Les leçons de vie d’Alex Ferguson, le meilleur coach du monde

Posté par Marc Larcher le 7 décembre 2021
En filmant avec amour son père dans « Le rêve impossible », le documentariste Jason Ferguson décrypte comment est née la légende du meilleur entraîneur britannique
Le récit d’un survivant

C’est le témoignage d’une légende revenue d’entre les morts. C’est aussi un testament et un hommage entre un père et un fils. C’est dire si le documentaire sur Alex Ferguson, l’entraîneur historique du club de foot Manchester United est chargé d’émotion. Devant la caméra de son fils Jason, Sir Alex Ferguson parle sans fard pendant une heure et demie de sa vie intime et de son illustre carrière. Pourquoi ? Sans doute parce qu'il a frôlé la mort à la suite d'une hémorragie cérébrale le 5 mai 2018. Désormais, il peut de son propre aveu parler librement et pour le futur.

Les leçons d’une enfance dans le monde ouvrier

Pour comprendre la personnalité du bonhomme, il faut se référer au titre anglais de ce film-événement : « Never Give In », autrement dit : « N’abandonne jamais ». C’est que son aura va bien au-delà du seul football, c’est un genre d’hommes qu’on découvre. Droit dans ses bottes, travailleur, courageux, un véritable meneur d’hommes qui a su au cours de sa carrière porter au sommet des dizaines de stars mais surtout trois noms hors du commun Eric « King » Cantona, le buteur Cristiano Ronaldo et l’icône David Beckham.

Avec son accent écossais, il raconte tout d’abord une enfance passée dans le port de Govan à l’ombre d’un père travaillant quarante ans durant sur un chantier naval dans le vent et le froid. Plus tard, devenu entraîneur, il se servira de ce monde de soudeurs, d’outilleurs, d’ouvriers, pour faire comprendre aux joueurs privilégiés qu’ils viennent eux-aussi via leurs parents ou leurs grands-parents d’un univers lié à l’effort et au sacrifice. Et qu’ils doivent par conséquent, eux-aussi, malgré la voiture de sport qui les attend sur le parking du club, bosser.

C’est dans les luttes sociales de l’époque que le jeune homme a découvert la puissance du collectif. A ce titre, les images d’archives sur l’Ecosse des années 50 sont particulièrement émouvantes. Plus tard, devenu footballeur, le jeune Alex comprend que ses exploits indiffèrent son père, ce qui va encore durcir son caractère. Au cours du film, Ferguson joue cartes sur table, il parle de son histoire d’amour avec sa femme Cathy rencontrée en 1966 comme de ses défaites cuisantes avec son club originel des Glasgow Rangers. Surtout, il revient sur le fait que son mariage avec une catholique a nui à sa carrière de joueur à la fin des années 60. « Il a été victime d’une chasse aux sorcières » explique même un témoin de l’époque. C’est donc tout un pan de l’histoire de la société britannique qu’on découvre avec lui.

De l’art de savoir manier Eric Cantona

En un mot, le meilleur coach de l’histoire du football anglais fait comprendre par petites touches que c’est dans l’adversité que se construisent les futurs succès. Que s’il a mis la pression sur des générations de joueurs, c’est pour les rendre meilleurs. Ce que confirment les stars venues témoigner dont Eric Cantona : « Psychologiquement, on était sur la même longueur d’ondes. J’aurais tout fait pour lui. C’était plus qu’un coach, il était capable de gérer toutes sortes de personnalités ». Au point de lui réserver un habile traitement de faveur quand le Français ne vient pas un gala avec la tenue correcte exigée. A ses coéquipiers outrés, Ferguson explique simplement : « Oui mais ça, c’est le style ! ». Imparable. Ainsi, les deux tempéraments fougueux du foot anglais n’explosent pas et construisent une collaboration fructueuse. Pour décrire ce métier entre coach, psy et manager, Alex Ferguson emploie au détour d’une phrase une très belle formule, il parle d’« ouvrir les yeux des joueurs ». Tout est dit.

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