La Reine et les Présidents : de Macron à De Gaulle, qui est le chouchou d’Elizabeth II ?

Posté par Alexis Lebrun le 5 juin 2022
Au moment où le Royaume-Uni célèbre la longévité exceptionnelle de la reine avec le jubilé de platine de ses 70 ans de règne, ce documentaire riche en anecdotes croustillantes de Thibaut Sève se propose de retracer l’histoire des relations entre Elizabeth II et les dix présidents français croisés depuis son arrivée sur le trône en 1952.
Des premières visites spectaculaires

Le documentaire le rappelle, Elizabeth II n’a pas attendu d’être reine pour se rendre en France. Dès 1948 et alors âgée de seulement 22 ans, elle rend ainsi visite à Vincent Auriol, président de la IVème République. On la sous-estime alors en raison de son âge (et un peu de son genre aussi), car personne n’imagine qu’elle s’apprête à donner un discours de grande qualité, et dans un français parfait qui plus est. Elle conquiert déjà la présidence et le reste du pays, une admiration qui se verra lors de sa première visite officielle en tant que reine en 1957.

Le chef d’Etat est cette fois René Coty, et on peut dire qu’il met les petits plats dans les grands : des meubles sont amenés du Louvre pour décorer la chambre du couple royal, un dîner d’exception est servi dans la galerie des Glaces à Versailles, et une croisière somptueuse est organisée sur la Seine pour raconter l’histoire de France devant les grands monuments parisiens à l’aide de centaines de figurants et d’un dispositif scénique grandiose. Le message est clair : rien n’est trop beau pour la reine.

Un âge d’or diplomatique

Le retour du général de Gaulle au pouvoir en 1958 ouvre une nouvelle page des relations entre Elizabeth II et la présidence française, et il s’agit peut-être de la meilleure. De Gaulle est en effet très respecté par le peuple britannique depuis son exil à Londres, d’où il a lancé l’appel du 18 juin 1940 pour inciter à poursuivre le combat contre les nazis. Autrement dit, il a la stature d’Etat pour s’asseoir au sens propre comme au figuré à la table de la reine. Pas étonnant donc si sa visite officielle à Londres en 1960 est un véritable triomphe populaire. Et même si la détérioration des relations franco-britanniques – en raison notamment du discours de Québec – empêcheront toute nouvelle rencontre, les spécialistes du sujet interrogés dans le documentaire semblent défendre l’idée que De Gaulle fut le président français le plus proche de la reine.

Les relations entre les deux pays se réchaufferont à l’initiative de Pompidou, qui accueille Elizabeth II (au Grand Trianon à Versailles, tout simplement) en 1972 pour préparer l’entrée du Royaume-Uni dans l’ancêtre de l’Union européenne. Et même si la reine goûte très peu l’air snobinard et la fascination de Giscard d'Estaing pour l’aristocratie, cela ne l’empêche pas d’offrir un bébé labrador (le fameux Samba) au président français, ce qui lancera la mode des chiens à l’Elysée. Finalement, le seul à pouvoir rivaliser avec De Gaulle aux yeux de la reine sera peut-être François Mitterrand, qui pendant la durée record de ses deux mandats (quatorze ans) nouera des liens privilégiés avec Elizabeth II.

L’ère des ratés

Mais si « tonton » se sentait parfaitement à l’aise – pour ne pas dire à sa place – au milieu de la royauté, on ne peut pas en dire autant de son successeur. Bon vivant hâbleur et chaleureux, Jacques Chirac était manifestement un peu allergique au très lourd protocole royal, au point de choquer la reine lorsqu’il envoie des baisers à la foule britannique depuis le carrosse, une familiarité jamais vue. Et la crise ouverte par le refus de la France de participer à l’invasion de l’Irak en 2003 obligera les deux à de sacrées contorsions pour maintenir des relations diplomatiques cordiales. Les choses ne vont pas s’améliorer sous le mandat de Nicolas Sarkozy : le documentaire montre à quel point la reine est restée froide à un de ses discours, avant de rappeler comment le couple présidentiel français a choqué l’assistance lors de sa visite, en allant se coucher avant la reine.

Mais ce n’est rien en comparaison de « l’oubli » de 2009, où Elizabeth II n’a pas été invitée au 65ème anniversaire des commémorations du Débarquement… Heureusement que malgré son désintérêt notoire pour la monarchie, François Hollande a profité de la visite de la reine en 2014 pour faire renommer à son nom le marché aux fleurs de Paris – un privilège unique pour un individu vivant –, ce qui ne l’a pas empêché non plus de commettre – comme quasiment tous ses prédécesseurs – plusieurs gaffes vis-à-vis du protocole royal. Mais après avoir côtoyé dix présidents français, la reine est désormais habituée…

La Reine et les Présidents, un documentaire disponible sur CANAL+.