SUPREMES, le film sur NTM qui (re)met la fièvre

Posté par Marc Larcher le 14 juin 2022
En racontant de manière authentique les débuts du groupe Suprême NTM, le long-métrage d’Audrey Estrougo parvient à restituer l’énergie folle des débuts du hip hop en France
Mission impossible réussie

C’était une tâche qu’une génération de fans a toujours cru impossible et pourtant ils l’ont fait. Rendre à l’écran l’énergie dingue du groupe Suprême NTM ? Fait. Trouver des acteurs crédibles pour incarner la puissance de JoeyStarr et de Kool Shen ? Fait. Restituer de manière crédible les débuts méconnus du hip hop en France? Fait. En un mot, la réalisatrice Audrey Estrougo a réussi un tour de force.

Le meilleur biopic de l’histoire du rap ?

Ca commence dans un tunnel du métro parisien où une bande de copains se faufile la nuit avec des bombes de peinture à la main. Ils ne font pas encore de rap, ils taggent et graphent des wagons en échappant à la police et aux agents de la RATP. Dès les premières minutes, l’énergie du hip hop, ce mélange de provocation, de violence et d’interdit, est palpable. Plus tard, on assiste dans un appartement à une séance, disons perfectible, d’enregistrement d'un titre par les rappeurs d’Assassin. Hilare, JoeyStarr se moque d’eux : « Arrêtez ! Le rap, c’est en anglais, c’est un truc d’Américains ! Laissez tomber, vous êtes ridicules ! ». Vexés, ils lui proposent du tac au tac de faire mieux. Piqué au vif, JoeyStarr qui jusqu’à présent se contente de danser et tagger, décide de relever le défi. Et pour ça, il fait appel à son camarade de cité à Saint Denis, Kool Shen. Seulement, ils n’ont pas de texte et ils commencent donc à en rédiger ensemble la veille du concert… Bien sûr, leur apparition sur scène va déclencher une déflagration dont la France ne s’est toujours pas remise. Plus crédible que STRAIGHT OUTTA COMPTON (2015), le film de F. Gary Gray sur les débuts du groupe NWA, et aussi prenant que 8 MILE (2022), le biopic d’Eminem réalisé par Curtis Hanson, SUPREMES réussit à allier vérité historique et discours politique. Surtout, il évite de composer une saga en se concentrant sur la période courant de 1989 à 1992, soit de la naissance de Suprême NTM jusqu’à la sortie de leur premier album, AUTHENTIK, et leurs premiers pas médiatiques. Il faut également saluer la performance des jeunes acteurs méconnus, Sandor Funtek et Théo Christine, totalement crédibles dans l’exercice particulièrement difficile consistant à incarner des stars que le grand public connaît depuis des décennies. On retient également la façon de rendre de manière authentique l’ambiance folle des premiers concerts dans les MJC et les terrains vagues. L’exercice a sans doute été d’autant plus difficile qu’une série sur le même sujet était au même moment en développement pour Arte. Soumis à une concurrence frontale, le film s’en sort haut la main, peut-être parce que le rap a toujours été une compétition, une succession de clashes.

La matrice des futurs hits

Fort heureusement, comme d’autres films musicaux récents tels que BOHEMIAN RHAPSODY (2018) ou même ALINE (2020), SUPREMES n’a pas oublié l’essentiel : le son NTM et l’importance de son créateur DJ S (interprété par Vini Vivarelli), ailleurs souvent écrasé par l’énorme personnalité des deux interprètes. Ainsi, regarder le film devient également un moyen de se replonger dans les débuts de carrière du groupe, avant les tubes, avant le premier Zénith parisien, quand les chansons se fabriquent sur un bout de papier en enchaînant les vannes et les punchlines. Le spectateur voit ainsi des hymnes se fabriquer sous ses yeux. On pense à AUTHENTIK, L’ARGENT POURRIT LES GENS et surtout le prophétique LE MONDE DE DEMAIN. Car ce film en est une nouvelle preuve, il leur appartient bel et bien.

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