LÉGENDE DU MOIS Jacques Tourneur, le réal français qui a mis Hollywood à ses pieds

Posté par Marc Larcher le 6 octobre 2021
L’homme à tout faire du cinéma américain

Si certains doutent encore de l’influence des cinéastes français aux Etats-Unis, il suffit de leur conter l’histoire de Jacques Tourneur, que du côté de Los Angeles on appelle encore « Jack Turner ». Les seuls titres de quelques-uns de sa quarantaine de long-métrages suffisent à poser le personnage et sa monumentale culture ciné : NICK CARTER, MASTER DETECTIVE (1939), I WALKED WITH A ZOMBIE (1943), RENDEZ-VOUS AVEC LA PEUR (1957)... Pas un genre dans lequel il n’ait pas excellé : le public aime les films de pirates mais aussi les héroïnes féminines, il a réalisé LA FLIBUSTIÈRE DES ANTILLES (1952) un demi-siècle avant les aventures de Jack Sparrow et de Wonder Woman. Le film noir ? Il a peut-être créé le meilleur de tous avec LA GRIFFE DU PASSÉ (1947) mettant en scène un Robert Mitchum qui parfait son art de faire la gueule en imper, une arme à la main. Le western, ce registre éculé ? Son GAUCHO (1952) renouvelle ces histoires d’hommes, de revolvers et de chevaux en racontant les aventures d’un paysan en Argentine. Le film d’épouvante ? L’HOMME-LÉOPARD (1943) porte au sommet le genre du film où le spectateur ignore si un animal en chair et en os, une créature mythique ou un homme déguisé en bête fauve terrorise la population. C’est simple Jacques Tourneur a tout fait et en partie tout inventé sur grand écran. Il faut préciser que le Parisien, fils du cinéaste Maurice Tourneur, est tombé dans la marmite de potion cinématographique dès le plus jeune âge. Après un premier séjour aux Etats-Unis enfant, il part pour de bon en Californie dès l’âge de 30 ans après avoir réalisé quatre films dans l’hexagone.

Le John Carpenter d’avant John Carpenter

Dès lors, il gravit très vite les marches qui mènent au sommet d’Hollywood. La virtuosité de ses plans, son sens des éclairages et sa façon de créer du suspense en quelques images mémorables vont faire de lui un des véritables inventeurs du genre du film fantastique. À sa manière, il a été un John Carpenter avant l’heure. Pour s’en convaincre, il suffit de regarder LA FÉLINE ou CAT PEOPLE, son chef d’œuvre de 1942 pour le studio de la RKO. L’histoire raconte comment une créatrice de mode obsédée par le violent passé de ses ancêtres, imagine qu’elle peut se métamorphoser en panthère si elle ne contrôle pas ses émotions. Son entourage n’y croit pas jusqu’à ce qu’apparaissent les premiers signes de la présence d’un fauve autour d’eux. On n’a jamais fait mieux comme film sur la puissance de l’inconscient et sur la violence qui traverse les époques. Surtout, il confie le premier rôle à une femme, Simone Simon, un geste pas anodin à l’époque et le triomphe du film sauve le studio après les pertes colossales de CITIZEN KANE d’Orson Wells en 1941. Non content d’inventer au passage « l’effet-bus », une technique de montée en tension à l’image avec une brusque déflagration pour y mettre fin, CAT PEOPLE a donné lieu à une suite en 1944, à un remake en 1982 de la part de Paul Schrader avec Nastassja Kinski et à une chanson d’un certain David Bowie. Après une telle carrière, Jacques Tourneur a pu revenir tranquillement passer ses derniers jours en France, en Dordogne où l’on soupçonne qu’il passait son temps à observer les forêts autour de sa maison dans l’espoir d’y voir passer la silhouette de fauves.

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