Cannes 2022 : La conférence de presse (surréaliste) de Kirill Serebrennikov.

Posté par Renaud Villain le 19 mai 2022
On en viendrait, presque, à regretter l’absence de Will Smith à la conférence de presse autour du film russe « Zhena Chaikoskogo » (« La femme de Tchaïkovski ») afin de distribuer quelques baffes à quelques-uns de nos confrères et consoeurs dont le sens de la nuance reste à démontrer ! Mais non, peace & love ! Acclamé la veille à l’issue de la projection de son film, le réalisateur russe Kirill Serebrennikov n’avait-il pas clairement dit « Non à la guerre », donc non à la violence !?

Une conférence de presse, à Cannes, n’a-t-elle pas pour objectif de parler du film, de l’art et du cinéma ? Ben non ! Sur 9 questions posées par la presse internationale à l’auteur des magnifiques « Leto » (2018) et « La fièvre de Petrov » (2021), pour ne citer que ses deux films précédents, 6 de ces questions avaient trait à la guerre en Ukraine et pas de la façon la plus subtile. 

La palme de la goujaterie revient à une journaliste suédoise.  

Celle-ci précise d’emblée dans sa question que tous les films russes, y compris celui de Kirill Serebrennikov, sont interdits de distribution au pays de Ingmar Bergman et elle demande au réalisateur de justifier le financement partiel de son film par un prétendu « oligarche » russe. Le réalisateur, qui ne se départira jamais de son calme et d’un regard pétillant de malice, dément l’infox tout en précisant que jusqu’à très récemment, un financement du ministère de la culture russe n’avait rien de honteux puisqu’il était distribué sans discrimination à des artistes de tous corps de métiers (danse/ théâtre/musique et cinéma), que l’on soit opposant ou sympathisant, sans que les concernés n’en aient à rougir.  

« Je comprends le boycott de la culture russe qui a lieu actuellement, répond Kirill Serebrennikov à une journaliste japonaise qui lui indique que celui-ci s’étend aussi dans son pays à la musique de Tchaïkovski. La langue russe est perçue à l’international comme la langue de l’agresseur. Mais je ne peux pas souscrire à un boycott général de la culture russe. La culture c’est comme l’air, l’eau ou les nuages. C’est indépendant des hommes. Des artistes comme Dostoïevski, Tchekhov ou Tchaïkovski contribuent à rendre les gens plus vivants. La culture russe a toujours pris le parti des petites gens. La guerre est le complet antagoniste de la culture. »

Au journaliste qui lui demande ce qu’il ressent à se trouver l’unique réalisateur russe présent à cette 75ème édition du festival, Kirill Serebrennikov s’explique : 

« Evidemment s’il n’y avait pas cette guerre en Ukraine qui fait rage, tout le monde s’en sentirait plus léger. On pourrait vivre des moments d’insouciance. Le fait qu’il y ait des bombes qui tombent sur l’Ukraine en ce moment, je ne vous le cache pas, cela ne me rend pas ma présence parmi vous aussi agréable que je l’aurais souhaité. Juste avant que celle-ci n’éclate, je vous rappelle que je faisais l’objet d’un procès et que l’on m’a mis en liberté conditionnelle. Pour dire vrai, pendant toute la période où j’étais interdit de sortie du territoire, j’en ai soupé des interviews par zoom et je préfère tout de même me trouver devant vous », finit-il par cette phrase qui suscite les seuls rires de cette conférence de presse. "

Enfin, question obscène également d’un journaliste américain au réalisateur et à son producteur Ilya Stewart : « Allez-vous reverser les bénéfices engendrés par votre film aux victimes de la guerre ? » 

Ilya Stewart commence en expliquant que pour l’instant, le film est loin de gagner de l’argent. En finançant « La femme de Tchaïkovski », il ne s’attend pas forcément à un retour sur investissement. Il a contribué à financer ce qu’il considère d’abord comme une œuvre d’art et il ne pense pas à une réelle réussite commerciale.  Kirill Serbrennikov enchaîne en abondant sur le fait qu’il est important d’aider les victimes de la guerre… tout en rappelant que certains en Russie étaient aussi des victimes, y compris les mères des jeunes souscrits envoyés sur le front. « Les Russes doivent en plus composer avec l’immense culpabilité du poids de cette guerre. » 

Les journalistes présents à Cannes seraient aussi bien inspirés, à l’issue de cette conférence de presse, de mettre la main à la poche pour une grande cagnotte humanitaire, rien que pour montrer l’exemple !

 

photos © AFP 

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