TOUT S’EST BIEN PASSÉ, la mort leur va si bien

Posté par Marc Larcher le 17 mai 2022
En osant filmer une famille française confrontée à l’euthanasie d’un père malade et tyrannique, François Ozon compose un récit aussi drôle que cruel. Et pose la question maudite : et vous, que feriez-vous à leur place ?
Un sujet plus que tabou

Attention, les larmes risquent de couler. Parce que l’histoire est aussi poignante que belle, parce que les acteurs du film sont au sommet de leur art et parce que la question de la fin de vie des personnes âgées est un tabou qui ne cesse de hanter la France. En adaptant le dernier livre de l’autrice Emmanuelle Bernheim, le réalisateur François Ozon a choisi pour son vingtième film une histoire plus que sensible. Fragile comme du cristal.

Quand il faut « tuer » le père

Le film raconte comment Emmanuèle (Sophie Marceau) romancière épanouie aussi bien dans sa vie privée que professionnelle reçoit un jour le coup de fil fatidique qu’on redoute tous. Celui qui lui annonce que son père André, âgé de 85 ans, joué par un André Dussolier vieilli extraordinaire, vient d'être hospitalisé après subi un accident cérébral. Fort heureusement, le patient se réveille mais il est désormais sévèrement diminué et dépendant. Un comble pour un individu jusqu’à présent curieux de tout et aimant passionnément la vie. Bien sûr, celui-ci demande à sa fille de l'aider à mourir. Seulement, il ne s’est pas adressé à son autre fille Pascale (Géraldine Pailhas), la moins aimée de la fratrie, bien que plus attentive et discrète. Comme il fallait s’y attendre, cette dernière le vit plutôt mal et une nouvelle fêlure vient de se creuser dans le cercle familial. D’autant plus que le père en question appuie à son tour là où ça fait mal : ne se supportant pas diminué, cet homosexuel qui a fait un mariage de convenance, a décidé de mourir. Dès lors, face à ce tyran narcissique qui continue d’imposer sa loi depuis son lit d’hôpital, les deux femmes doivent trouver une solution. En l’occurrence, l’euthanasie que la loi interdit encore en France. En bon danseur, François Ozon oscille entre plusieurs tableaux : décrire un voyage vers la mort, raconter une histoire de famille comme un thriller et composer une comédie satirique. Car là où le spectateur s’attend à suivre une pénible agonie, il s’avère que le patient se porte apparemment de mieux en mieux. Dès lors que faire quand arrive la date de l’évasion qu’ils ont planifié vers la Suisse, pays où l’on peut mourir de sa propre main dignement ? Et au seuil de la mort, le vieil homme va-t-il enfin comprendre les souffrances qu’il cause autour de lui ?

Un bel hommage à l’écrivain

Malin, le réalisateur introduit un compte à rebours, visible à l’écran, qui rend encore plus intense chaque scène de vie qu’il raconte. Avec en plus, un autre facteur extérieur imprévu : une personne, on ignore qui, entreprend d’empêcher ce dernier voyage en allant dénoncer le projet à la police française. Pour autant, ce n’est pas un récit tragique, bien au contraire, c’est plutôt une sorte de conte sur la mort et sur comment les vivants s’en arrangent dans la vraie vie. Et un bel hommage à l’autrice Emmanuelle Bernheim elle-même décédée avant la sortie du film et qui, collabora avec le réalisateur sur les scénarios de quatre de ses films dont les deux meilleurs SOUS LE SABLE (2000), SWIMMING POOL (2003) ainsi que sur 5 × 2 (2004) et RICKY (2009). Ainsi, leur amitié transcende une fois plus la mort.

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