whitaker lui donne une leçon de boxe. L’Américain a le coup d’œil, les jambes et un sens de l’esquive extraordinaire pour mettre souvent dans le vent Chavez. Tout le monde voit Whitaker gagner… sauf les juges qui donnent un match nul incompréhensible. L’Empereur s’en sort bien mais le poids des années passés sur les rings et ses excès commencent à peser sur ses épaules et la sentence tombe le 29 janvier 1994 face à Franckie Randall. Dans un MGM médusé, Chavez va à terre pour la première fois de sa carrière au 11e round et seul son courage lui permet de finir debout. Cette fois le verdict est juste : 1ère défaite à son 91e combat !

« Le mur de Berlin est tombé, pourquoi pas moi"

« Le mur de Berlin est tombé, pourquoi pas moi, Chavez ! Je vais me reconstruire. Mon objectif ? Me retirer avec 100 victoires à mon palmarès. Et si j’y arrive, je fêterai ça avec une bonne bière glacée. »

Et le Mexicain va y parvenir mais dans la douleur. Il a écouté sa femme. Fini la bière. Son entourage est limité à 25 personnes et le décapsuleur officiel est resté à Mexico. Cette nouvelle hygiène de vie lui permet de prendre sa revanche sur Randall mais elle ne peut freiner la course du temps. Face à la jeunesse conquérante, il s’incline. Face à Oscar de La Hoya en 1996 et 1998, puis Kostya Tszyu en 2000. Le championnat du monde de trop…

Mais il a réussi à transmettre sa passion de la boxe à ses fils : Omar et surtout Julio Cesar Jr (champion du monde WBC des moyens en 2011). Et ils sont bien au bord du ring ce 25 juin 1998 pour cette fameuse 100e victoire face à un inconnu dans une petite salle du Connecticut. La boxe peut être impitoyable car cette performance phénoménale s’est quasiment passée dans l’anonymat…

Aujourd’hui, Julio Cesar Chavez reste une Légende au Mexique avec 107 victoires en 115 combats et son peuple aime rappeler aux plus jeunes qu’un soir de 1993, l’Empereur a fait chavirer de bonheur les 136 000 spectateurs du stade Aztèque de Mexico… faisant mieux que le grand Maradona 7 ans plus tôt dans ce même stade en finale de la Coupe du Monde.

Sébastien HEULOT