Veleno, la ville des enfants perdus : un doc sur l’affaire de pédophilie qui a secoué l’Italie

En l’espace de cinq épisodes, cette nouvelle mini-série documentaire revient sur les accusations contre les « Diables de la région de Basse-Modène », des parents accusés d’avoir fait participer leurs enfants à des rituels satanistes pédophiles dans le Nord de l’Italie pendant les années 1990. Une affaire sordide emblématique du phénomène de « panique satanique » qui touchait les États-Unis et une partie de l’Europe à l’époque.
Des faits difficilement imaginables

L’affaire commence à l’été 1997 dans la petite ville italienne de Mirandola, située dans la province de Modène en Italie. Un couple de parents (les Scotta) reçoit la visite de la police et a la surprise d’être accusé de faits gravissimes, puisqu’ils sont soupçonnés d’avoir prostitué leurs jeunes enfants dans une secte pédophile qui les filmait pour des rituels satanistes organisés dans des cimetières.

Les membres porteraient des tuniques blanches et des masques d’animaux pendant les « cérémonies » et assassineraient même brutalement certains enfants avant de se débarrasser des corps.

Des enfants retirés à leur famille

Comme d’autres couples accusés, les Scotta perdent immédiatement la garde de leurs enfants. Et ils ne les reverront jamais. C'est le cas des seize mineurs considérés comme victimes des faits et qui ont été placés dans des familles d’accueil. L’affaire a été déclenchée par le témoignage de l'un de ces enfants, Dario, le petit dernier d’une famille très pauvre, qui a confié à la psychologue Valeria Donati avoir été victime de certains des faits évoqués plus haut.

Et immédiatement, les accusations font tache d’huile, puisque la voisine du couple Scotta (Francesca) perd aussi la garde de sa fille. Ayant compris qu’elle ne la reverra jamais, elle se suicide. Et elle ne sera pas la seule à mourir pendant cette affaire : soupçonné d’être le meneur des rituels et de la secte, le prêtre du coin Don Giorgio Govoni décède d’une crise cardiaque en plein procès, avant d’avoir eu le temps d'être condamné à 14 ans de prison puis innocenté. Comme tous les parents mis sur la sellette, il clamait son innocence.

Un marathon judiciaire à rebondissements

Mais sur la base de quelques témoignages et rapports médico-légaux pourtant contestés, la plupart des accusés sont donc lourdement condamnés lors des premiers procès. Sauf qu’au fur et à mesure des années, plusieurs cas sont réexaminés, et donnent finalement lieu à des acquittements (qui ne changent rien à la garde des enfants). Aucun cadavre ni images pédopornographiques n’ont été retrouvés, et aucune preuve n’est venue étayer la théorie des rituels satanistes.

Comme dans d’autres affaires criminelles de la même époque, on peut donc relier cette histoire à la fameuse « panique satanique » qui s’empara d’une partie des populations croyantes dans les années 1990, et qui explique pourquoi les parents visés ont été qualifiés de « Diables de la région de Basse-Modène » par les médias italiens au moment de l’emballement médiatique de l’affaire.

Les services sociaux sur le banc des accusés ?

On parle alors aussi d’interrogatoires biaisés des enfants la part des psychologues et des procureurs. Le documentaire va même jusqu’à évoquer la fabrication de faux souvenirs suggérés aux victimes par les thérapeutes et les services sociaux.

Aujourd’hui, ce sont d’ailleurs ces derniers qui se retrouvent mis en accusation, car la réouverture en 2014 de ce dossier douloureux par le journaliste italien Pablo Trincia – qui mène l’enquête dans le documentaire – montre qu’il y a peut-être eu de la corruption dans cette histoire. Des enfants pauvres issus de familles vulnérables ont-ils vraiment été vendus en utilisant cette affaire comme couverture ? Cette hypothèse est au moins aussi effrayante que les premiers faits reprochés aux parents.

Veleno, la ville des enfants perdus, une mini-série documentaire disponible avec CANAL+.