L’Affaire Salah Abdeslam, le doc indispensable sur les attentats du 13 novembre

Posté par Marc Larcher le 8 juin 2022
Expliquer pour mieux comprendre

C’est une porte qu’on n’a pas forcément envie d’ouvrir parce qu’on sait que derrière il y a l’horreur, les 138 morts et 350 blessés des attentats de 2015 à Paris et ceux de Bruxelles (35 morts, 340 blessés). Et pourtant, il est d’autant plus indispensable de le faire parce que ce documentaire s’éloigne d’un récit tire-larmes pour démonter le plus pédagogiquement possible pièce par pièce la mécanique de ce crime de masse. Surtout, il tente de comprendre comment le petit délinquant de 26 ans Salah Abdeslam a pu se trouver au centre du plus grand massacre depuis la Seconde guerre mondiale.

 

Itinéraire d’un futur terroriste

En quatre épisodes, la série documentaire raconte point par point et chronologiquement l’engrenage qui a fait du jeune homme un terroriste et comment celui-ci, une fois entré dans la nébuleuse, y a joué un rôle crucial. Intitulé « Le baiser d’adieu », le premier épisode raconte son enfance dans le quartier de Molenbeek à Bruxelles, le frère qui travaille à la mairie, comment le fils de l’épicier est peu à peu devenu délinquant malgré le voisin prof qui lui donnait des cours afin de l’insérer professionnellement. Le film s’attarde notamment sur le rôle joué par son grand copain d’enfance, Abdelhamid Abaaoud, avec qui il tente ses premiers cambriolages ratés et notamment un vol de voitures, ce qui lui fera perdre son premier emploi. Dans une mise en scène à la fois sobre et techniquement sophistiquée le doc reconstitue les auditions de l’intéressé auprès des autorités belges. Il fait également parler ses proches, les professionnels qui l’ont rencontré, des policiers, un loueur de voiture, l’avocat belge de Salah Abdeslam, mais aussi des victimes des attentats. Le deuxième épisode « Édition spéciale » explique dans le détail ce qu’Abdeslam a fait dans la préparation et la commission des attentats parisiens. Bien documentés, les auteurs ont même retrouvé une lettre de sa fiancée envoyée à la prison lors d’un premier séjour. Le troisième épisode « La porte 11 » s’attarde sur les attentats à l’aéroport de Bruxelles et dans le métro qu’on a souvent oubliés côté français bien que tout aussi effroyables. Il revient également sur le rôle qu’aurait pu jouer la façon dont la justice française a communiqué après ceux du 13 novembre. Communication après l’arrestation d’Abdeslam après quatre mois de cavale qui aurait pu précipiter la commission des crimes côté belge. Enfin, dans « Lettre à ma mère », quatrième épisode, le téléspectateur découvre comment après son arrestation Salah s’est un peu plus radicalisé, le travail controversé de son avocat, les attentats bruxellois et leurs terribles conséquences. Mais le film s’attarde aussi sur une lettre de justification de ses actes envoyée par le terroriste à sa mère et laisse la parole en guise de conclusion à ses proches alors que le procès des attentats parisiens se déroule en ce moment-même.

 

L’origine belge des attentats

Le format de la série documentaire convient bien à une affaire aussi complexe et terrible. Il permet aux auteurs de prendre leur temps, d’échafauder des hypothèses pour mieux comprendre, de faire parler de multiples témoins et d’examiner les erreurs ayant aggravé une situation déjà dangereuse. Surtout, le film éclaire un aspect que les médias français ont longtemps mis de côté, la face belge des attentats, la matrice dont sont sortis les terroristes à Bruxelles et comment les attentats de Bruxelles n’ont pas pu être empêchés après ceux de Paris.

L'affaire Salah Abdeslam, une série documentaire disponible avec CANAL+