Quand Johnny triomphait sur les scènes US

Posté par Marc Larcher le 7 décembre 2021
En 2014, le chanteur entame une tournée des petites salles américaines. Le documentaire de Pascal Duchène retrace cette émouvante épopée
Quand Johnny remet les compteurs à zéro

C’est un document, un vrai. Alors que Johnny Hallyday a généré des centaines de reportages, de photos, de vidéos au cours de sa carrière, personne n’avait jamais approché d’aussi près « Born Rocker Tour », sa tournée américaine du printemps 2014. Habitué des stades et des salles rassemblant des milliers ou des dizaines de milliers de spectateurs, le chanteur décide à 71 ans de repartir quasiment à zéro en se lançant dans une tournée de petites salles dans le pays qui le fascine depuis son enfance. Et c’est peut-être là sur les scènes des House of Blues de la Nouvelle Orléans, du Fillmore Theater de San Francisco ou du Beacon Theater de New York qu’il va retrouver l’énergie originelle du rock qui va le porter jusqu’à la fin de sa carrière. C’est ce petit miracle-là, filmé au plus près, que Pascal Duchène va réussir à saisir dans son documentaire de près d’une heure et demie.

Une bande de copains qui prend son pied

Le film commence backstage à Los Angeles, dans l’obscurité, avec Johnny expliquant un verre à la main à ses musiciens qu’il est le seul rockeur à avoir rempli le mythique Ryman Auditorium de Nashville, temple de la country music. Le seul rockeur avec un certain Elvis ! Voilà, le chanteur est chez lui et il le montre dans ce doc qui sent la sueur des répétitions, des journées passées dans le tour bus et les avions. Outre de nombreux extraits des concerts, on y découvre le regard rétrospectif de ce qui ont accompagné l’artiste pendant ce tour de force. Philippe Manœuvre, le red chef du magazine Rock & Folk, halluciné de voir un artiste français oser faire un pari pareil, Seb Farran, le manager qui doit monter une tournée dans un pays qui n’attend pas Johnny ou encore Robin Le Mesurier, le guitariste anglais de Rod Stewart devenu le bras droit du chanteur sur scène aux côtés de Yarol Poupaud. Pour ses 14 dates, le rockeur s’est entouré d’un groupe de vieux briscards des tournées et de requins de studios anglo-saxons afin de proposer un spectacle compact, tendu, « in your face », mêlant ses succès et des classiques américains. Et à l’évidence, le résultat est là. Les publics américain et français répondent présents et au fil des dates, une famille naît sous les yeux des spectateurs.

Même les pros s’inclinent devant le personnage

Pour autant, le film ne se contente pas de ce récit, il y ajoute des images d’archives sur la relation intime qu’entretient Jean-Philippe Smet avec l’Amérique. On découvre notamment l’influence de son cousin américain Lee Hallyday et de belles images de Johnny traversant le pays dans les années 70 et 80 commentées par l’écrivain Philippe Labro. Mais aussi les témoignages des pro du show-business US comme Bob Clearmountain, producteur des Rolling Stones et de Bruce Springsteen, eux aussi éblouis par le personnage : « Je suis habitué à des artistes qui sautent et courent partout sur scène. Mais Johnny, non, il bouge peu, il a son propre truc, il y a quelque chose dans son attitude, il dégage une telle puissance ». Ou encore Don Was, l’homme qui a produit des albums d’Iggy Pop, de Bob Dylan, de David Crosby et des Rolling Stones, qui ose carrément : « Même s’il vient d’ailleurs, il incarne le rock & roll probablement plus que quiconque dans ce pays. Il ne jouait pas du tout un personnage ». On peut difficilement lui rendre un plus bel hommage si ce n’est celui d’un certain Bono, qu’on laissera le spectateur découvrir, sans doute la larme à l’œil.

MON NOM EST JOHNNY, un documentaire disponible dès le 5 décembre sur CANAL+.