Cannes 2022 : Lost in translation pour DECISION TO LEAVE de Park Chan-Wook

Posté par Renaud Villain le 25 mai 2022
Ce mardi 24 mai, c’était la tour de Babel et on s’est un peu fait des nœuds au cerveau pour suivre la conférence de presse qui réunissait le réalisateur sud-coréen Park Chan-wook, son actrice Tang Wei, l’acteur Park Hae-il et la scénariste du film Chung Seo-kyung… Car l’une des spécificités de ce nouveau thriller du réalisateur de LADY VENGEANCE (2005), c’est d’avoir engagé pour le rôle féminin principal une actrice chinoise (Tang Wei) ce qui fait que lors de cet entretien avec les journalistes, on passait allègrement du mandarin à l’anglais et du sud-coréen au français, avec des traducteurs parfois un peu la ramasse.

Mettons que cela nous a mis dans l’esprit de la comédienne du film, puisque de son propre aveu, les premiers jours de tournages ont été un peu rock’n roll pour elle :

« Ce n’était pas en soi un tournage difficile, dit Tang Wei, je dirais même que tourner avec quelqu’un d’aussi talentueux et célèbre que Park Chan-Wook était un privilège, un plaisir et une joie. Mais il faut dire que nous avons rencontré au début du tournage un problème de communication dû au fait que je ne parlais pas un mot de coréen. Nous étions tous avec nos téléphones et des applis de traduction automatique ce qui était assez comique. Heureusement, le scénario était écrit dans les deux langues et mes textes comportaient des indications pour prononcer syllabe par syllabe, ce qui m’a beaucoup aidé. »

Lorsqu’un film est présenté à Cannes, on lui cherche forcément des antécédents ou des références cinéphiles. A la demande d’un journaliste, citant A WIFE CONFESSES du japonais Masaya Maruyama (1961), sur les sources d’inspiration du cinéaste, Park Chan-wook répond : 

« Ah oui, je connais. C’est un excellent film et j’aime beaucoup ce réalisateur, mais vraiment je n’y ai pas pensé une seconde. Beaucoup de journalistes que j’ai rencontrés après la projection m’ont aussi évoqué SUEURS FROIDES (VERTIGO) d’Alfred Hitchcock (1958). J’étais un peu ébahi et j’ai répondu : « Ah bon, vous trouvez ? Mais pourquoi donc ?». En écoutant leurs arguments j’ai effectivement compris les similitudes qu’ils pouvaient y trouver. Mais sincèrement, les influences d’une création artistique sont inconscientes et multiples… Les miennes seraient peut-être davantage littéraires. »

C’est en répondant à une autre question qui lui est posée, que l’on comprend mieux cette référence à « Hitch » et à son film mythique avec James Stewart et Kim Novak :

« Le personnage du policier, joué par Park Hae-il, peut sembler avoir une obsession amoureuse pour cette femme. D’abord il y cette relation pendant l’interrogatoire de la jeune suspecte et un jeu de questions/réponses. Mais il y a aussi tous les moments où il l’épie à son insu qui peut passer pour une forme de voyeurisme et surtout des scènes de filatures. Il se développe entre ces deux personnages nécessairement une relation particulière … Mais ce jeu du chat et de la souris est typique au genre du genre policier. »

Le comédien Park Hae-il, interrogé sur son rôle, exprime toute sa reconnaissance au réalisateur car ce personnage de policier lui permet de sortir d’une image qu’il traîne depuis bientôt 20 ans, celle toute inverse d’un homme douteux et suspect dans le film MEMORIES OF MURDER de Bong Joon-ho (2003) :

« Je n’avais encore jamais joué de flic et franchement, c’est un rôle dont tout acteur rêve. Ce policier en plus est à l’inverse de ceux que l’on voit habituellement dans le cinéma coréen : ceux-ci sont souvent violents et grossiers. Le mien est plutôt sympa et il ne recourt en aucun cas à la violence dans son enquête… »

L’absence de violence, justement, un journaliste en fait la remarque pour conclure cette conférence de presse : « pourquoi n’y-a-t-il pas autant de sexe et de violence que dans vos films précédents ? » demande-t-il ingénument au réalisateur, se référant probablement à OLD BOY, Grand Prix du Festival de Cannes en 2004 pour sa brutalité, ou plus récemment au thriller érotique MADEMOISELLE (2016). Fataliste et ironique, Park Chan-wook conclue :

« C’est un peu désarçonnant : quand je réalise un certain type de film on me dit pourquoi y-a-il tant de sexe et de violence ? Et quand j’en réalise un d’un autre type, on me fait le reproche inverse : pourquoi n’y-a-t-il pas autant d’érotisme et de violence que dans vos films précédents ? Je vais vous dire, si ces éléments semblent vous manquer dans mon film, c’est tout simplement que j’estime que ce n’était pas nécessaire d’en rajouter. Quand j’ai commencé à parler de ce projet comme étant un film d’adulte pour les adultes, tout de suite, les gens se sont frottés les mains en se disant : ce sera lubrique et sadique. Hé bien, j’ai voulu les prendre à contre-pied pour faire le film que j’estimais bon de faire. »

Comme quoi, on vous le disait, en conférence de presse, journalistes et réalisateurs ne se comprennent pas toujours 5/5 !

 

 

photos © AFP

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