Aller au menuAller au contenu principalAller à la recherche

MON ANNÉE À NEW YORK confirme que Margaret Qualley a tout d’une grande

Posté par Alexis Lebrun le 28 octobre 2021
Depuis sa performance ébouriffante dans l’excellente série Netflix MAID (Molly Smith Metzler, 2021), son nom est sur toutes les lèvres. Mais cela fait déjà plusieurs années que Margaret Qualley est l’une des nouvelles coqueluches du cinéma indépendant américain. Avec MON ANNÉE À NEW YORK (Philippe Falardeau, 2020), son premier vrai rôle principal d’envergure, elle prouve face à Sigourney Weaver qu’une carrière aussi brillante que celle de l’interprète de Ripley l’attend peut-être à Hollywood.
New York, I Love You But You're Bringing Me Down

C’est une lapalissade, la Grosse Pomme fait rêver bon nombre d’apprentis écrivains. Et comme beaucoup d’entre eux aussi, Joanna Rakoff (Margaret Qualley) a décidé de déménager à New York dans l’espoir d’y réaliser son rêve de pondre un roman ou un recueil de poésie. Et comme il faut bien commencer quelque part, cette ancienne étudiante de la très prestigieuse fac de Berkeley en Californie parvient à décrocher un job dans une agence littéraire. Elle y devient l’assistante de celle qui règne sur cette vieille maison, Margaret (Sigourney Weaver), une femme d’un abord difficile, et qui a la particularité d’être allergique aux ordinateurs qui envahissent alors les bureaux (le film se déroule en 1995, et il faut saluer au passage le travail très réussi sur les costumes). Conséquence : l’essentiel du travail de Joanna consiste à taper des lettres sur une machine à écrire, mais ce ne sont pas n’importe quelles lettres. Car à la grande surprise de l’héroïne, l’agence de Margaret veille sur les intérêts d’un certain J. D. Salinger, célèbre évidemment pour son roman L’ATTRAPE-CŒURS (1951), mais aussi pour ne rien avoir publié depuis des lustres.

Un auteur aussi renommé reçoit évidemment beaucoup de courrier, mais lui n’écrit à aucun de ses fans, ce qui oblige Joanna à envoyer la même réponse automatique à chacun d’entre eux. Une tâche ingrate, jusqu’au jour où elle prend la décision un peu folle de répondre à certaines lettres de son propre chef, ce qui ne peut qu’avoir des conséquences importantes sur la suite de son parcours dans le monde de l’édition à New York. Une grande partie de cette histoire a bien eu lieu, puisque le film de Philippe Falardeau est une adaptation d’un livre publié par la vraie Joanna Rakoff, MY SALINGER YEAR (2014), où elle raconte aussi ses rencontres avec Salinger lui-même. Le réalisateur québécois est resté proche du texte original, mais il a eu la bonne idée d’ajouter des scènes où les fans auteurs de certaines lettres les lisent face à la caméra, ce qui lui permet entre autres de rendre un hommage assez touchant au pouvoir de la littérature. On apprécie aussi de voir qu’il n’a pas encombré le personnage de Joanna avec des relations qui transformeraient le film en comédie romantique, même si la vie amoureuse de l’héroïne n’est pas absente de ce beau récit initiatique d’une femme qui rêve de devenir une grande écrivaine.

Sigourney Weaver et Margaret Qualley, duo de rêve

Mais la meilleure arme du cinéaste reste son duo d’actrices. Dix ans après le succès de MONSIEUR LAZHAR, Philippe Falardeau peut désormais s’appuyer sur des noms ronflants, mais sa direction d’acteur n’a rien perdu de son exigence. Collaborer avec quelqu’un comme Sigourney Weaver aide certes beaucoup : l’actrice connaît une seconde jeunesse, et elle est habituée aux rôles où elle doit donner du fil à retordre au personnage principal. En cela, MON ANNÉE À NEW YORK rappelle beaucoup WORKING GIRL (Mike Nichols, 1988), film pour lequel elle avait récolté sa troisième nomination aux Oscars : elle y incarnait Katharine Parker, une femme d’affaires pas franchement commode avec la jeune secrétaire jouée par Melanie Griffith. Son rôle dans le film de Falardeau est plus ambivalent, car le personnage de Margaret n’est pas vraiment celui d’un antagoniste, comme le scénario et la prestation subtile de Sigourney Weaver le montrent progressivement. C’est d’ailleurs ce qui permet à MON ANNÉE À NEW YORK de se distinguer d’une référence à laquelle il est difficile de ne pas penser : LE DIABLE S’HABILLE EN PRADA (David Frankel, 2006), où Anne Hathaway débarquait à New York pour jouer l’assistante d’une Meryl Streep tyrannique en rédactrice en chef d’un magazine de mode.

On peut d’ores et déjà le dire, Margaret Qualley n’a rien à envier à Anne Hathaway. L’actrice révélée en 2014 dans le chef-d’œuvre sériel THE LEFTOVERS (OCS) et nommée aux Emmy Awards en 2019 pour l’excellente FOSSE/VERDON (CANAL+) n’en finit plus d’impressionner depuis quelques années. Après avoir brillé dans une flopée de films indépendants, elle est passée dans une autre dimension en jouant une hippie très remarquée de la Manson Family dans le ONCE UPON A TIME… IN HOLLYWOOD de Quentin Tarantino en 2019. On devrait prochainement retrouver son physique longiligne – c’est une danseuse de haut niveau – en compagnie de Taron Egerton dans le prochain film de Claire Denis, THE STARS AT NOON, tandis que Sigourney Weaver fera dans quelques semaines son retour dans la franchise GHOSTBUSTERS avec SOS FANTÔMES : L'HÉRITAGE (Jason Reitman), près de quarante ans après le premier film culte réalisé par le père (Ivan Reitman). La passation de témoin à la nouvelle génération incarnée par Margaret Qualley n’est pas encore pour tout de suite, alors profitons de la chance que nous avons de voir deux actrices de cette trempe réunies dans le même film.

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Toutes les vidéos cinéma, films et émissions sont disponibles sur myCANAL

Suivez Cinéma Canal+ sur :

Facebook

Twitter

Instagram