The Face of Anonymous, portrait rare d’un hacktiviste à visage découvert

En s’intéressant au parcours singulier de Christopher Doyon, plus connu sous le nom de Commander X dans la mouvance d’Anonymous, le réalisateur Gary Lang signe un documentaire qui nous replonge dans l’effervescence de l’âge d’or d’un mouvement contestataire emblématique de la fin des années 2000.
Un militant historique de l’activisme politique

Christopher Doyon n’a pas découvert la contestation du système en place avec Anonymous. Cet homme né en 1964 dans une famille compliquée de l’Etat rural du Maine a commencé à lutter au milieu des années 1980 contre l’apartheid en vigueur en Afrique du Sud avec le People’s Liberation Front, puis en faveur de l’écologie (Earth Liberation Front) et des animaux (Animal Libération Front).

Mais Christopher ne faisait pas que manifester : c’était un gros dealer de LSD qui vendait notamment aux concerts du groupe stone par excellence, Grateful Dead. Cela explique peut-être pourquoi il n’a jamais abandonné son look d’éternel hippie, mal dissimulé derrière le célèbre masque d’Anonymous quelques années plus tard. Au passage, le documentaire explique pourquoi le mouvement a opté pour le masque de Guy Fawkes connu ensuite dans le monde entier, et l'anecdote risque de casser un peu le mythe.

Un hacktiviste plus qu’un hacker

Même si Doyon se passionne très jeune pour l’informatique à une époque où les ordinateurs sont encore très limités, ses journées passées à apprendre en autodidacte les rudiments du code ne feront jamais de lui un grand hacker. Mais il aura le flair de se lancer corps et âme dans un mouvement intrigant, dont la genèse sur le site 4chan au début des années 2000 est rappelée par le documentaire. Ce mouvement, c’est bien sûr Anonymous, et Doyon en deviendra rapidement l’un des rares visages médiatiques.

Il prend le pseudo très mégalo de « Commander X » (en référence à X-Men ?) et commence à se lancer dans plusieurs actions de contestation. On apprend ainsi qu’en 2010, il mène une attaque DDoS contre le site du comté de Santa Cruz en Californie pour protester contre une loi s’attaquant ouvertement aux sans-abris. Une noble cause qui le touche d’autant plus qu’il est lui-même SDF depuis l’âge de 14 ans, après avoir quitté sa maison familiale pour rejoindre les intellos de Cambridge dans le Massachusetts.

Une personnalité clivante

Les nombreux témoins interrogés dans le documentaire (dont le célèbre activiste Barrett Brown) le confirment, Christopher Doyon n’a pas que des amis dans la mouvance d’Anonymous, où se mettre en avant n’a jamais été bien vu. Problème : le Commander X ne peut pas s’en empêcher. Après avoir été arrêté en 2011 dans l’affaire de Santa Cruz, il tient une conférence de presse où il révèle son identité contre l’avis de Jay Leiderman, avocat pourtant habitué à défendre des Anonymous. Et alors que sa contribution réelle aux faits d’armes de l’organisation évoqués par le documentaire (doxing de Tom Cruise, attaque des sites de Visa/Master/PayPal, aide aux révolutions arabes) reste difficile à évaluer, Doyon commence à divaguer légèrement, affirmant qu’Anonymous est « la force la plus puissante de l’histoire de l’humanité » puis qu’il détient « toutes les données classifiées » ou encore qu’il a mis au point une machine à voyager dans le temps.

Celui qui se voit très sérieusement comme le nouveau Batman semble aussi souffrir d’une certaine paranoïa : il fuit au Canada où il continue à chercher l’attention des médias (le très prestigieux New Yorker lui consacrera un portrait en 2014), avant d’entamer un improbable périple pour rejoindre le Mexique en échappant à la surveillance des forces de l’ordre américaines, ce qu’il parviendra à faire. Malheureusement pour lui, il est extradé vers les Etats-Unis, où il ne semble quand même pas risquer sa vie comme il le pense. Malgré tous ces écueils, l’homme reste une personnalité fondamentalement attachante par sa gentillesse, sa volonté de vouloir faire le bien et de prêcher pour ses idées envers et contre tout, il n’est certes qu’un des visages d’Anonymous mais c’est déjà énorme.

The Face of Anonymous, un documentaire disponible sur PLANETE+ CI.