MANDIBULES : voyage en absurdie pour mieux comprendre Quentin Dupieux

Posté par Marc Larcher le 19 janvier 2022
Avec son dernier film, le réalisateur parachève son art de réaliser des films hilarants qui racontent l’absurdité de la vie. Suivez le guide
Un faux grand n’importe quoi

Une mouche géante pour son dernier film. Un pneu, héros de l’histoire de son deuxième. Un blouson de daim pour un de ses plus connus. Sur le papier, le spectateur qui connaît mal son univers peut croire que le réalisateur Quentin Dupieux se moque tout simplement de lui. Et pourtant, en déconstruisant le cinéma et en le réduisant à sa pure essence, le Français a réussi un tour de force : mettre en scène de purs bijoux cinématographiques reconnaissables au premier coup d’œil que les amateurs du monde entier s’arrachent.

L’image triomphe sur le sens

Le cinéaste avait prévenu en 2001 en baptisant son premier long-métrage « Nonfilm » qui commençait par un écran noir et des bruits. Tout d’abord, Quentin Dupieux ne prêche pas dans le désert. Au fil de ses créations, il a imposé un sens magistral de l’absurde qui s’inscrit dans une tradition incarnée par Jacques Tati, Pierre Etaix et Jerry Lewis. Le personnage Mr Hulot joue n’importe comment au tennis ? Peu importe, c’est drôle et ses gestes sont éminemment cinématographiques. A chaque décennie, des cinéastes vont prendre en charge ces films en forme d’énigmes .On ne comprend pas bien l’intrigue de « Buffet froid » (1979), le chef d’œuvre de Bertrand Blier : ses personnages sont-ils morts ou vivants ? Pourquoi le quartier où ils évoluent est-il vide ? Cela n’a pas d’importance, seuls comptent les dialogues, les situations et la virtuosité des personnages. Quentin Dupieux a repris d’autant plus naturellement ce flambeau que l’absurdité de la vie est la matière première de ses films. Dans « Steak » (2007), deux amis sont prêts à tout pour intégrer les Chivers, une bande qui vit à l’américaine, y compris en s’agraffant le visage et en disant « bottine » à la place de « bonjour ». La raison est moins intéressante que leurs efforts pour y parvenir. Chez Dupieux, on apprend à oublier le sens pour mieux profiter du cinéma. Ainsi, un pneu peut se révéler être un tueur dans « Rubber » (2010), un employé peut se rendre à son travail après avoir été viré dans « Wrong » et oui, il peut pleuvoir dans les bureaux en question.

Mandibules, le sommet

Cette priorité du travail des acteurs et de la réalisation sur la véracité de l’intrigue triomphe dans « Mandibules ». Deux branquignoles, interprétés par les acteurs du Palmashow, volent une voiture pour livrer une valise. Problème n°1 : le coffre de la Mercedes jaune contient une mouche géante. Problème n°2 : ils décident de la dresser pour se faire de l’argent. Dupieux fait sauter les normes et impose les siennes. Dès lors, son cinéma peut se déployer : humour corrosif, dialogues au cordeau « Vous parlez de mon blouson ? » dans « Le Daim », hommage au cinéma français (on pense à « Garde à vue » de Claude Miller dans « Au poste ! » (2018)) ou américain, beauté des plans, des détails à l’image… Surtout, en mettant en scène des idiots, en particulier Eric Judor au fil de ses films, et en les faisant se cogner contre la vie et les gens normaux, il remet en question tout l’équilibre de la société. En un mot, sans en avoir l’air, le réalisateur fait de la philosophie. Avec une banane à la main, oui, mais de la philosophie quand même.

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