JURASSIC CASH, quand les dinosaures valent de l’or

Posté par Marc Larcher le 6 juin 2022
En 1h15, ce fascinant documentaire démontre comment la paléontologie est devenue une véritable chasse aux trésors. Multiplication des fouilles, marché noir, collectionneurs millionnaires, ventes aux enchères… peu à peu les fossiles échappent aux musées et au grand public.
Un nouvel eldorado financier

On ne l’avait pas vu venir. L’archéologie, cette science ancienne consistant à chercher et trouver des vestiges du passé est contaminée depuis peu par une frénésie spéculative. Et le produit d’appel, celui qui rend fou les collectionneurs n’est autre que... les dinosaures. Signe que cette course aux fossiles les plus rares n’est pas exempte de multiples zones d’ombre, le premier intervenant du doc, sur la défensive, commence par rappeler en préambule : « Tout ceci est légal... ».

Aux quatre coins du monde, une même frénésie

Le documentaire de Xavier Lefebvre et Gilles Deiss commence par interroger un expert en paléontologie commerciale italien dont le rôle est capital dans ce nouveau busines puisque c’est lui qui importe et fixe en partie la valeur des squelettes, silex et vestiges trouvés. Ses propos sur « le marché du dinosaure » sont d’autant plus surprenants que les modèles visibles à l’écran sont présentés dans des galeries d’art aux côtés de peintures et de sculptures. Il évoque comme source de l’acte d’achat la réaction primitive de l’individu – la fascination et la peur – face à ces rois déchus du monde qui ont régné pendant 150 millions d’années mais aussi la beauté des squelettes. Le film part à Manille, aux Philippines, à la rencontre d'un des plus grands collectionneurs qui accumule les pièces rares dans sa maison aux côtés de bornes d’arcade et de jouets ! Un commissaire-priseur français évoque l’arrivée d’un nouveau public d’acheteurs tandis que le propriétaire d’un château en Dordogne montre son acquisition – un allosaure baptisé Kan - mis en scène dans un sublime jardin ouvert au public. Le doc emmène également le spectateur dans l’ouest des Etats-Unis où ont lieu le plus de fouilles. Notamment celles d’un universitaire paléontologue dans un paysage halluciné du Montana, lui-même convient que « les dinosaures sont victimes de leur succès », en partie à cause de la franchise de films JURASSIC PARK et de la vente d’un squelette de T-Rex baptisé Stan en 2020 à plus de 31 millions de dollars… Le tout au cours d’une vente d’art contemporain ! On entre ainsi dans un monde de chercheurs, de fouineurs, de trafiquants alimentant un marché noir dont certains passent plusieurs années sur un seul animal tandis que d’autres ne prennent aucun soin de leurs précieuses trouvailles afin de les vendre au plus vite. Fossiles qui au lieu d’aller rejoindre des musées (incapables de se payer de tels spécimens) pour éclairer le grand public vont souvent finir dans des collections privées invisibles. Ce qui fait dire à un paléontologue écoeuré : « Je voudrais que ce foutu système s’effondre ! »

La marchandisation d’un bien commun

Grâce à une réalisation de grande qualité, le spectateur apprend à connaître les passionnés italiens qui reconstituent pièce par pièce Big John, un tricératops géant de 66 millions d’années acheté seulement 200 000 dollars aux Etats-Unis et découvrent tout le parcours – en passant par la fabrication du buzz médiatique - pour arriver à une impressionnante vente finale à Drouot, la plus prestigieuse des salles de ventes parisiennes. Ainsi, le doc est également un récit sur l’évolution de la société, sur comment un bien commun échappe à la connaissance scientifique et devient une valeur financière et in fine sur comment les restes d’une nature défunte devient une marchandise.

Jurassic Cash, un documentaire disponible avec CANAL+