THE LIGHTHOUSE, le trip halluciné de Robert Pattinson

Posté par Marc Larcher le 13 décembre 2021
Prisonnier d’un phare en pleine tempête, l’acteur, martyrisé par Willem Dafoe, livre dans ce film hors norme une performance exceptionnelle
Changement de cap après les blockbusters

En l’espace de quelques secondes, on est transporté dans un univers parallèle du cinéma. Une musique étrange, un cadre carré qui évoque celui d’Instagram mais à l’intérieur, une image qui n’est pas faite pour séduire, bien au contraire, elle est sombre, grise, difficilement lisible, à peine distingue-t-on la mer et au loin, une île surmontée d’un phare. Pour son deuxième film, le réalisateur Robert Eggers ne s’embarrasse pas du protocole, il fait ce qu’il veut comme il l’entend. Et cette fois-ci, il a décidé d’embarquer avec lui une des stars mondiales du cinéma, Robert Pattinson. Rien de moins que le prochain visage de Batman, le héros de TENET de Christopher Nolan, un habitué des tournages de blockbusters (il a commencé sa carrière dans les sagas HARRY POTTER et TWILIGHT), l’ex-mannequin ambassadeur de Dior et la coqueluche des jeunes filles du monde entier. Mieux, pour THE LIGHTHOUSE, le cinéaste lui a trouvé un compagnon de choix, Willem Dafoe, une vraie gueule, aussi marquée que la sienne est belle, et au passage, le prince des films d’auteur.  

Un duel mémorable avec Willem Dafoe

Nous sommes à la fin du XIXe siècle, au large de la Nouvelle-Angleterre, Dafoe incarne un vieux loup de mer et Pattinson, son nouvel assistant. Ils relèvent l’équipe de garde précédente. Leur boulot ? Surveiller le bon fonctionnement du phare de la petite île où ils ont débarqué. Sur le papier, c’est très simple. Sauf que les deux hommes, désormais seuls au monde, sont forcés de cohabiter dans un lieu particulièrement inhospitalier. Très vite, le vieil homme impose son autorité au plus jeune. Pire, il semble lui cacher un secret. Si les deux personnages sont étranges, le jeune marin est, lui, victime d’hallucinations. C’est donc un huis clos fantastique, filmé dans un sublime noir et blanc, auquel le spectateur fait face.

Il pleut, il vente, le huis clos dérape

On se trouve ainsi nous aussi prisonnier de la situation, enfermé avec les deux dingues – mais le sont-ils vraiment ? – alors qu’une tempête vient frapper l’île. Et si Willem Dafoe nous habitué notamment chez Abel Ferrara à des rôles aussi extrêmes, Robert Pattinson s’engage lui sur un terrain nouveau et miné. Et s’en sort haut la main, aussi à l’aise que lors de son passage chez Claire Denis, HIGH LIFE (2018) et chez David Cronenberg COSMOPOLIS (2012). On ne l’a jamais vu ainsi, aussi fébrile, tremblant, halluciné, dans un duel autant physique que psychologique, avec un monstre sacré du cinéma auquel il tient tête. A l’instar des plus grands acteurs, il a, semble-t-il, trouvé une juste voie entre le cinéma grand public et les films plus exigeants comme celui-ci. Ce long-métrage est donc un conte, une légende comme celles que se racontent les marins les soirs de biture, un trip autant pour les acteurs qui vont au bout d’eux-mêmes que pour les spectateurs, embarqués un peu comme chez Gaspar Noé, dans une épreuve aussi graphique que sensorielle. Pas étonnant donc que le film a décroché le prix du jury au Festival de Deauville 2019.

------------------------------------------------------------------------------------------------------

Toutes les vidéos cinéma, films et émissions sont disponibles sur myCANAL

Suivez Cinéma Canal+ sur :

Facebook

Twitter

Instagram