GREENLAND, un film catastrophe étonnamment intimiste

Posté par Alexis Lebrun le 24 septembre 2021
Seul blockbuster américain – avec le TENET de Christopher Nolan – à s’être risqué sur les écrans français pendant l’été 2020 sinistré par le Covid-19, GREENLAND (Ric Roman Waugh) fut l’une des rares bonnes surprises d’une année morose pour les grosses productions.
La dernière comète avant la fin du monde

Les dinosaures le savent mieux que personne : l’impact d’un gros astéroïde peut vous faire disparaître vite fait bien fait de la surface du globe. Mais pour la famille Garrity, il n’y a pas de quoi s’inquiéter : la comète Clarke doit passer dans le ciel et tout le monde va admirer ce grand spectacle depuis son jardin. Manque de bol, cette prévision est fausse et la comète va finalement s’écraser sur Terre, ce qui pourrait mener à l’extinction de l’humanité. Heureusement, le père de la famille Garrity (Gerard Butler) a des compétences techniques très utiles pour rebâtir « le monde d’après », ce qui lui permet d’être sélectionné par le gouvernement américain pour se rendre dans un « dernier refuge » à l’abri de la catastrophe, qui se trouve au Groenland. Encore faut-il pouvoir s’y rendre. Autrement dit, accompagné de sa femme trompée (Morena Baccarin) et de son fils diabétique (Roger Dale Floyd), John Garretty peut-il déjà survivre à des semblables qui perdent les pédales dans une situation de vie ou de mort ?

C’est toute l’intelligence de GREENLAND : conscient des limites de son budget relativement modeste pour un film catastrophe, le réalisateur Ric Roman Waugh utilise les effets spéciaux les plus spectaculaires avec parcimonie et à bon escient, préférant nous tenir en haleine avec une tension qui ne redescend presque jamais. Alors que des fragments de la comète commencent à semer le chaos dans le monde entier, on reste immergés dans l’intimité de cette famille confrontée à des épreuves évidemment inimaginables lors de son périple en voiture. Rassurons les fans de destruction : il y en a évidemment des spectaculaires dans GREENLAND, mais ici, rien n’est gratuit et la fin du monde permet surtout d’observer à la loupe la psychologie des personnages et l’évolution de leurs relations dans une situation hors du commun.

L’influence du chef-d’œuvre de Spielberg

En optant pour cette approche relativement modeste, GREENLAND se place dans la lignée de ce qui est sans doute l’un des meilleurs blockbusters des années 2000, l’adaptation sidérante de LA GUERRE DES MONDES signée par Steven Spielberg en 2005, avec Tom Cruise en père de famille héroïque qui tente de sauver sa peau et celle de ses enfants face à une invasion extraterrestre. Dans ce registre, l’acteur principal de GREENLAND n’en est pas à son coup d’essai, puisqu’en 2017 il était déjà à l’affiche de GEOSTORM (Dean Devlin), un film catastrophe nettement moins inspiré dans la veine du ARMAGEDDON sorti par Michael Bay en 1998, où il fallait déjà empêcher un astéroïde de s’écraser sur Terre. On a souvent tendance à l’oublier, mais cette année-là, on avait aussi eu droit à un autre film catastrophe avec une idée similaire, DEEP IMPACT (Mimi Leder), où comme dans GREENLAND, l’humanité se préparait – en paniquant bien sûr – à l’impact imminent d’une comète sur Terre.

On retrouve aussi dans le film de Ric Roman Waugh l’influence de l’un des spécialistes du film catastrophe, Roland Emmerich, et notamment celle de son 2012 sorti en 2009, dans lequel John Cusack endosse le rôle du père de famille qui fuit avec sa famille le cataclysme mondial annoncé par la prophétie Maya. Heureusement que ces dernières années, le genre a aussi accouché de films moins tapageurs sur la fin du monde. On pense notamment au très beau TAKE SHELTER de Jeff Nichols (2011), ou encore au plus récent LIGHT OF MY LIFE de Casey Affleck, un film quasiment contemplatif où un père vit caché avec sa fille, dans un monde où les femmes ont quasiment disparu de la planète. GREENLAND est un peu à la lisière entre ces deux extrêmes, puisqu’il renvoie à une tradition un peu perdue du blockbuster catastrophe qui se prend au sérieux – sans tomber dans le grand n’importe quoi digne d’une série B – avec une figure héroïque presque old school au regard des standards actuels d’Hollywood. Et paradoxalement, c’est ce dont on avait besoin en 2020.

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