Cannes 2022 : Kelly Reichardt - La réussite sans argent ni pénis

Posté par Renaud Villain le 24 mai 2022
« Elle s’est battue bec et ongles pour pouvoir faire son film (RIVER OF GRASS - 1994), sans les atouts dont on dispose ordinairement pour faire une première réalisation : pas d’école de cinéma, pas de court métrage en guise de carte de visite, pas d’argent ni de pénis… » (in Kelly Reichardt by Todd Haynes, BOMB Magazine N°53 / Automne 1995*)

Après une rétrospective de l’intégralité de ses films au Centre Pompidou, à Paris (du 22 janvier au 7 février 2021), une nomination aux César 2021 dans la catégorie « meilleur film étranger » avec son précédent long métrage FIRST COW (film par ailleurs considéré par les Cahiers du cinéma comme le meilleur film de 2021), la réalisatrice américaine Kelly Reichardt a également été honorée le 18 mai à Cannes du Carrosse d’Or à l’occasion de l’ouverture de la 54è Quinzaine des réalisateurs. Pour les non-initiés, le Carrosse d’Or, dont l’intitulé réfère à un film de Jean Renoir, est un prix décerné par des cinéastes à un.e de leurs pairs « pour les qualités novatrices de ses films, pour son courage et son intransigeance dans la mise en scène et la production ». 

Ce petit bout de femme, discrète et peu à l’aise sous le feu des projecteurs, s’est probablement fait violence pour monter sur scène y recevoir son prix, mais son discours était à son image, simple et d’un humour pince sans rire :    

« Je suis très touchée et honorée de recevoir ce prix, a-t-elle dit, particulièrement parce qu’il m’est remis par d’autres cinéastes, ce qui signifie beaucoup pour moi. Je suis heureuse d’être ici parce que cela me donne aussi l’occasion de vous raconter cette anecdote : quand j’avais 17-18 ans et que je m’apprêtais à quitter ma Floride natale pour démarrer ma vie de cinéaste (même si je ne savais pas vraiment où cela me mènerait), ma mère a vu un livre sur la couverture duquel on voyait une femme tenant une caméra et elle l’a acheté pour me l’offrir. Elle me l’a dédicacé avec ces mots : « Peut-être qu’un jour l’histoire de cette femme sera aussi la tienne ». Ce livre était une biographie de Leni Riefhenstal ! (cette référence à la cinéaste du troisième Reich, célèbre pour son film LES DIEUX DU STADE -1933-, a suscité l’hilarité de la salle). On ne peut pas dire que j’ai appris grand-chose de ce livre ni vraiment d’aucun autre livre sur la façon de devenir cinéaste. J’ai simplement tracé ma propre voie en rencontrant sur mon chemin énormément de camarades talentueux, travailleurs et foncièrement bienveillants (…) ».

Parmi ces « camarades », Kelly Reichardt évoquait la troupe (réduite) de techniciens qui l’accompagne fidèlement depuis bientôt trente ans mais aussi deux grands mentors dont elle est l’intime : Todd Haynes et Gus Van Sant. C’est étrange que la carrière de Kelly Reichardt prenne en plein la lumière seulement maintenant alors que sa filmographie très singulière (8 longs et 3 courts métrages aujourd’hui) porte indiscutablement une empreinte, une signature et une profondeur qui force l’admiration par son audace. Avec une démarche semi-documentaire et un territoire délimité à l’Oregon d’hier à aujourd’hui, la cinéaste fouille les strates de la société américaine avec un regard à la fois tendre et critique.  

Elle a trouvé dans la comédienne Michelle Williams un alter ego « bonne pâte » (mais de type « pâte à modeler ») puisqu’avec SHOWING UP, où l’actrice joue une sculptrice, ce sera leur 4ème collaboration après WENDY ET LUCY (2008), LA DERNIERE PISTE (2010) et CERTAINES FEMMES (2016)…  

Après la pluie d’hommages évoquée plus haut, on peut encore miser sur Kelly Reichardt pour recevoir un ou plusieurs autres prix à Cannes, car, si les pronostics vont déjà bon train sur la croisette, SHOWING UP, qui fait partie de la Compétition Officielle, ne sera projeté que le dernier soir, vendredi 27 mai… Rappelons que l’an passé, le prix d’interprétation masculine, avait été décerné à Caleb Landry Jones pour le film NITRAM de l’Australien Justin Kurzel, film projeté également la veille de la remise des prix. Rien n’est jamais joué par avance ! Tout n’a pas encore été montré, tant que SHOWING UP n’a pas été vu ! 

 

*Cet article a été reproduit dans le catalogue de la rétrospective du centre Pompidou « Kelly Reichardt : l’Amérique retraversée » par Judith Revault d’Allonnes (droits réservés).  

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