Le clown et le candyman, voyage au bout de l’horreur

Posté par Marc Larcher le 20 septembre 2021
Un doc pour public vraiment averti

C’est une série documentaire qui fait froid dans le dos et qui n’est pas à mettre entre toutes les mains. D’une part, car comme le dit un enquêteur qui a travaillé sur une des deux terrifiantes affaires évoquées: « cette histoire n’est que terreur, folie et chagrin » - en l’occurrence les viols et les meurtres de dizaines de jeunes hommes dans les années 70 aux Etats-Unis - et d’autre part parce qu’elle raconte des situations tellement extrêmes et complexes qu’il est aisé d’en tirer des conclusions hâtives et trompeuses. En un mot de la chair à canon.

Un violeur qui recrute deux complices parmi ses victimes

Le première épisode de la série commence par s’intéresser au « Candyman », Dean Corll, un homme qui a profité du fait que sa mère tenait à Houston une fabrique de bonbons pour attirer d’autres adolescents. Après avoir recruté et violé deux complices, il les a persuadés de rabattre – à 200 $ la tête - d’autres adolescents du quartier de Houston Heights à qui ils ont fait subir les mêmes atrocités. Juste après, ils les assassinaient pour les empêcher de parler. Cela a duré plusieurs années jusqu’à ce qu’un des deux complices se rebelle et tue « Candyman ». Le Texas et le reste de l’Amérique ont alors découvert stupéfaits que 27 adolescents dont les restes avaient été enterrés dans trois lieux différents – près d’un lac, dans un hangar à bateaux et sur une plage, avaient été assassinés ainsi. Ni la police ni le voisinage n’avaient vu ou voulu voir la tragédie, chacun mettant les multiples disparitions sur le compte de fugues, très fréquentes dans les années 70. Le récit en quatre épisodes est d’autant plus glaçant que les victimes étaient le plus souvent des enfants issus de familles fragiles, des laissés pour compte en recherche d’affection aisément manipulés. Malgré les nombreuses zones d’ombre, le documentaire tente de reconstituer au mieux l’enquête. « Cette affaire, j’y ai pensé toutes les nuits pendant longtemps » confie à la caméra un ancien inspecteur de police.

L’ombre d’un réseau pédophile

La seconde affaire, celle du « Clown » est peut-être encore plus abjecte. Il s’agit d’une enquête sur le parcours de John Gacy, un serial killer qui avait l’habitude de se déguiser en clown pour rendre visite aux enfants dans les hôpitaux de Chicago. Ce bon samaritain rendait également service aux enfants déshérités qui pouvaient se réfugier ou travailler dans son entreprise de travaux publics. Violé dans son enfance, brutalisé par son père alcoolique, il a fini par reproduire ce qu’il a subi sur des dizaines de jeunes hommes. Arrêté en 1978 en raison de ses liens avec un grand nombre de personnes disparues, il a indiqué avoir tué une trentaine de garçons. Ce n’est que des années plus tard que John Gacy va assurer que les 27 cadavres trouvés dans son sous-sol ont été déposés par d’autres meurtriers à la tête d’un réseau pédophile. C’est là où les deux histoires, celle du Candyman et du Clown se rejoignent. John Gacy a été en relation avec John Norman, un personnage qui se trouvait à la tête d’un réseau appelé « Projet Delta » fournissant des enfants et des adolescents à des clients dans tout le pays. Réseau auquel aurait pu participer Candyman et ses complices depuis Houston. Heureusement, face à tant d’horreurs, s’élèvent également dans le doc de nombreuses voix positives, celles des enquêteurs qui ont consacré leur vie à l’arrestation des salauds, à la recherche de nouvelles victimes ou à l’identification des corps anonymes. Et même celle, particulièrement touchante, d’un rescapé du réseau qui consacre sa vie à témoigner qu’on peut revivre après avoir traversé l’horreur.

Le clown et le Candyman, un doc disponible sur CANAL+