Avec MINAMATA, Johnny Depp a trouvé le rôle de sa rédemption

Posté par Marc Larcher le 11 octobre 2021
Enfin un personnage à sa (dé)mesure

On l’avait perdu de vue, croulant ces dernières années sous les problèmes personnels de toutes sortes, un divorce houleux, un procès pour violences conjugales, des dettes colossales, des pétages de plomb ravissant la presse people et des films aussi vite tournés qu’oubliés. Bref, on le croyait en bonne partie perdu pour la cause et voilà que Johnny Depp, oui, l’insaisissable pirate Jack Sparrow, le chouchou de Tim Burton, l’homme aux mains d’argent, le double du réalisateur Ed Wood et du poète William Blake dans DEAD MAN (1995) de Jim Jarmush. Bref, l’acteur aux rôles habités revient par la grande porte du cinéma. Cette fois-ci, il interprète un des maîtres de la photographie du XXe siècle, Eugene W. Smith. En lui confiant le rôle, le réalisateur Andrew Levitas a eu la bonne idée de ne pas composer un biopic classique comme Hollywood en a (trop) l’habitude mais plutôt de retracer une période particulière de la carrière de l’artiste.

Le meilleur et le plus insupportable des photoreporters

Il s’agit du moment au cours des années 70 où le photoreporter au caractère impossible ne travaille quasiment plus. Seul Life Magazine, le prestigieux mensuel américain, ose lui confier une dernière mission : photographier au Japon des victimes atteintes de la « maladie de Minamata », une affection physique et neurologique grave provoquée par la pollution au mercure d’une usine chimique. Les enfants nés à proximité de l’usine étaient alors victimes de spectaculaires malformations. Malgré les nombreuses difficultés et les représailles des employés de la firme Chisso, l’ancien correspondant de guerre dans le Pacifique passe quatre ans sur place dans le dénuement le plus total. Blessé, malade, il perd quasiment la vue et finit par être rapatrié d’urgence aux États-Unis. La publication dans Life Magazine  d’une dizaine de photos en noir et blanc dont Le Bain de Tomoko, appelée à devenir une icône du photojournalisme, puis d’un livre consacré au sujet connaissent un retentissement mondial. C’est donc pour Johnny Depp autant une histoire de anti-héros solitaire et irascible comme il les aime, que celle d’une rédemption. Le tout couronné par la révélation au monde entier d’un pan caché de l’Histoire. Un rôle idéal donc dans lequel il excelle, le visage vieilli, le corps usé, la voix brisée.

La promesse de Johnny Depp

C’est d’autant plus un aboutissement pour lui que le tournage est intervenu au moment où Hollywood le boycottait à cause des accusations de violence conjugale dont il fait l’objet. La sortie du film a été cahotique elle aussi – le réalisateur Andrew Levitas a notamment accusé le studio de la MGM d’ « enterrer le film » - quand elle n’a pas été repoussée à cause de la pandémie de Covid. Preuve de son attachement indéfectible au projet, Johnny Depp a participé à la production. Interrogé à ce sujet, il a indiqué avoir parlé aux descendants des victimes : « On a regardé ces gens dans les yeux et on leur a promis qu’on n’exploiterait pas leur histoire. Que le film serait respectueux ». Espérons pour lui que l’acteur ne prendra pas trop ce rôle à cœur car malgré sa renommée dans le monde entier, Eugene W. Smith, lui aussi personnalité aussi douée qu’instable, est mort  ruiné avec 18 $ sur son compte en banque.

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