DRIVE MY CAR, le plus beau des road-trips

Posté par Marc Larcher le 18 mai 2022
Récompensé par l’Oscar du meilleur film étranger, cette superbe balade en voiture au Japon raconte comment un homme vit son deuil et redécouvre le sens de la vie grâce à la jeune femme qui l’accompagne.
Un couple formé par le hasard et une voiture

C’est avec LA BALLADE SAUVAGE (1973) de Terrence Malick, NOMADLAND (2020) de Cholé Zhao et INTO THE WILD (2007) de Sean Penn, une des plus belles promenades que nous ait offerte le cinéma contemporain. La critique et le public ne s’y sont d'ailleurs pas trompés : le film de Ryusuke Hamaguchi a obtenu le Prix du meilleur scénario du festival de Cannes 2021 et l’Oscar du meilleur film étranger en 2022. Soit deux des récompenses les plus prestigieuses qui soient.

Une des plus belles histoires d’amour du cinéma

Comme tous les vrais road-trips filmés, DRIVE MY CAR prend son temps et c’est donc au rythme de croisière de la Saab 900 coupé rouge, un choix de véhicule déjà très classieux, que va se dérouler l’intrigue. Portant encore le deuil d’Oto, son épouse dont il venait de découvrir l’infidélité, Yusuke Kafuku, comédien et metteur en scène de théâtre, est invité en résidence artistique à Hiroshima pour y monter une pièce de Tchekhov. Une jeune femme nommée Misaki a été choisie pour conduire l’artiste de son domicile au lieu des répétitions. A la différence des autres films racontant une traversée d’un point à un autre, celui-ci raconte une série d’allers-retours entre le domicile du héros et son lieu de travail. Au fil de ces trajets, une intimité se noue entre Yukuse et sa conductrice, qui peu à peu va faire ressurgir le passé. Cette histoire est aussi tenue que belle, et repose en grande partie sur des regards et des dialogues millimétrés, dont un bon nombre proviennent de l’adaptation d’une nouvelle tirée du recueil "Des Hommes sans femmes" du grand écrivain Haruki Murakami. Les cinéphiles pourront chercher dans cette balade durant près de trois heures les références et clins d’œil aux maitres du cinéaste : le français Eric Rohmer, l’américain John Cassavetes ou les cinéastes japonais Mikio Naruse et Kiyoshi Kurosawa. On pense également à d'autres oeuvres se déroulant dans l'habitacle d'une voiture comme LOCKE (2013) de Steven Knight ou même la série VTC avec Golshifteh Farahani. C’est aussi un film sur le théâtre puisque le metteur en scène doit répéter son texte en voiture, au moyen de répliques enregistrées sur une cassette. C'est pour cette raison qu'il doit être conduit par un chauffeur selon le règlement du théâtre, afin d'éviter tout risque d'accident. La conductrice va donc écouter la voix de l’épouse du héros qui avait enregistré les textes à son attention et voir comment réagit son passager. Nous assistons donc à un subtil voyage à trois où l’amour défunt va laisser place à une histoire naissante.

Un film sur la puissance de narration du cinéma

DRIVE MY CAR est à l’instar d’autres films à petit budget une leçon de cinéma. On y redécouvre que le cinéma est d’abord un art du mouvement et du dialogue ayant besoin de très peu de choses, ici, une voiture et un décor. Sans aucun effet spécial, aucune violence ni star dans la distribution, il est possible de tenir en haleine le spectateur pendant trois heures. Et le spectateur qui a l'impression de voyager lui-aussi comme un passager de la Saab comprend qu’il assiste à une fable sur le deuil et la difficulté à communiquer. Les deux personnages vont notamment révéler qu’ils ont été frappés par le deuil. Le film devient alors un voyage initiatique prouvant que le cinéma et l’amour sont les plus puissants des voyages initiatiques. Une démonstration impeccable.

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