Un doc pour démonter les clichés sur les femmes préhistoriques

Posté par Alexis Lebrun le 31 mai 2022
Longtemps considérées comme des personnages subalternes de la Préhistoire, nos ancêtres féminines sont aujourd’hui regardées de façon nettement plus nuancée grâce aux progrès de la science. Des avancées présentées dans ce documentaire National Geographic mené par la vidéaste et diplômée en archéologie Clothilde Chamussy, qui nous permet aussi de remettre en question ces stéréotypes sur les femmes préhistoriques.
Des siècles d’idées reçues

C’est aujourd’hui bien documenté, le rôle des femmes dans l’Histoire a très souvent été minimisé. Il n’est donc pas étonnant que cette minoration commence avec les périodes historiques les plus reculées. Ainsi, si l’on en croit les clichés les plus répandus sur les femmes préhistoriques, ces dernières auraient toujours été des êtres fragiles cachées au fond des grottes pour s’occuper presque seulement des enfants, pendant que les hommes cumuleraient évidemment les casquettes : chasse, cueillette et bien sûr, peinture.

Ces idées reçues sont d’ailleurs tellement ancrées dans les esprits qu’elles n’ont pas été remises en cause jusqu’à récemment. Oui mais voilà, la science évolue, et celle-ci apporte aujourd’hui un éclairage différent sur les femmes préhistoriques.

Une multitude de découvertes

Chlotilde Chamussy (de la chaîne YouTube Passé sauvage) nous entraîne par exemple à la rencontre de l’illustre paléoanthropologue Marie-Antoinette de Lumley, qui nous explique pourquoi le squelette de celle que l’on appelle désormais la Dame du Cavillon a longtemps été attribué à « l’homme de Menton ». Parce que sa sépulture était garnie d’objets précieux, il semblait inimaginable de ne pas l’identifier comme un homme. Une erreur aujourd’hui incontestable, car il suffisait de se pencher sur les os de son bassin pour comprendre qu’il s’agissait en réalité d’une femme. L’archéologue Caroline Trémeaud enfonce le clou avec la sépulture de la Dame de Vix, enterrée avec des biens d’une valeur telle qu’elle devait forcément faire partie de l’élite. Une élite qui n’était donc pas inaccessible aux femmes. Et si par le passé, on associait automatiquement aux hommes les squelettes dits « robustes » sans les étudier, ce n’est plus le cas maintenant.

Dans le documentaire, on voit ainsi Chlotilde Chamussy mener une étude sur le squelette de sportives de haut niveau, où l’on voit que les femmes les plus sportives ont des os plus épais. Or, ceux de plusieurs squelettes féminins datant de l’époque préhistorique le sont encore plus, ce qui signifie que ces femmes pouvaient pratiquer des activités très physiques comme la chasse. Une hypothèse confirmée par l’archéologue et anthropologue américain Randall Hass, qui découvre en Amérique du Sud un squelette féminin accompagné d’armes dédiées à la chasse. Le documentaire montre même que les fameuses peintures préhistoriques ne sont pas forcément l’œuvre des hommes, en analysant la forme de certains détails qui ne pourraient avoir été réalisés qu’avec des articulations féminines.

Aux origines d'un effacement

Mais alors pourquoi les femmes préhistoriques ont-elles systématiquement été sous-estimées dans les livres spécialisés ? Si l’on en croit certaines des intervenantes, les chercheurs ont adopté plus ou moins consciemment un regard biaisé sur les activités réalisées par ces femmes en raison des normes outrageusement sexistes de l’époque dans laquelle ils évoluaient.

Et selon la préhistorienne Marylène Patou Mathis, ils ont aussi appliqué partout le modèle des derniers chasseurs-cueilleurs sans chercher à faire des distinctions en fonction des lieux et des époques. Une facilité grossière parmi d’autres, heureusement pointée du doigt et réparée aujourd’hui.

Les femmes préhistoriques, un documentaire National Geographic disponible avec CANAL+.