DELICIEUX, quand le cinéma se met à table

Posté par Marc Larcher le 6 juin 2022
Meilleur film de cuisine depuis des lustres, ce long-métrage raconte comment un cuisinier congédié par un aristocrate tyrannique va révolutionner l’art de partager un plat. Brillant !
Un film qu’on savoure comme un plat

Il y a une majorité de films qu’on regarde avec les yeux et une poignée qu’on regarde avec la bouche et l’estomac. DELICIEUX (2021) d’Eric Besnard en fait partie. C’est à la fois l’histoire d’un cuisinier - on ne disait pas encore chef -, l’histoire d’une passion dévorante et de la difficulté d’être un artiste au XVIIIe siècle. Le réalisateur a bien choisi l’année pour commencer son récit puisqu’il s’agit de l’an 1789. Mais avec une nuance de taille, c’est juste avant le déclenchement de la Révolution française…

Filmer la cuisine est devenu un art exigeant

Le spectateur découvre la personnalité du héros, Pierre Manceron (Grégory Gadebois, déjà excellent dans PRESIDENTS où il interprétait François Hollande) qui cuisine avec passion pour un aristocrate gastronome dans le château de Chamfort : « Faut faire bien, faut faire, faut faire savoureux » dit-il à ses nombreux commis. Si ses plats très créatifs sont appréciés par son maître le duc, ses invités très conservateurs s’en moquent. Sommé de s’excuser auprès d’eux, Manceron refuse et est renvoyé pour avoir revendiqué une part de liberté de création dans ses plats. Furieux, il décide de s'installer dans la maison abandonnée de son père avec Jacob (Christian Bouillette), un ami de la famille, et avec son fils, Benjamin (Lorenzo Lefèbvre). Plus le temps passe, sans véritable auditoire, il perd sa motivation et le goût de la cuisine. Heureusement, une femme (Isabelle Carré) vient se proposer comme apprentie et sa vie comme sa cuisine vont s’en trouver bouleversés. C’est avec cette trame romanesque que s’ouvre ce film où comme dans une bonne recette chaque élément (jeu des acteurs, réalisation, décor, musique…) est irréprochable. C’est d’ailleurs une constante pour les films qui racontent la passion culinaire, une matière très cinématographique. On pense au FESTIN DE BABETTE (1987), Oscar du meilleur film étranger dans lequel Stéphane Audran prépare un repas mémorable dans le Danemark luthérien, à VATEL (2000) où Gérard Depardieu incarne un chef qui éblouit Louis XIV ou encore à A VIF ! (2015) avec un Bradley Cooper, rock star de la cuisine qui combat la toxicomanie et l’alcoolisme. Même le monde des séries y a succombé avec THE BEAR (2022), délicieuse saga sur un petit restaurant new-yorkais qui lutte pour survivre. La passion avec laquelle Eric Besnard filme la confection des plats n’est pas sans évoquer quelques moments cultes de l’histoire du cinéma comme le fameux couscous de LA GRAINE ET LE MULET (2007) d’Abdelatif Kechiche, les desserts Ladurée dans MARIE-ANTOINETTE (2006), la tonalité presque érotique de la nourriture dans LES EPICES DE LA PASSION (1992) ou même les simples sandwichs de CHEF (2012). A chaque fois, les plats sont des substituts à des déclarations d’amour et ils prouvent que la cuisine, c’est tout simplement de l’amour.

Libérer la table et le peuple

Dans DELICIEUX, la cuisine est à la fois source de transmission de savoir entre le chef et sa nouvelle apprentie et un rite de passage de l’expression de leurs sentiments réciproques mais elle est également révolutionnaire au sens propre dans la mesure où une fois Pierre Manceron émancipé de la tutelle du duc de Chamfort, il cuisine avec Louise en fonction des gens qui s’arrêtent dans leur maison. Ainsi, ils inventent au passage le concept jamais vu de restaurant. Soit un lieu « où tous les clients sont ducs et tous les clients sont rois », le changement de régime n’est pas loin !

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