ORANGES SANGUINES : objet filmique non identifié !

Posté par Marc Larcher le 18 mai 2022
Humour noir décapant, répliques pas politiquement correct, acteurs déjantés… Le second film de Jean-Christophe Meurisse est aussi hilarant que malaisant. Nous, on adore.
Des répliques à ne pas mettre dans toutes les oreilles

C’est un des films les mieux écrits, les plus drôles et les plus pervers de ces dernières années. Il est vrai qu’on y retrouve l’esprit tordu de Blanche Gardin, le jeu impeccable de Denis Podalydès, sociétaire de la Comédie française, la diction ralentie d’Olivier Saladin et Lorella Cravotta, anciens sociétaires de la troupe des Deschiens, avec en plus des featurings de Vincent Dedienne et Patrice Laffont, échappé de l’émission « Des Chiffres et des Lettres ». Il faut donc se tenir prêt à entendre dans un univers en apparence bien propet fuser des punchlines non politiquement correct comme : « Non mais elle a droit de danser le rock la mongolienne ! » ou « Et si, on taxait les avortements ? »…

Trois histoires folles qui se rejoignent

Ce petit trésor d’humour noir raconte trois histoires révélatrices de l’état actuel de la société française. Soit une population au bord de la crise de nerfs. D’un côté, le spectateur découvre la vie d’un couple de retraités désargentés qui pour rembourser leurs prêts comptent sur une improbable compétition de danse rock, domaine pour lequel ils ne sont pas particulièrement doués. Et de l’autre côté de l’échelle sociale, on observe un ministre de l’Economie et des Finances tenter d’éviter que la presse découvre ses comptes bancaires placés à l'étranger. Toute ressemblance avec l’affaire Cahuzac est bien sûr fortuite. Enfin, l’œil du réalisateur s’arrête sur une adolescente particulièrement inquiète avant sa première expérience sexuelle. Manque de bol, elle tombe sur une gynécologue dépressive en la personne de Blanche Gardin. Apparemment, rien ne relie ces trois histoires entre elles et pourtant, ces destins vont s’entremêler à la nuit tombée... Le réalisateur Jean-Christophe Meurisse parvient grâce à chacune d’entre-elles à dresser un tableau aussi apocalyptique que drôle d’un pays névrosé ne sachant plus sur quel pied danser. Bien sûr, un tel délire n’est pas passé inaperçu, le film a été choisi en sélection officielle du festival de Cannes 2021 mais hors compétition. Ce qui n’a pas empêché Meurisse d’expliquer le plus sérieusement du monde en interview pourquoi il avait « bloqué sur ce que ça peut faire des testicules dans un micro-ondes »… Car c’est un fait-divers bien réel dans lequel cette scène s’est déroulée qui lui a donné l’idée du film ! Avec cet humour violent à froid, le travail du fondateur de la troupe de théâtre Les Chiens de Navarre évoque les films pionniers du genre BERNIE (1996) d’Albert Dupontel, C’EST ARRIVE PRES DE CHEZ VOUS (1992) ou même BUFFET FROID de Bertrand Blier et le film argentin LES NOUVEAUX SAUVAGES (2014). Lors qu'on ne sait plus s'il faut se retenir de rire, de pleurer ou d'hurler.

Quand les acteurs se lâchent

Les acteurs sélectionnés s’en donnent à cœur joie, notamment Blanche Gardin qui semble préparer là son impeccable série LA MEILLEURE VERSION DE MOI-MEME (2021) (sur laquelle Meurisse va d’ailleurs travailler), Christophe Paou aussi insupportable en politique qu’il était séduisant dans L’INCONNU DU LAC (2013) d’Alain Guiraudie, et Denis Podalydès, hilarant avocat du ministre en perdition. On les sent heureux de sortir des sentiers-battus, des histoires d'amour en appartement, ou des dialogues corsetés de bon nombre de films français. Il est vrai qu’on peut prendre un grand plaisir à faire des dérapages au bord d’un précipice.

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