Turbulences sur les Grands Prix, c’est pas nouveau…

Posté par David Dumain

Turbulences sur les Grands Prix, c’est pas nouveau…

« Grands Prix moto annulé ou reporté ? Avant le virus, c’est arrivé plus de 20 fois… »

Une pandémie mondiale a eu raison du début de championnat MotoGP. Les fans de désolent, mais ce n’est pas la première fois, loin de à, que les Grands Prix moto ont subi des perturbations et des annulations. Pour tout un tas de raisons, à commencer par les accidents et les conditions de sécurité, mais aussi à cause d’une météo rendant impraticable les circuits, ou encore pour des raisons politiques, financières... Coup d’œil dans le rétro...

Bien sûr, l’annulation d’un Grand Prix moto paraît dérisoire quand on regarde l’impact de la pandémie de Coronavirus dans le monde entier, et cela sur tous les secteurs de la vie humaine. Il n’est pas choquant de considérer que le sport ne fait pas partie des « impératifs vitaux » des populations, mais il n’est pas plus choquant de ranger les loisirs - et parmi ceux-ci les Grands Prix moto - dans les activités agissant sur le moral et donc le bien-être d’individus accablés par le poids de la marche du monde… Et puisque les fans de MotoGP, puisque vous avez compris que c’est à eux que je m’adresse, n’ont pas davantage de visibilité sur l’évolution de leur championnat fétiche que les groupies sur les festivals musicaux, les compagnies aériennes sur leur fréquentation ou encore les PME sur leur survie à moyen terme, tournons-nous vers les précédents plutôt que de spéculer sur une éventuelle amélioration de la situation.

Car ce n’est pas la première fois que des Grands Prix moto – c’est bien sûr aussi le cas en Formule 1 mais nous nous intéressons ici à la moto - sont annulés, reportés ou perturbés, y compris en ouverture du championnat. Ce qui est nouveau en revanche, c’est la cause de ce grand chamboulement qui a eu raison de la course d’ouverture MotoGP au Qatar, une épidémie, même si la grippe aviaire avait déjà entraîné l’annulation d’une épreuve d’importance en 2001, en l’occurrence le célèbre Tourist Trophy qui se déroule depuis 1907 sur l’Ile de Man, et qui figurait jusqu’en 1974 au calendrier des Grands Prix. Seules les deux guerres mondiales avaient interrompu cette course mythique, un virus a convaincu le très conservateur Parlement de l’Ile de Man (le plus vieux au monde, il a plus de mille ans !) de suspendre cette course. On n’est donc pas étonné que ce soit un autre virus qui sème la zizanie dans le monde entier avec ses répercussions sur notre passion, comme c’est le cas en ce moment. Pourtant, de nombreuses autres causes ont entraîné des suspensions, des annulations, en tout cas des perturbations dans la longue histoire des Grands Prix moto. C’est ce que nous allons voir…

Conditions de sécurité et boycott des pilotes

Depuis l’apparition dans l’immédiat après-guerre du championnat du monde de vitesse, les perturbations ont été légion sur les Grands Prix, d’abord pour des raisons de sécurité. La dangerosité des tracés et les accidents graves qui ponctuaient les week-ends de course ont souvent entraîné la grogne des pilotes, qui s’est plusieurs fois transformée en un boycott pur et simple de certaines épreuves. Ce fut le cas dès 1953 lors du Grand Prix d’Allemagne sur le très périlleux circuit routier de Solitude, où les meilleurs pilotes de la catégorie 500 cm3, la plus prestigieuse, décident alors de jeter l’éponge. Les choses n’ont pas beaucoup évolué 21 ans plus tard, toujours en Allemagne mais sur le célèbre Nürburgring cette fois, avec les mêmes conséquences puisqu’ils ne sont que quatre pilotes ouest-allemands à ne pas boycotter la course 500 en 1974 sur le « Ring ».

Le Grand Prix de Belgique à Spa entraîne à son tour une grève des pilotes en 1979 en raison des conditions de sécurité jugées insatisfaisantes, et ce sera de nouveau le cas en 1987 toujours à Spa, entrainant l’annulation pure et simple du GP de Belgique. Entretemps, la catégorie 500 a été supprimée de certains Grands Prix, en Suède, en République Tchèque ou en Finlande. Trop dangereux… La vigilance sur les conditions de sécurité se poursuivra jusqu’à ce que de sérieux aménagements soient entrepris, c’est ainsi que les Grands Prix d’Argentine en 1988, du Brésil en 1991, et les courses 500 à Imola en 1995 et Rio en 1998, n’auront pas lieu. Voilà pour la première cause, les conditions de sécurité, qui nous amène logiquement vers la seconde : les accidents.

Accidents dramatiques

Malgré la vigilance des pilotes et des organisateurs de Grands Prix concernant les conditions de sécurité, des accidents plus ou moins graves ont toujours ponctué l’existence d’un sport mécanique risqué par nature. L’un des accidents les plus marquants s’est déroulé sur le très rapide circuit de Monza durant le Grand Prix des Nations, lorsque l’Italien Renzo Pasolini et la star finlandaise Jarno Saarinen ne se relèveront pas d’une chute collective à haute vitesse lors de la course 250. Cet accident fatal à deux pilotes soulève une nouvelle polémique sur les conditions de sécurité et la course 500 est alors annulée. En 1977, le Grand Prix d’Autriche est également boycotté à la suite d’un accident en 350 cm3 le jour de la course, qui a coûté la vie au pilote Suisse Hans Stadelmann et en a blessé trois autres que les fans de moto connaissent bien : le Vénézuelien Johnny Cecotto, le Français Patrick Fernandez et l’Italien Franco Uncini. Lequel, aujourd’hui, ce n’est sans doute pas un hasard, préside la commission de sécurité de Dorna sur les Grands Prix Moto.

Plus récemment, d’autres drames sur la piste ont eu des conséquences, comme le retrait du circuit de Suzuka au calendrier après l’accident mortel de Daijiro Kato en 2003 ou la chicane supplémentaire dans le dernier secteur du tracé de Barcelone à la suite de l’accident fatal à Luis Salom en 2016. Mais on garde surtout en tête les images traumatisantes de l’accident de Marco Simoncelli au 2e tour du Grand Prix de Malaisie 2011, qui a laissé sous le choc un paddock évidemment incapable de reprendre la piste après l’annonce du décès du pilote italien. Pas de course MotoGP donc à Sepang en 2011, mais ce n’est pas la première fois dans l’ère moderne des Grands Prix que des courses sont annulées. Et si les conditions de sécurité étaient la principale source d’annulation dans les premières années des Grands Prix, ce sont aujourd’hui les colères du ciel qui sont responsables de la plupart des perturbations.

Météo et dérèglement climatique

Après l’annulation du Grand prix de Grande-Bretagne en 2018 à cause d’une pluie tellement forte que le bitume de Silverstone ne pouvait la drainer, le patron du circuit anglais avait juré qu’on ne l’y reprendrait plus. Il a fait refaire le bitume à grands frais, et on allait voir ce qu’on allait voir si jamais il se remettait à pleuvoir… Mais la météo est bien souvent gagnante face à une discipline d’équilibristes juchés sur des machines dont la liaison avec le sol couvre à peine la surface d’une carte de crédit pour chaque pneu. De tout temps, les courses ont été perturbées par la pluie, le vent, le froid ou même la neige. Ce fut le cas en 1980 lors de l’ouverture de la saison de Grands prix en Autriche, qui devait avoir lieu sur le circuit autrichien du Salzburgring. Il était écrit que cette saison 1980 démarrerait tard, puisque le Grand Prix du Venezuela, qui ouvrait la saison depuis 1977, avait été annulé pour des raisons financières, et elle ne s’est effectivement ouverte que le 11 mai à Misano… Les conditions météo ont toujours perturbé les courses, surtout sur des tracés dangereux tels que celui de l’Ulster GP en 1954, dont la course 500 n’a pas été comptabilisée au championnat car la distance requise, 200 kilomètres, n’avait pas été atteinte au moment de l’arrêt de l’épreuve. Quand on peut reporter d’une journée, comme pour le Tourist Trophy en 1959 ou au Qatar cinquante ans plus tard, on le fait. C’est ainsi que la saison 2009 de MotoGP s’est ouverte un lundi, les pilotes ne voulant pas effectuer la course nocturne la veille sur une piste détrempée, perturbés par les réverbérations des surpuissants projecteurs. Mais le vent, comme l’an passé à Phillip Island, la neige ou la pluie restent des phénomènes météo courants. Il est aussi arrivé que des catastrophes naturelles chamboulent complètement le championnat.

C’est le cas en 2009, encore, lorsque le nuage de cendres provoqué par l’éruption du volcan islandais Eyjafjöll contraint l’organisateur du Grand Prix du Japon à le reporter d’avril à octobre. Ou deux ans plus tard, avec un report identique de ce même Grand Prix du Japon, mais cette fois à cause du Tsunami qui a frappé les côtés japonaises, avec le fameux accident de Fukushima. Il arrive donc que des cas de force majeure ne laissent d’autre choix aux organisateurs que de reporter ou d’annuler les épreuves. Les catastrophes naturelles, comme les épidémies, remettent forcément le sport à sa place. C’est aussi le cas des conflits armés ou des violences politiques, comme celles qui ont entrainé l’annulation de l’Ulster GP en Irlande en 1971, ou encore 20 ans plus tard, lorsque la Yougoslavie s’enflammait, ce qui a logiquement donné lieu à une sortie du calendrier de la course ayant lieu sur le circuit de Rijeka. Face à une crise géopolitique, le sport pèse bien peu, mais c’est aussi le cas lorsqu’il y a des problèmes financiers, comme ce fut le cas en 1980 en Suède, ou en 2009 lorsque le circuit hongrois du Balatonring, prévu au calendrier, n’est pas terminé, pas plus que l’année suivante. C’est la province d’Aragon qui a profité de l’aubaine, pour organiser sur un circuit construit l’année précédente un Grand Prix qui est finalement resté au calendrier. Un exemple de réactivité qui prouve la vitalité de ce championnat. Les manques créent des opportunités, et ce pourrait bien être le cas cette année, avec un calendrier qui pourrait encore beaucoup évoluer et avoir des conséquences sur les saisons suivantes…

David Dumain