THE POWER OF THE DOG, le retour triomphal de Jane Campion

Posté par Alexis Lebrun le 3 décembre 2021
Douze ans après son dernier long-métrage, la première réalisatrice lauréate de la Palme d’or à Cannes s’essaye pour la première fois au genre du western. Et de quelle manière ! Récompensé par le Lion d’argent de la meilleure réalisation à la Mostra de Venise et marqué par la performance oscarisable de Benedict Cumberbatch, THE POWER OF THE DOG est une charge puissante contre la masculinité toxique, et l’un des grands films de cette fin d’année.
Entretien avec un cowboy

En 1925, dans l’Etat du Montana, l’ambiance n’est pas vraiment à la déconstruction des codes masculins de la virilité. Phil Burbank (Benedict Cumberbatch) est un grand propriétaire terrien qui vient d’hériter d’un immense ranch où il fait régner une sorte de terreur latente, quand il n’est pas occupé à castrer à vif des veaux ou à idolâtrer un certain Bronco Henry, une figure tutélaire de sa jeunesse qui représente encore le cowboy parfait à ses yeux. La victime favorite de Phil est son frère George (Jesse Plemons), un gentil garçon aussi sensible et attentionné que son frangin peut se montrer d’un détestable sadisme. La malheureuse Rose Gordon (Kirsten Dunst) va en faire les frais en épousant George, car ce dernier ne supporte pas la présence dans sa demeure d’une veuve remariée et déjà mère d’un jeune homme (Peter) beaucoup trop efféminé à son goût.

Intello renfermé et zozoteur, le fiston Gordon subit donc comme sa maman les brimades et les humiliations quotidiennes de Phil, mais quelque chose ne tourne pas rond dans la façon outrancière dont notre caïd du Far West déploie une masculinité toxique au dernier degré, même dans le contexte de l’époque. Sa cruauté semble cacher une autre facette de sa personnalité, et quelques lourds secrets enfouis très profondément. On n’en dira pas plus pour préserver le suspense et la tension vénéneuse du western de Jane Campion, où la règle d’or est de ne surtout pas se fier aux apparences, et ce jusqu’à la toute dernière scène du film. Adapté du roman éponyme de Thomas Savage publié en 1967, THE POWER OF THE DOG fait exploser avec une mèche lente les codes antédiluviens du western, et signe le retour en grande pompe d’une réalisatrice qui a cruellement manqué au cinéma pendant la décennie 2010.

Des influences inconscientes ?

Près de trente ans après la Palme d’or attribuée à LA LEÇON DE PIANO (1993) et douze ans après le magnifique BRIGHT STAR (2009), Jane Campion prouve qu’elle en a encore sous le pied, et renoue avec son regard critique sur les ravages de la masculinité toxique, un point de vue déjà à l’œuvre sur le très incompris HOLY SMOKE, sorti par la réalisatrice néo-zélandaise en 1999. Avec THE POWER OF THE DOG, elle dispose à nouveau d’un casting qui claque et se surpasse : complètement habité, Benedict Cumberbatch a peut-être trouvé le rôle de sa vie, et il mériterait bien une deuxième nomination aux Oscars après IMITATION GAME (Morten Tyldum, 2014). Et quel bonheur de retrouver ensemble à l’écran le couple Kirsten Dunst-Jesse Plemons, dont on se souvient qu’ils se sont rencontrés sur le tournage de la deuxième saison d’une immense série, FARGO (Noah Hawley, 2014).

Doté d’un budget confortable grâce à la présence de Netflix, le film de Jane Campion est aussi très inspiré visuellement dans sa représentation de l’Ouest américain, et il faut louer à cet égard le choix de la jeune chef opératrice Ari Wegner, remarquée en 2017 pour son travail sur un autre film en costume loin d’être déplaisant, THE YOUNG LADY (William Oldroyd). Jane Campion bénéficie également de la présence fort appréciable du musicien de Radiohead Jonny Greenwood, qui a composé une bande-originale minimaliste assez hypnotisante. Sa présence crée forcément une passerelle avec un autre grand western récent, le chef-d’œuvre THERE WILL BE BLOOD (Paul Thomas Anderson, 2007), où Greenwood officiait déjà, et où Daniel Day-Lewis était au sommet de son art. Même si Jane Campion ne revendique aucune influence pour son film, on ne peut aussi s’empêcher de penser à un western incontournable dans la représentation de l’homosexualité, le pionnier LE SECRET DE BROKEBACK MOUNTAIN (Ang Lee, 2005). En 2021, le western n’est plus un genre seulement dopé à la testostérone, et c’est une bonne nouvelle pour sa vitalité.

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