BERGMAN ISLAND ou quand certains lieux obsèdent les cinéastes

Posté par Marc Larcher le 26 janvier 2022
De New York à Marseille, certaines villes sont indissociables de la filmographie des réalisateurs. Sur place, la fiction se mêle désormais à la réalité
Depuis 50 ans, on vient filmer l’île de Faro

C’est une île dont le seul nom, Faro, ravive des souvenirs émus dans la mémoire des cinéphiles. Les autres spectateurs seront, eux, hypnotisés par les plages blondes et la mer bleue transparente. On se croirait dans les Caraïbes mais on est au bord de la mer Baltique en Suède. C’est sans doute cela qui a fait de cet endroit le lieu de tournage préféré du réalisateur légendaire Ingmar Bergman. Il y a vécu à la fin de sa vie et y a tourné « Persona » (1966), son fameux « Scènes de la vie conjugale » (1973) décliné cette année en série et visible sur OCS « Comme dans un miroir », Oscar du meilleur film étranger en 1961 ou encore « La Honte » (1968). Voilà pourquoi la jeune réalisatrice franco-danoise Mia Hansen-Love a baptisé son film tourné sur place « Bergman Island », elle-même a raconté avoir été fasciné par le lieu au cours d’un séjour-résidence d’artiste effectué sur place. La magie du lieu l’a elle aussi conquise. Comme les héros de son film, un couple de cinéastes interprété par Tim Roth et Mia Wasikowska, venus y chercher l’inspiration le temps d’un été.

New York, ville qui fascine les cinéastes

Il existe ainsi dans le monde des lieux à jamais liés au regard de certains réalisateurs. La ville de New York en fait partie. Woody Allen y est né, y vit encore et c’est, en dehors de l’intrigue principale de ses films, souvent leur sujet souterrain. De « Manhattan » (1979) à « Un jour de pluie à New York » (2019), en passant par « Annie Hall » (1977) et « Meurtre mystérieux à Manhattan » (1993), on ne compte plus les plans où il s’approprie visuellement certains lieux de la métropole. On pense à la discussion au clair de lune dans « Manhattan » devant le Queensboro Bridge le long de l’East River, au restaurant Elaine’s sur la Seconde avenue, à Central Park, au Radio City Music Hall au centre du film inspiré par son enfance, « Radio Days ». Martin Scorcese est lui aussi intimement lié à la ville dont il offre une vision moins idéalisée en s’intéressant à ses bas-fonds. De « Mean Streets » (1973) où il explore le quartier Little Italy à « Taxi Driver » centré sur la 42e rue, en passant par « A tombeau ouvert » qui se déroule quasi exclusivement le long des avenues où circule l’ambulance de Nicolas Cage, sans parler de « The Wolf of Wall Street » ou « Gangs of New York », le réalisateur met en scène une violente inhérente à la ville à travers les époques.

Le Marseille solaire de Guédiguian et le Berlin hanté de Wenders

Le réalisateur allemand Wim Wenders fait lui aussi partie intégrante de la ville de Berlin dont il a révélé la part poétique dans « Les ailes du désir » (1987), « Si loin, si proche » (1993) « Les Lumière de Berlin » (1995). En France aussi, certains cinéastes sont obsédés par leur ville dont ils deviennent des ambassadeurs. Dans son dernier film « Gloria Mundi » (2019), Robert Guédigian continue ainsi d’explorer la bonne ville de Marseille qu’il a en bonne partie révélée à la France entière avec son immense succès « Marius et Jeannette » en 1997. Plus au Sud, c’est le défunt Manuel de Oliveira qui a sublimé Lisbonne comme Federico Fellini l’avait fait avec Rome. Attention, il n’y a pas que des villes par essence extraordinaires qui se trouvent au centre de filmographies, il y en a d’autres plus méconnues, lointaines, anonymes presque comme Winnipeg au Canada avec Guy Maddin, comme les villes de Minneapolis avec les frères Coen, d’Austin au Texas avec Richard Linklater. En un mot, pour voyager, inutile d’acheter un guide, il suffit d’un bon film.

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