MADRES PARALELAS, le retour au sommet du duo Pedro Almodóvar-Penélope Cruz

Posté par Alexis Lebrun le 29 juillet 2022
Pour sa huitième collaboration avec son actrice fétiche, le réalisateur espagnol – à l’honneur sur CANAL+ en août – donne l’occasion à Penélope Cruz de briller dans un grand rôle de mère célibataire, tout en se risquant pour la première fois à évoquer les années noires de son pays sous la dictature franquiste. Remarquable portrait de deux grands personnages féminins, MADRES PARALELAS n’est pas qu’un des meilleurs mélos de Pedro Almodóvar, c’est un des meilleurs films sortis l’an dernier.
Solidarité féminine

Lieu de passage, d’attente angoissante et de rencontre entre personnes qui ne se connaissent pas mais qui sont toutes là pour la même chose, la maternité constitue un écrin idéal pour poser les bases d’un scénario signé Pedro Almodóvar. C’est donc dans une chambre d’hôpital que les deux héroïnes de de MADRES PARALELAS se rencontrent : Janis (Penélope Cruz) et Ana (Milena Smit) sont toutes les deux enceintes jusqu’au cou, mais elles ne vivent pas vraiment la situation de la même façon. La première approche de la quarantaine et voit cette première grossesse comme un cadeau du ciel, tandis que la seconde est une jeune femme légitimement apeurée à l’idée d’être mère si jeune, et ce d'autant plus qu'elle est traumatisée par un événement que l’on peut aisément deviner.

Ces deux femmes que tout semble opposer accouchent en même temps à la maternité, et les liens tissés sur place se prolongeront par la suite sous des formes très surprenantes qu’il vaut mieux ne pas spoiler. Mais avec ce scénario renversant écrit il y a une dizaine d’années – et que l’on apercevait déjà dans le décor de son film ÉTREINTES BRISÉES (2009) avec Penélope Cruz –, Pedro Almodóvar ne s’intéresse pas qu’à la maternité – subie ou non –, à la vie des mères célibataires d’aujourd’hui et à la solidarité féminine.

Car le personnage de Janis est une photographe qui mène en parallèle de sa nouvelle vie une quête très difficile : retrouver le corps de son grand-père, disparu et probablement enterré dans une fosse commune comme des dizaines de milliers d’autres espagnols assassinés pendant les années du dictateur Franco (1936-1977). Un passé honteux encore tabou en Espagne, mais qu’Almodóvar fait le choix de ne pas ignorer en le traitant sous l’angle de la recherche de l’identité et des origines.

Pedro Almodóvar et Penélope Cruz, les inséparables

Dans ce rôle de cette mère courage qui se débat seule avec sa fille et les tests ADN, Penélope Cruz est très à l’aise, et la force de sa partition a d’ailleurs été saluée à la Mostra de Venise, où elle a remporté la Coupe Volpi de la meilleure interprétation féminine, avant d’être nommée pour l’Oscar de la meilleure actrice cette année, finalement remporté par Jessica Chastain pour DANS LES YEUX DE TAMMY FAYE (Michael Showalter, 2021). Mais il faut dire aussi que l’actrice déjà détentrice d’une statuette pour VICKY CRISTINA BARCELONA (Woody Allen, 2008) forme un magnifique duo féminin (ces scènes de cuisine à deux !) avec Milena Smit, qui est une révélation.

Depuis sa première apparition devant la caméra de son compatriote dans EN CHAIR ET EN OS (1997), Penélope Cruz est devenue indissociable de l’œuvre d’Almodóvar, pour qui elle a joué pas moins de huit fois. Mais ses deux performances les plus marquantes sous sa direction restent incontestablement TOUT SUR MA MÈRE (1999) et VOLVER (2006), deux films que l’on peut d’ailleurs relier à MADRES PARALELAS. Dans le premier – qui lui a valu un prix à Cannes, un Oscar et un César –, le réalisateur se penchait déjà sur la question du lien maternel et de la filiation.

Dans le deuxième – qui a rapporté à Penélope Cruz un prix d’interprétation féminine à Cannes et une nomination aux Oscars –, la solidarité entre femmes est centrale, de même que l’usage du mensonge, deux éléments essentiels aussi dans le scénario de MADRES PARALELAS. Ces deux films sont à revoir en août sur CANAL+, tout comme TALONS AIGUILLES (1991), inoubliable mélo sur une autre relation mère-fille compliquée (Victoria Abril et Marisa Paredes), et PARLE AVEC ELLE (2002), où ce sont cette fois deux hommes (Javier Cámara et Darío Grandinetti) qui se retrouvent autour d’une situation commune et bouleversante dans un hôpital, face à deux femmes dans le coma. Un chef-d’œuvre et tout simplement l’un des meilleurs films des vingt dernières années.

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