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Et si à 90 ans, FRED WISEMAN était le meilleur cinéaste du monde ?

Posté par Marc Larcher le 14 octobre 2021
Un prof de droit qui préfère filmer un asile

Si la plupart des habitants de cette planète ont la chance d’avoir des yeux pour voir, certains d’entre-eux disposent à ce sujet de super pouvoirs. Le documentariste Frederick Wiseman en fait partie. Il a pris l’habitude de discrètement poser sa caméra en un lieu, d’observer ses protagonistes pendant des journées entières, d’enregistrer tout cela pendant des centaines d’heures et de saisir en un instant une scène à la portée universelle, un moment que n’ont même pas repéré les personnes présentes, c’est-à-dire nous, le commun des mortels. Ce talent, il l’a développé depuis 1967, année où le débutant s’intéressait déjà à un des angles morts de la société américaine : les hôpitaux pour aliénés, et en l’occurrence celui de Bridgewater dans l’Etat du Massachusetts. Son doc TITICUT FOLLIES montre les conditions de vie pitoyables des internés et le harcèlement qu’ils subissent de la part des autorités du lieu, le film sera d’ailleurs interdit de diffusion pendant vingt ans. Voilà pour l’acuité du regard de ce cinéaste que rien ne prédisposait à devenir un des hommes d’images les plus marquants du siècle.

La vie, rien que la vie, toute la vie

Après des études de droit à Yale, Wiseman se destine à une carrière de prof de droit à Boston, métier qui l’ennuie pourtant. Qu’à cela ne tienne, il bifurque alors vers la production de documentaires puis leur réalisation. Bingo ! Il invente une méthode imparable : pas d'interviews, de commentaires off ni de musique mais une lente immersion jusqu'à ce que les protagonistes ne remarquent plus la caméra. Ainsi, il accumule des centaines d'heures de tournage dont le montage durera des mois. Il trouve également dès ses débuts son terrain de chasse favori : la chose publique, les institutions qu’elles soient étatiques ou privées. Un lycée, un centre d’aides sociales, un service de soins intensifs, la Comédie française, un zoo, un musée ou même une agence de mannequins... Le plus fou, c’est que sa recette créée dans les années 60 fonctionne aussi bien qu’à ses débuts. Prenez EX-LIBRIS : THE NEW YORK PUBLIC LIBRARY, avec ce doc réalisé en 2017, Wiseman fait de l’immense bibliothèque un théâtre fascinant où l’on voit un employé expliquer à un usager que les licornes n’existent pas bien que des livres y soient consacrés, des enfants défavorisés s’assurer un avenir en travaillant sur place à défaut de pouvoir le faire à la maison ou des riches new-yorkais dans un dîner destiné à trouver des fonds pour financer l’établissement… Tout un monde filmé en 35 mm et ce, pendant plus de trois heures. Idem avec le film CITY HALL réalisé l’année dernière qui dissèque en plus de quatre heures le quotidien de la mairie de Boston. Des histoires de mariages, de feux rouges défectueux, de lobbying des différentes communautés, de politique politicienne ou non, et c’est toute la vie de la cité qui éclate au grand jour. Une dernière précision : Fred Wiseman a 90 ans, il est toujours actif, il vit à Paris et n’a rien perdu de son franc-parler. Interrogé récemment par la télévision française sur le « cinéma-vérité », il commence l’entretien ainsi : « Le cinéma-vérité, c’est une connerie pompeuse inventée par les Français, ça ne veut rien dire. (…) C’est du langage d’universitaire et dieu merci, j’en suis pas un ! ». Il a raison, il est avant tout un homme de terrain, les yeux encore grands ouverts.

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